René Girard : " La violence et le sacré "
Les hypothèses mises en lumière à partir du romanesque dans MRVR peuvent-elles être retrouvées dans les textes les plus anciens de l'humanité ? Prenant appui sur la tragédie grecque, René Girard va dégager l'identité entre violence et mimésis. Dès lors, comment les hommes ont-ils pu échapper à la circularité exponentielle et destructrice de la vengeance ? La réponse de René Girard est sans équivoque : en retournant la violence collective née d'une crise paroxistique des différences sur un seul, la victime émissaire et en investissant cette dernière, à la fois de la responsabilité de la crise et de sa résolution, créant ainsi l'ambivalence du sacré.
Extraits : " Derrière le pharmakos africain comme derrière le mythe d' Oedipe, il y a le jeu d'une violence réelle, d'une violence réciproque conclue par le meurtre unanime de la victime émissaire. Partout ou presque les rites d'intronisation et de rajeunissement, ainsi que, dans certains cas, la mort réelle et définitive du monarque, s'accompagnent de simulacres de combats entre deux factions. Ces affrontements rituels et parfois la participation de tout le peuple évoquent de façon très nette les divisions de toutes sortes et l'agitation chaotique auxquelles le mécanisme de la victime émissaire est seul parvenu à mettre fin. Si la violence contre la victime émissaire sert de modèle universel c'est parce qu'elle a réellement restauré la paix et l'unité. Seule l'efficacité sociale de cette violence collective peut rendre compte d'un projet politico-rituel qui consiste non seulement à répéter sans cesse le processus mais à prendre la victime émissaire comme arbitre de tous les conflits, à faire d'elle une véritable incarnation de toute souveraineté...Dans les textes traités par nous, revient à plusieurs reprises un terme fondamentale de la problématique freudienne, ambivalence dont on peut montrer qu'il traduit à la fois la présence de la configuration mimétique dans la pensée freudienne et l'impuissance du penseur à articuler correctement les rapports des trois éléments de la figure, le modèle, le disciple et l'objet que forcément celui-ci et celui-là se disputent puisque l'un le désigne à l'autre par son désir, puisqu'il est objet commun. Tout ce qui est commun, dans le désir, on croit le savoir mais on ne le sait pas, signifie non l'harmonie mais le conflit...Ce n'est pas Freud, ici, qui peut servir de guide, ce n'est pas Nietzsche non plus qui réserve le ressentiment aux "faibles", qui s'efforce vainement d'instaurer une différence stable entre ce ressentiment et un désir vraiment " spontané", une volonté de puissance qu'il pourrait dire sienne, sans jamais percevoir dans son propre projet l'expression suprême de tout ressentiment...mais c'est peut-être Kafka, un des rares à reconnaître dans l'absence de loi la même chose que la loi devenue folle, le vrai fardeau qui pèse sur les hommes."






























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