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Biographie de Lamartine

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Portrait de Lamartine par Henri Decaisne (1830)

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LAMARTINE Alphonse Marie Louis de ( 1790-1869 ) :

  • Repères chronologiques :

1789 Révolution française.

1790 21 octobre : naissance , à Mâcon, d'Alphonse Marie Louis de Prat de Lamartine.

1801 Lamartine est mis en pension à Lyon. Jusqu'à cette date, il a vécu à Milly, où sa famille s'est réfugiée.

1802 Amnistie des émigrés. Bonaparte consul à vie.

1803 Entrée au collège jésuite de Bellay.

1804 Sacre de Napoléon.

1810 Répression française en Espagne.

1811-1812 Voyage en Italie et rencontre d'Antoniella, qui est la première Elvire.

1812 Campagne de Russie.

1814-1815 Entrée dans les gardes du corps. Lamartine est en garnison à Beauvais.

1814 Abdication de Napoléon. Déclaration de Louis XVIII. Charte. Waterloo. La chambre introuvable.

1816 Date importante dans la vie de Lamartine. Il rencontre à Aix-les-Bains Mme Julie Charles, qui devient Elvire, incarnation de l'amour romantique, inspiratrice des Méditations.

1817 Décembre : mort de Julie Charles.

1818 Echec à la Comédie-Française d'une tragédie biblique de Lamartine, Saül.

1819 rencontre avec Maria Anna Elisa Birch, une riche Anglaise. Mariage le 6 juin 1820.

Mditations1820 Mars : parution des Premières Méditations. Le succès est " inouï et universel", selon les propres termes de Lamartine. Ce mince recueil ( cent dix-huit pages pour vingt-quatre médiations) marque la naissance de l'écriture poétique romantique.

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1820-1830 Lamartine occupe différents postes d'ambassade en Italie.

1823 Publication des Nouvelles Méditations.

1824 Charles X.

1824 Ministère Polignac.

1830 Lamartine publie les Harmonies poétiques et religieuses. Il est élu à l'Académie française. Révolution. Louis-Philippe.

1831 Publication de l'ouvrage Sur la politique rationnelle. Echec à la députation. Emeute des canuts lyonnais.

1832 Juin : départ à Marseille pour un voyage en Orient, avec sa femme et sa fille. Ce voyage constitue une étape importante dans la vie de Lamartine. Mort de Julia. Pendant ce voyage, qui prend fin en septembre 1833, Lamartine est élu député. Dès son retour en France, il prend une part de plus en plus active à la vie politique, et de plus en plus tournée vers l'opposition.

1834 Emeutes à Paris et Lyon. Lois de septembre.

1835 Publication du Voyage en Orient.

1836 Ministère Thiers.  Publication de Jocelyn.

1838  Publication de La Chute d'un ange.

1839 Publication Recueillements poétiques.

1843 Querelle scolaire. Publication de Graziella.

1846 Crise économique.

1847 Publication Histoire des Girondins.

1848 Révolution. A cette date, la popularité de Lamartine est immense. Aux côtés de Ledru-Rollin, il fait partie du gouvernement provisoire. Il est nommé ministre des Affaires étrangères. En décembre 1848, il ne recueillera que 17 900 voix aux élections présidentielles.

1849 Assemblée législative. Lamartine entreprend la publication d'oeuvres autobiographiques avec Raphaël, les Confidences.

1850 Loi Falloux. Loi électorale.

1851 Coup d'Etat du 2 décembre. Celui-ci lui fait abandonner la politique. A partir de cette date, il devient un " galérien de la plume " publiant sans cesse des ouvrages souvent médiocres pour payer les dettes qu'il a accumulées.

1852 Proclamation de l'Empire.

1856-1869 Lamartine publie son Cours familier de littérature, qui comprend 28 volumes.

1857 Parution du dernier poème de Lamartine la Vigne et la Maison.

1863 Mort de Maria Anna Elisa Birch.

1864 Loi sur les coalitions ouvrières.

1867 Lamartine accepte la rente viagère que lui attribue l'Etat.

1868 Loi sur la presse et les réunions publiques.

1869 28 février : mort de Lamartine.

  • Au-delà des conventions :

Le lyrisme de Lamartine apparaît comme une constante : que nous considérions le poète de l'amour, l'orateur politique, le poète de la foi ou même l'auteur du Voyage en Orient, nous rencontrons une même qualité d'émotion, le souffle d'une sincérité. Tout d'abord les conventions du style que l'on a tant reprochées au poète des Méditations ou des Harmonies : ces réminiscences nombreuses de la tradition élégiaque, ce manque d'originalité du mètre et des images qui le firent comparer à " un Chateaubriand en vers"(Faguet). En fait, dès 1820, l'expression directe du moi et l'abolition du distinct dans la perception de réel constituent une nouveauté dans l'écriture elle-même. Une poésie de l'indicible émerge, dont Georges Poulet a souligné la modernité. La foi profonde qui anime les Harmonies, la volonté douloureuse de suggérer par le langage ce que celui-ci, par essence est impuissant à dévoiler, tout cela nous met en présence d'un ton devant lequel on ne saurait rester insensible. L'univers des images lui-même, leur dialectique de l'ouvert et du clos, du clair et de l'obscur fondent un mouvement original. Il faut aujourd'hui refuser l'image toute faite sur la poésie lyrique de Lamartine.

Conventions des partis, ensuite : elles aussi sont balayées dans la pratique politique de Lamartine. Lorsqu'il est élu député, il refuse d'entrer dans un parti. Il avait d'ailleurs, avant son départ pour l'Orient, mesuré l'étroitesse de vues des chapelles politiques. C'est animé par un idéal supérieur, par la foi profonde en un projet divin qui doit se réaliser dans l'Histoire que Lamartine accumule sur les sujets les plus ardus une documentation abondante. On ne saurait lui faire le reproche pascalien de ne s'occuper que des moyens et non des fins. Cette position était délicate : orateur enthousiaste, Lamartine restera fidèle à sa vision lors de la révolution de 1848. Refusant le pouvoir, celui qui pouvait devenir "ministre exécutif" du gouvernement provisoire se retrouve seul et doit quitter la scène. Ce mépris des conventions politiques fut sa grandeur et causaLamartine_par_franois_grard_1831_1 sa perte.

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Portrait de Lamartine par François Gérard (1831)

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Lamartine sait aussi dépasser les conventions du voyage au cours de son périple oriental. Contrairement à l'image, accréditée par sa poésie lyrique, d'un écrivain incapable de décrire, il montre au contraire dans le Voyage en Orient et dans de nombreuses autres pages ( pensons à Graziella, notamment) une passion de regarder, un sens aigu de la description, une ouverture sur autrui qui constituent un véritable lyrisme de l'observation. Lamartine sait voir l'Autre, et cette ouverture passionnée lui fait dépasser les imageries de l'Orient. C'est là un aspect de son oeuvre que l'on a injustement ignoré.

  • Une vision de l'Histoire :

    Il est un peu facile d'opposer le légitimiste de 1820 à l'homme de 1848. Il l'est tout autant de montrer que l'idéalisme de Lamartine peut cacher des intérêts de classe : partisan d'une démocratie politique, Lamartine cherche à canaliser la violence virtuelle d'un prolétariat misérable en proposant des réformes sociales qui cependant préservent le principe essentiel de la propriété, auquel il est attaché.

    Ce qui nous semble fondamental, c'est de saisir l'unité profonde de la vision de l'Histoire de Lamartine, et cela dès 1820. Car elle détermine la pratique politique de l'auteur des Méditations.

    Il l'expose en 1831 dans un court essai : Sur la politique rationnelle. Il en conservera les éléments essentiels, qui, d'ailleurs, ne sont aucunement en contradiction avec la vision des premières Méditations ( vision d'un projet divin) : "Nous sommes à une des plus fortes époques que le genre humain ait à franchir pour avancer vers le but de sa destinée divine."

    Comme Michelet, Lamartine croit, après Juillet, que la France est devenue le pilote d'un avenir de progrès. Il se sent en accord avec le peu "d'esprits élevés et rationnels qui ont fait de leur pensée politique un sanctuaire où l'intrigue et la passion ne pénètrent pas [...], qui placent la morale, le devoir, le salut et le progrès de l'humanité au-dessus de leurs théories d'école et de leurs affections de famille." "Au-dessus de la mêlée", donc, il propose avec éloquence et conviction les points forts de son idéalisme politique. Il est assuré d'être finalement entendu car toute " idée sociale, descendue du ciel sur l'humanité, n'y retourne jamais à vide". "Elle porte en soi quelque chose de vital, de divin..."

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Portrait de Lamartine par Théodore Chassériau (1844)

   

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Lamartine se présente donc en guide de l'humanité et en promoteur de l'idée de liberté. Dans le ton de l'ouvrage, on sent un respect religieux pour ses convictions politiques. C'est pour conserver l'intégrité de celles-ci, les défendre sans compromisssion que Lamartine refuse de s'associer à un journal politique. Il est déjà un solitaire et un croyant de la politique. A son retour d'Orient, il fera encore, dans ses engagements, figure d'opposant en marge des partis.

    Lamartine rappelle quelques principes essentiels à la réalisation de la société souhaitée : monarchie constitutionnelle, liberté de presse, enseignement libre et gratuit, séparation de l'Eglise et de l'Etat, élections au scrutin proportionnel, législation pénétrée d'esprit évangélique (abolition de la peine de mort), respect de la propriété, reconnaissance d'une centralisation administrative et exécutive...

    Ces divers principes, Lamartine ne les pose pas, cependant, en absolus indépassables. Il note ainsi que la propriété, certes, a bien été jusqu'ici la seule base donnée par Dieu à la famille et à la société. Cependant : " Peut-être l'humanité découvrira-t-elle un jour un autre principe social."

    Mais, dans la confusion du présent, la réalisation d'une si haute visée exige un homme "complet dans l'intelligence et la vertu", " fort de la force de sa conviction et de celle de son époque [...], palpitant de foi dans l'avenir [...], capable d'entrevoir l'autre monde politique, de nous convaincre de son existence, et de nous y conduire par la persuasion de son éloquence...". Cet homme ne pourrait-il être Lamartine en personne, qui va méditer et observer en Orient ?

Biographie établie à partir du " Dictionnaire des littératures de langue française " de J-P de Beaumarchais, Daniel Couty et Alain Rey, édition Bordas ( 1984 ).

Lire la suite "Biographie de Lamartine" »

"L'Europe de l'Atlantique à l'Oural"

Extrait du livre "Dictionnaire de Gaulle", article écrit par Anne de Tinguy (professeur des universités Inalco et Ceri) :

" La formule est tirée du discours prononcé à Strasbourg en novembre 1959 : " Oui, c'est l'Europe, depuis l'Atlantique jusqu'à l'Oural, c'est l'Europe, c'est toute l'Europe, qui décidera du destin du monde !" L'expression cheminait depuis longtemps dans ses interventions -ainsi le 16 mars 1950 : " L'atmosphère européenne serait changée de l'Atlantique jusqu'à l'Oural ",Deg4 ou, le 12 novembre 1953 : " [en 1945], je n'oubliais pas que l'Europe va de Gibraltar à l'Oural."

Employée à maintes reprises par la suite, cette expression a une formidable portée politique; En pleine guerre froide, à une époque où la bipolarité est un des grands principes organisateurs de la vie internationale, elle suggère une remise en cause de l'ordre établi à la fin de la Seconde Guerre mondiale et une posture particulière face au grand allié américain. Elle conduit à s'interroger sur la sortie du conflit Est-Ouest et sur la réunification du Vieux Continent. Evoquer une Europe qui s'arrête à l'Oural, qui n'est une frontière ni politique ni culturelle, revient à proposer d'amputer l'URSS des deux tiers de son territoire. Si les Soviétiques n'ont guère dénoncé cette formule dans laquelle ils ont vu avant tout une contestation de la présence américaine, ils ont cependant demandé des éclaircissements par voie diplomatique.

De Gaulle refuse la division de l'Europe " artificielle et stérile " qui est " le pire mal de notre époque ". Sa volonté de modifier le statu quo rejoint ici le sens profond qu'il a de l'Histoire. Parce qu'elle est une réalité historique et géographique, l'Europe ne peut se réduire à sa partie occidentale. Le projet gaullien correspond à une grande ambition internationale : au sein d'une Europe reconciliée, à nouveau maîtresse de son destin, la France redevient, face aux Etats-Unis, un acteur central de la vie internationale. Il est aussi un grand projet d'équilibre et de paix. L'Europe de l'Atlantique à l'Oural inclut l'URSS ou du moins la Russie, car c'est à elle que de Gaulle se réfère le plus souvent, convaincu que les idéologies et les régimes passent alors que les nations demeurent. Elle implique une réconciliation franco-allemande et un réglement du problème allemand pouvant aller jusqu'à la réunification. Les questions russe et allemande sont ici liées : lorsqu'elle ne sera plus ni totalitaire ni expansionniste, l'URSS contribuera à l'équilibre indispensable à la paix. "

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Lamartine contre la peine de mort

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Portrait de Lamartine par François Gérard (1831)space pour la mis eespace pour la mis en page

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Contre la peine de mort

( Poème extrait du recueil " Odes politiques " , 1830 )

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Vains efforts ! périlleuse audace !
Me disent des amis au geste menaçant,
Le lion même fait-il grâce
Quand sa langue a léché du sang ?
Taisez-vous ! ou chantez comme rugit la foule ?
Attendez pour passer que le torrent s'écoule
De sang et de lie écumant !
On peut braver Néron, cette hyène de Rome!
Les brutes ont un cœur ! le tyran est un homme :
Mais le peuple est un élément ;

Elément qu'aucun frein ne dompte,
Et qui roule semblable à la fatalité ;
Pendant que sa colère monte,
Jeter un cri d'humanité,
C'est au sourd Océan qui blanchit son rivage
Jeter dans la tempête un roseau de la plage,
La feuille sèche à l'ouragan !
C'est aiguiser le fer pour soutirer la foudre,
Ou poser pour l'éteindre un bras réduit en poudre
Sur la bouche en feu du volcan !

Souviens-toi du jeune poète,
Chénier ! dont sous tes pas le sang est encor chaud,
Dont l'histoire en pleurant répète
Le salut triste à l'échafaud.
Il rêvait, comme toi, sur une terre libre
Du pouvoir et des lois le sublime équilibre ;
Dans ses bourreaux il avait foi !
Qu'importe ? il faut mourir, et mourir sans mémoire :
Eh bien ! mourons, dit-il. Vous tuez de la gloire :
J'en avais pour vous et pour moi !

Cache plutôt dans le silence
Ton nom, qu'un peu d'éclat pourrait un jour trahir !
Conserve une lyre à la France,
Et laisse-les s'entre-haïr ;
De peur qu'un délateur à l'oreille attentive
Sur sa table future en pourpre ne t'inscrive
Et ne dise à son peuple-roi :
C'est lui qui disputant ta proie à ta colère,
Voulant sauver du sang ta robe populaire,
Te crut généreux : venge-toi !

Non, le dieu qui trempa mon âme
Dans des torrents de force et de virilité,
N'eût pas mis dans un cœur de femme
Cette soif d'immortalité.
Que l'autel de la peur serve d'asile au lâche,
Ce cœur ne tremble pas aux coups sourds d'une hache,
Ce front levé ne pâlit pas !
La mort qui se trahit dans un signe farouche
En vain, pour m'avertir, met un doigt sur sa bouche :
La gloire sourit au trépas.

Il est beau de tomber victime
Sous le regard vengeur de la postérité
Dans l'holocauste magnanime
De sa vie à la vérité !
L'échafaud pour le juste est le lit de sa gloire :
Il est beau d'y mourir au soleil de l'histoire,
Au milieu d'un peuple éperdu !
De léguer un remords à la foule insensée,
Et de lui dire en face une mâle pensée,
Au prix de son sang répandu.

Peuple, dirais-je ; écoute ! et juge !
Oui, tu fus grand, le jour où du bronze affronté
Tu le couvris comme un déluge
Du reflux de la liberté !
Tu fus fort, quand pareil à la mer écumante,
Au nuage qui gronde, au volcan qui fermente,
Noyant les gueules du canon,
Tu bouillonnais semblable au plomb dans la fournaise,
Et roulais furieux sur une plage anglaise
Trois couronnes dans ton limon !

Tu fus beau, tu fus magnanime,
Le jour où, recevant les balles sur ton sein,
Tu marchais d'un pas unanime,
Sans autre chef que ton tocsin ;
Où, n'ayant que ton coeur et tes mains pour combattre,
Relevant le vaincu que tu venais d'abattre
Et l'emportant, tu lui disais :
Avant d'être ennemis, le pays nous fit frères ;
Livrons au même lit les blessés des deux guerres :
La France couvre le Français !

Quand dans ta chétive demeure,
Le soir, noirci du feu, tu rentrais triomphant
Près de l'épouse qui te pleure,
Du berceau nu de ton enfant !
Tu ne leur présentais pour unique dépouille
Que la goutte de sang, la poudre qui te souille,
Un tronçon d'arme dans ta main ;
En vain l'or des palais dans la boue étincelle,
Fils de la liberté, tu ne rapportais qu'elle :
Seule elle assaisonnait ton pain !

Un cri de stupeur et de gloire
Sorti de tous les cœurs monta sous chaque ciel,
Et l'écho de cette victoire
Devint un hymne universel.
Moi-même dont le cœur date d'une autre France,
Moi, dont la liberté n'allaita pas l'enfance,
Rougissant et fier à la fois,
Je ne pus retenir mes bravos à tes armes,
Et j'applaudis des mains, en suivant de mes larmes
L'innocent orphelin des rois !

Tu reposais dans ta justice
Sur la foi des serments conquis, donnés, reçus ;
Un jour brise dans un caprice
Les nœuds par deux règnes tissus !
Tu t'élances bouillant de honte et de délire :
Le lambeau mutilé du gage qu'on déchire
Reste dans les dents du lion.
On en appelle au fer; il t'absout ! Qu'il se lève
Celui qui jetterait ou la pierre, ou le glaive
A ton jour d'indignation !

Mais tout pouvoir a des salaires
A jeter aux flatteurs qui lèchent ses genoux,
Et les courtisans populaires
Sont les plus serviles de tous !
Ceux-là des rois honteux pour corrompre les âmes
Offrent les pleurs du peuple ou son or, ou ses femmes,
Aux désirs d'un maître puissant ;
Les tiens, pour caresser des penchants plus sinistres,
Te font sous l'échafaud, dont ils sont les ministres,
Respirer des vapeurs de sang !

Dans un aveuglement funeste,
Ils te poussent de l'œil vers un but odieux,
Comme l'enfer poussait Oreste,
En cachant le crime à ses yeux !
La soif de ta vengeance, ils l'appellent justice :
Et bien, justice soit ! Est-ce un droit de supplice
Qui par tes morts fut acheté ?
Que feras-tu, réponds, du sang qu'on te demande ?
Quatre têtes sans tronc, est-ce donc là l'offrande
D'un grand peuple à sa liberté ?

N'en ont-ils pas fauché sans nombre ?
N'en ont-ils pas jeté des monceaux, sans combler
Le sac insatiable et sombre
Où tu les entendais rouler ?
Depuis que la mort même, inventant ses machines,
Eut ajouté la roue aux faux des guillotines
Pour hâter son char gémissant,
Tu comptais par centaine, et tu comptas par mille !
Quand on presse du pied le pavé de ta ville,
On craint d'en voir jaillir du sang !

- Oui, mais ils ont joué leur tête.
- Je le sais; et le sort les livre et te les doit!
C'est ton gage, c'est ta conquête ;
Prends, ô peuple! use de ton droit.
Mais alors jette au vent l'honneur de ta victoire;
Ne demande plus rien à l'Europe, à la gloire,
Plus rien à la postérité !
En donnant cette joie à ta libre colère,
Va-t'en; tu t'es payé toi-même ton salaire :
Du sang, au lieu de liberté !

Songe au passé, songe à l'aurore
De ce jour orageux levé sur nos berceaux ;
Son ombre te rougit encore
Du reflet pourpré des ruisseaux !
Il t'a fallu dix ans de fortune et de gloire
Pour effacer l'horreur de deux pages d'histoire.
Songe à l'Europe qui te suit
Et qui dans le sentier que ton pied fort lui creuse
Voit marcher tantôt sombre et tantôt lumineuse
Ta colonne qui la conduit !

Veux-tu que sa liberté feinte
Du carnage civique arbore aussi la faux ?
Et que partout sa main soit teinte
De la fange des échafauds ?
Veux-tu que le drapeau qui la porte aux deux mondes,
Veux-tu que les degrés du trône que tu fondes,
Pour piédestal aient un remords ?
Et que ton Roi, fermant sa main pleine de grâces,
Ne puisse à son réveil descendre sur tes places,
Sans entendre hurler la mort ?

Aux jours de fer de tes annales
Quels dieux n'ont pas été fabriqués par tes mains ?
Des divinités infernales
Reçurent l'encens des humains !
Tu dressas des autels à la terreur publique,
A la peur, à la mort, Dieux de ta République ;
Ton grand prêtre fut ton bourreau !
De tous ces dieux vengeurs qu'adora ta démence,
Tu n'en oublias qu'un, ô peuple ! la Clémence !
Essayons d'un culte nouveau.

Le jour qu'oubliant ta colère,
Comme un lutteur grandi qui sent son bras plus fort,
De l'héroïsme populaire
Tu feras le dernier effort ;
Le jour où tu diras : Je triomphe et pardonne !...
Ta vertu montera plus haut que ta colonne
Au-dessus des exploits humains ;
Dans des temples voués à ta miséricorde
Ton génie unira la force et la concorde,
Et les siècles battront des mains !

" Peuple, diront-ils, ouvre une ère
" Que dans ses rêves seuls l'humanité tenta,
" Proscris des codes de la terre
" La mort que le crime inventa !
" Remplis de ta vertu l'histoire qui la nie,
" Réponds par tant de gloire à tant de calomnie !
" Laisse la pitié respirer!
" Jette à tes ennemis des lois plus magnanimes,
" Ou si tu veux punir, inflige à tes victimes
" Le supplice de t'admirer !

" Quitte enfin la sanglante ornière
" Où se traîne le char des révolutions,
" Que ta halte soit la dernière
" Dans ce désert des nations ;
" Que le genre humain dise en bénissant tes pages :
" C'est ici que la France a de ses lois sauvages
" Fermé le livre ensanglanté ;
" C'est ici qu'un grand peuple, au jour de la justice,
" Dans la balance humaine, au lieu d'un vil supplice,
" Jeta sa magnanimité."

Mais le jour où le long des fleuves
Tu reviendras, les yeux baissés sur tes chemins,
Suivi, maudit par quatre veuves,
Et par des groupes d'orphelins,
De ton morne triomphe en vain cherchant la fête,
Les passants se diront, en détournant la tête :
Marchons, ce n'est rien de nouveau !
C'est, après la victoire, un peuple qui se venge ;
Le siècle en a menti ; jamais l'homme ne change :
Toujours, ou victime, ou bourreau !

Lamartine

Biographie de Jean Jaurès

Jaurs2  Jean Jaurès ( 1859 - 1914 ) est né dans une famille de modeste bourgeoisie de Castres dans le Tarn en 1859. Brillant élève, il bénéficie des chances de promotion sociale qu'offre la République, il fait ses études au lycée Louis le Grand. En 1878, il est reçu premier à l'Ecole Normale Supérieure de la rue d'Ulm, puis troisième à l'agrégation de philosophie en 1881. Il devient professeur de philosophie au lycée d'Albi puis à l'Université de Toulouse. Il prend conscience de la misère ouvrière en 1892, à l'occasion d'une grève de mineurs à Carmaux, qu'il soutient avec vigueur. Son intérêt pour la condition ouvrière lui vaut d'être élu député socialiste de Carmaux de 1892 à 1898 puis de 1902 à 1914. Il défend les idées socialistes à la Chambre des députés et dans le journal L'Humanité qu'il a créé en avril 1904, et contribue à fonder un grand parti socialiste - la SFIO - qui rassemble tous les socialistes français en avril 1905. Il écrit de nombreux ouvrages, dont une Histoire socialiste de la Révolution française ( 1901- 1903). Il a pris conscience des résistances de la société capitaliste et des dangers révélés par la montée du nationalisme et de l'antisémitisme. La défense de la République devient son objectif primordial : il soutient donc le gouvernement Waldeck-Rousseau, de " défense républicaine ", formé le 22 juin 1899, qui associe à son action, pour la première fois, dans l'histoire de la République, le socialiste Alexandre Millerand, nommé au commerce et à l'industrie. Opposant farouche à la guerre contre l'Allemagne, il est assassiné à Paris en 1914 à cause de ses opinions pacifistes.

Assjaurs" L'assassinat de Jean Jaurès " Lithographie de Camille Ravot ( 1915 )

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  Raoul Villain, l'assassin de Jean Jaurès est acquitté en 1919 ( date de son procès ! ) Villain_1après être resté cinq ans en prison. Au soir du 31 juillet 1914, cet étudiant nationaliste avait surgi et tiré deux balles de revolver qui avaient atteint Jean Jaurès en pleine tête. La femme de Jean Jaurès avait été condamnée aux dépens, c'est-à-dire qu'elle avait été obligée de payer les frais du procès...

" Travailleurs ! Un verdict monstrueux proclame que l'assassinat de Jean Jaurès n'est pas un crime..." Anatole France

   P.S. : une invitation à (re)voir les notes suivantes :

Lire la suite "Biographie de Jean Jaurès" »

Suppression de 1500 emplois chez Alcatel

AlcatelL’entreprise Alcatel a annoncé la suppression de 1500 emplois, principalement d'ingénieurs. Au nom de la rentabilité boursière tout est désormais permis. Il y a quelques mois, lors de la fusion entre Alcatel ( entreprise française ) et Lucent (entreprise américaine) il avait été indiqué que cette perte d’indépendance de l’entreprise française permettrait de mieux résister à la mondialisation. Comme pour Pechiney, avalé par le canadien Alcan ou comme pour Arcelor, racheté par Mittal, les centres de recherche sont progressivement délocalisés hors du pays. Le phénomène des délocalisations ne touche plus seulement les bas salaires et les emplois sous-qualifiés...

Extrait du journal Le Monde du 16 février 2007 :

" Bien sûr, certains avaient des doutes sur l'avenir. Surtout quand il avait fallu former des ingénieurs chinois dans leur pays et en accueillir certains à Rennes. Mais beaucoup, à l'image de Danièle Barbedette, ingénieur comme 92 % des salariés d'Alcatel dans la capitale bretonne, se disaient qu'il y avait "du boulot pour tout le monde". D'autant plus qu'un nouveau bâtiment de 5 600 m2 était en construction au coeur du nouveau "pôle réseau et images" de Rennes. Les équipes de Saint-Grégoire et Cesson-Sévigné devaient y aménager le 29 juillet. Vendredi matin, les salariés, avec la CFDT, la CGT et la CGC, ont organisé une non-inauguration de l'immeuble en construction.

La direction d'Alcatel-Lucent affirme que les développements dans des pays comme la Chine ne se font pas au détriment des activités françaises et européennes. Il s'agit de "redéploiement de compétences vers Lannion et Orvault", insiste Sandrine Mouzé-Wiltord, du service de presse. La direction parle aussi de soutenir l'essaimage d'entreprises ou de cessation d'activité avant le départ en retraite.

"MOINS CHER À SHANGHAÏ"

Samuel Régent, ingénieur de 37 ans (la moyenne d'âge à Rennes est de 36 ans), répond à sa manière : "Je suis en train de me construire une maison. Qu'est-ce que je fais ? J'arrête tout ? Je pars vers Nantes ? Je retourne vers la Charente, d'où je suis venu il y a sept ans. Il vaut peut-être mieux car si on cherche tous du travail sur Rennes, ça ne va pas le faire."

"Nous, on est loin du siège, des services généraux, reprend M. Herviaux. On est comme un petit village gaulois de la haute technologie." "Bien sûr qu'on pourrait tenter Nantes, prévoir du covoiturage, réfléchit Mme Barbedette, mais le problème c'est que nous n'avons plus confiance."

Et tous sont d'accord sur un point : "C'est une délocalisation qui ne dit pas son nom. Maintenant qu'on a essuyé les plâtres, c'est facile de dire qu'ils coûtent moins cher à Shanghaï ou Timisoara (en Roumanie)." "

Hugo : Les Châtiments et les Misérables

"Sans la justesse de l'expression, pas de poésie." ( Hugo )

Victor Hugo ( 1802 - 1885 ) fut un écrivain et un homme politique qui a traversé presque tout le XIXe siècle. Il fut d'abord royaliste, pour devenir ensuite républicain.

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Peinture de Bonnat, XIXe siècle. Maison de Victor Hugo, Paris.

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" La République est une idée, la République est un principe, la République est un droit. La République est l' incarnation même du progrès. " ( Hugo, 18 juillet 1851 )

Sous la Deuxième République, élu député, il se montra favorable au suffrage universel, à la liberté de la presse et sensible au sort des ouvriers. En 1851, il condamna le coup d'Etat de Louis-Napoléon et dut quitter la France. Exilé dans les îles anglo-normandes de Jersey puis de Guernesey de 1852 à 1870, Victor Hugo se fit le grand accusateur du Second Empire et de Napoléon III dans les poèmes des Châtiments publiés en 1853. En 1862, son roman fleuve Les Misérables manifeste son intérêt pour l'humanité victime de la misère et de l'injustice.

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Caricature De Daumier, publiée dans Le Charivari, 16 novembre 1870

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Illustration des Misérables, A. Willette, Maison de Victor Hugo, Paris

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  • Un extrait des Misérables : Gavroche sur les barricades

( En juin 1832, des parisiens se soulèvent contre la monarchie de Juillet et dressent des barricades. Les troupes de Louis-Philippe tirent sur les insurgés. Gavroche, l'enfant des rues, profite d'une accalmie pour récupérer les cartouches des soldats morts devant la barricade. )

" Il rampait à plat ventre, galopait à quatre pattes, prenait son panier aux dents, se tordait, glissait, ondulait, serpentait d'un mort à l'autre, et vidait la giberne ou la cartouchière comme un singe ouvre une noix. De la barricade, dont il était encore assez près, on n'osait lui crier de revenir, de peur d'appeler l'attention sur lui. Sur un cadavre, qui était caporal, il trouva une poire à poudre. - Pour la soif, dit-il, en la mettant dans sa poche. A force d'aller en avant, il parvint au point où le brouillard de la fusillade devenait transparent. Si bien que les tirailleurs de la ligne rangés et à l'affut derrière leur levée de pavés, et les tirailleurs de la banlieue massés à l'angle de la rue, se montrèrent soudainement quelque chose qui remuait dans la fumée. Au moment où Gavroche débarrassait de ses cartouches un sergent gisant près d'une borne, une balle frappa le cadavre. - Fichtre ! fit Gavroche. Voilà qu'on me tue mes morts. Une deuxième balle fit étinceler le pavé à côté de lui. Une troisième renversa son panier. Gavroche regarda, et vit que cela venait de la banlieue. Il se dressa tout droit, debout, les cheveux au vent, les mains sur les hanches, l'oeil fixé sur les gardes nationaux qui tiraient, et il chanta : On est laid à Nanterre,

C'est la faute à Voltaire,

Et bête à Palaiseau,

C'est la faute à Rousseau.

Puis il ramassa son panier, y remit, sans en perdre une seule, les cartouches qui en étaient tombées, et, avançant vers la fusillade, alla dépouiller une autre giberne. Là, une quatrième balle le manqua encore. Gavroche chanta :

Je ne suis pas notaire,

C'est la faute à Voltaire ;

Je suis petit oiseau,

C'est la faute à Rousseau.

Une cinquième balle ne réussit qu'à tirer de lui un troisième couplet :

Joie est mon caractère,

C'est la faute à Voltaire;

Misère est mon trousseau,

C'est la faute à Rousseau.

Cela continua ainsi quelque temps. Le spectacle était épouvantable et charmant. Gavroche, fusillé, taquinait la fusillade. Il avait l'air de s'amuser beaucoup. C'était le moineau becquetant les chasseurs. Il répondait à chaque décharge par un couplet. On le visait sans cesse, on le manquait toujours. Les gardes nationaux et les soldats riaient en l'ajustant. Il se couchait, puis se redressait, s'effaçait dans un coin de porte, puis bondissait, disparaissait, reparaissait, se sauvait, revenait, ripostait à la mitraille par des pieds de nez, et cependant pillait les cartouches, vidait les gibernes et remplissait son panier. Les insurgés, haletants d'anxiété, le suivaient des yeux. La barricade tremblait ; lui, il chantait. Ce n'était pas un enfant, ce n'était pas un homme; c'était un étrange gamin fée. On eût dit le nain invulnérable de la mêlée. Les balles couraient après lui, il était plus leste qu'elles. Il jouait on ne sait quel effrayant jeu de cache-cache avec la mort; chaque fois que la face camarde du spectre s'approchait, le gamin lui donnait une pichenette. Une balle pourtant, mieux ajustée ou plus traître que les autres, finit par atteindre l'enfant feu follet. On vit Gavroche chanceler, puis il s'affaissa. Toute la barricade poussa un cri; mais il y avait de l'Antée dans ce pygmée; pour le gamin toucher le pavé, c'est comme pour le géant toucher la terre; Gavroche n'était tombé que pour se redresser; il resta assis sur son séant, un long filet de sang rayait son visage, il éleva ses deux bras en l'air, regarda du côté d'où était venu le coup, et se mit à chanter :

Je suis tombé par terre,

C'est la faute à Voltaire,

Le nez dans le ruisseau,

C'est la faute à...

Il n'acheva point. Une seconde balle du même tireur l'arrêta court. Cette fois il s'abattit la face contre le pavé, et ne remua plus. Cette petite grande âme venait de s'envoler. "

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Delacroix peint les peuples en lutte

Eugène Delacroix ( 1798-1863 ) est un peintre romantique français. Ses toiles sont pleines de vie et de passion. Dans certaines de ses oeuvres, il prend le parti des peuples qui luttent pour leur liberté et leur indépendance.

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Autoportrait ( Musée du Louvre, Paris )

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  Son tableau le plus célèbre est une oeuvre allégorique. La Liberté guidant le peuple, qui évoque une des journées de la révolution parisienne des 27-28-29 juillet 1830 ( les " Trois Glorieuses " ) où les insurgés remportent la victoire. Quelques semaines auparavant, il avait écrit à son frère : " j'ai entrepris un sujet moderne, une barricade. Et si je n'ai pas vaincu pour la patrie, au moins peindrais-je pour elle. "

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La Liberté guidant le peuple ( Musée du Louvre, Paris )

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Petite analyse du tableau : " La Liberté tenant le drapeau aux couleurs de 1789 ( abandonné depuis 1815 ) ; un " gamin de Paris " avec le sac d'un soldat de Charles X et des pistolets de cavalerie ; les cadavres de soldats de Charles X ; un paysan ayant récemment migré en ville ; un bourgeois ou un maître-artisan ; un ouvrier des manufactures ; un étudiant ( polytechnicien ) ; Notre-Dame de Paris "

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Scène des massacres de Scio ( 1824 ; Musée du Louvre, Paris )

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  Scio ( Chios ) est une île de la mer Egée peuplée de Grecs qui appartenait à l'Empire ottoman. En 1822, les habitants de l'île se révoltent contre les Turcs ; mais ces derniers brisent la révolte.

Petite analyse du tableau : " Au premier plan, les Grecs blessés et martyrisés ; un Turc surveille les prisonniers grecs ; un Turc s'empare d'une femme grecque ; une colonne de fumée évoque les violences turques ( pillages, incendies...) ; une scène de massacre. "

Lire la suite "Delacroix peint les peuples en lutte" »

La mondialisation économique écrase-t-elle les cultures et spécificités nationales au profit d'une vaste "culture" de consommation ?

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Ignacio Ramonet dans " Géopolitique du chaos " (1999) :

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" Autour de soi, chacun sent bien que l'alibi de la modernité sert à tout faire ployer sous l'implacable niveau d'une stérile uniformité. Un pareil style de vie s'impose d'un bout à l'autre de la planète, répandu par les médias et prescrit par le matraquage de la " culture" de masse. De La Paz à Ouagadougou, de Kyoto à Saint-Pétersbourg, d'Oran à Amsterdam, mêmes films, mêmes séries télévisées, mêmes informations, mêmes chansons, mêmes slogans publicitaires, mêmes objets, mêmes vêtements, mêmes voitures, même urbanisme, même architecture, même type d'appartements souvent meublés et décorés d'identique manière...Dans les quartiers aisés des grandes villes du monde, l'agrément de la diversité cède le pas devant la foudroyante offensive de la standardisation, de l'homogénéisation, de l'uniformisation. Partout triomphe la world culture, la culture globale. "

Mickaêl Eisner, PDG de Walt Disney : " Le monde a soif de culture américaine. "

  La mondialisation se traduirait par la victoire sans appel du modèle culturel américain ( la culture McWorld faite de Coca, Big Mac et autre Mickey ) et par la disparition des spécificités culturelles ( perte d'identité culturelle et acculturation ).

P.S. : une invitation à voir la note " Mendès France contre l'américanisation ou l'européanisation du monde "

La richesse est-elle encore celle des nations ?

     Depuis 1989, sous la pression des institutions internationales telles que le GATT ( devenu OMC ) et le FMI ainsi que des sociétés multinationales, un nouveau régime de règles régissant le monde a vu le jour, et est venu à bout des dernères entraves à la libre circulation des biens et des capitaux, au nez et à la barbe des Etats nationaux, qui n'ont ainsi d'autre possibilité que celle de se soumettre aux diktats des marchés.

     La mondialisation économique suscite le développement d'un système productif intégré dans lequel le territoire devient secondaire, puisque les firmes multinationales sont " a-territoriales " ( telles les banques, parmi lesquelles on répertorie les 50 firmes les plus multinationales du monde ). La richesse serait ainsi de moins en moins celle des nations, mais elle serait créée et utilisée par d'autres opérateurs et réseaux transnationaux.

     La mondialisation agit comme une extension de la main d'oeuvre disponible et exerce une pression à la baisse des salaires, qui pèse sur l'organisation du travail et touche particulièrement les bas salaires et les personnels les moins qualifiés. Les multinationales sont susceptibles de délocaliser une partie de leur production et donc de miner la cohésion du tissu productif national.

Parlons des multinationales...

  Les entreprises multinationales sont les acteurs majeurs de la mondialisation économique. Dans les années 1970, le nombre de sociétés multinationales n'excédait pas plusieurs centaines. Depuis les années 1980, elles se sont multipliées et aujourd'hui leur nombre dépasse les 40 000. Les mégafusions et alliances planétaires deviennent les stratégies privilégiées par les firmes multinationales afin de s'adapter à une concurrence qui n'est plus nationale, ni continentale, mais qui s'exerce à l'échelle de la planète.

  La stratégie de l'entreprise globale se traduit donc par une forme "déterritorialisation" flexible, comme l'explique l'économiste Vladimir Andreff : la firme multinationale peut choisir d'ouvrir ou de fermer certaines de ses activités en tous points du globe, selon les contraintes ou les ressources du lieu et du moment.

  Enfin, il est peut-être utile de préciser que les Etats-Unis dominent unilatéralement les firmes multinationales. Ainsi, en avril 2000, selon le classement effectué par la revue Fortune, 44% des 500 premières firmes mondiales étaient américaines.

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Ignacio Ramonet "Géopolitique du chaos" (1999) :

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" "L'entreprise globale" d'aujourd'hui n'a plus de centre, elle est un organisme sans corps et sans coeur, elle n'est qu'un réseau constitué de différents éléments complémentaires, éparpillés à travers la planète et qui s'articulent les uns aux autres selon une pure rationalité économique, obéissant à deux maîtres mots : rentabilité et productivité... "L'entreprise globale" recherche, par les délocalisations et l'augmentation incessante de la productivité, le profit maximal ; cette obsession la conduit à produire là où les coûts salariaux sont les plus faibles et à vendre là où les niveaux de vie sont les plus élevés."

P.S. : une invitation à voir la note " La dangerosité des multinationales selon Mendès France "

Le Conseil d'Etat consacre la primauté du droit européen !

Conseil_detat_1Propos de Dominique Rousseau, professeur de droit constitutionnel à Montpellier-I et membre de l'Institut universitaire de France, présents dans le journal " Le Monde " du 08/02/07 :

" L'arrêt du Conseil d'Etat du 8 janvier constitue-t-elle le chaînon manquant du rapport entre le droit européen et le droit français ?

Oui car cette décision consacre la primauté du droit communautaire sur l'ensemble du droit national. Le droit européen, qu'il soit direct ou dérivé, bénéficie désormais d'une immunité constitutionnelle. Le Conseil d'Etat et le Conseil constitutionnel ont pris acte de l'impossibilité de s'opposer à une loi ou à un décret qui serait pris en application d'un texte communautaire, quand bien même il pourrait sembler contraire à notre Constitution ou à un principe constitutionnel.

Pourquoi a-t-il fallu attendre 2004 pour le Conseil constitutionnel, et 2007 pour le Conseil d'Etat ?

Avant le traité de Maastricht, il régnait un flou dans l'ordre juridique qui avait permis aux juges français de ne jamais répondre directement à la question. Même si, depuis 1978, la CJCE martelait la primauté du droit européen. Avec la modification de l'article 88 de la Constitution française, un préalable à l'adoption du traité de Maastricht en 1992, la France a pris acte de ce transfert de souveraineté. Le législateur est notamment obligé de transposer les directives communautaires. Désormais, les directives s'appliqueront sans que le législateur ni le juge n'aient leur mot à dire. "

Levons l'ambiguité : la conception française de la nation n'était pas celle de l'Allemagne !

    En 1774, l'allemand Herder affirma la primauté du " Volk ", le peuple, au sein duquel l'individu fut défini comme appartenance. Mais suite à la Révolution française et l'apparition de la conception française de la nation ( " une communauté de citoyens " qui transcende toutes les appartenances privées ( religion, région, origine, race, ... ) ), ce même Herder insista de nouveau sur l'originalité du peuple allemand, et bien vite, sur sa supériorité : " Guérir le monde au contact de l'être allemand ". Friedrich Schlegel défendit lui aussi une conception ethnique de la nation dans ses " Leçons philosophiques " de 1804-1806. Selon lui, les individus devaient être liés entre eux par des liens de sang pour garantir la pérennité de la communauté culturelle. La suite, vous la connaissez...1913 : le droit du sang fut instaurée en Allemagne dans le code de la nationalité. 1933 : arrivée du nazisme au pouvoir en Allemagne avec comme fondement le racisme et ayant pour ambition la domination du continent. Hitler : " L'Allemagne ne sera vraiment l'Allemagne que lorsqu'elle s'appellera l'Europe."

     En ce qui concerne le problème soulevé par le principe des nationalités, je préfère citer Régis Debray : " Le principe des nationalités [ et de l'Etat-Nation ], dit-on, portait la guerre de 1914 dans ses flancs. A moins que ce fût le principe impérial qui écrasant les nationalités, les exaspérait. "

Lire la suite "Levons l'ambiguité : la conception française de la nation n'était pas celle de l'Allemagne !" »

Avez-vous honte de la République française ? Moi, pas du tout. Bien au contraire !

    Les valeurs républicaines sont indissociables de la Révolution française de 1789 et de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août de cette même année. Cette révolution a servi de base aux valeurs républicaines. L’essentiel de ces valeurs nous a été légué par les philosophes du XVIII  siècle et les révolutionnaires français de 1789.

    Ces valeurs mirent très longtemps à entrer pleinement dans les mœurs politiques de la France. Il a fallu beaucoup de sang, de larmes et de combat pour que ces valeurs s’imposent à la société.

     Valeurs de la République :

  • 20 juin 1789 : Serment du Jeu de Paume.
  • 14 juillet 1789 : Prise de la Bastille.
  • 4 août 1789 : Nuit du 4 août : abandon des privilèges du clergé et de la noblesse.
  • 26 août 1789 : Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen.
  • septembre 1791 : Déclaration des Droits de la femme et de la citoyenne.
  • 10/11 août 1792 : Convocation d'une Convention. Etablissement du suffrage universel.
  • 21 septembre 1792 : Abolition de la royauté. Proclamation de la Première République.
  • 4 février 1794 : Suppression de l’esclavage dans les colonies.
  • 21 février 1795 : Liberté des cultes. Première séparation de l'Eglise et de l'Etat.
  • 24 février 1848 : Proclamation de la Seconde République.
  • 25 février 1848 : Proclamation du droit au travail pour tous.
  • 2 mars 1848 : Limitation de la journée de travail.
  • 4 mars 1848 : Instauration du suffrage universel masculin. Liberté de la presse et de réunion.
  • 27 avril 1848 : Abolition définitive de l’esclavage dans les colonies.
  • 9 septembre 1848 : Loi fixant la durée du travail à douze heures par jour.
  • 4 novembre 1848 : Abolition de la peine de mort en matière politique.
  • 4 septembre 1870 : Proclamation de la Troisième République.
  • 19 mai 1874 : Loi limitant le travail des enfants.
  • 1881 : Ecole gratuite. Liberté de la presse.
  • 1882 : Ecole obligatoire et laïque.
  • 1884 : Liberté syndicale.
  • 1886 : Loi laïcisant le personnel des écoles publiques.
  • 2 novembre 1892 : Loi limitant le travail des femmes et des enfants.
  • 9 avril 1898 : Loi établissant la responsabilité patronale pour les accidents du travail.
  • 30 septembre 1900 : Loi Millerand abaissant la durée du travail à onze heures.
  • 1901 : Loi sur la liberté d’association.
  • 29 juin 1905 : Loi abaissant à huit heures la journée de travail dans les mines.
  • 13 juillet 1905 : Loi d'assistance obligatoire aux vieillards, infirmes.
  • 9 décembre 1905 : Loi sur la séparation des Eglises et de l’Etat.
  • 13 juillet 1906 : Loi sur le repos hebdomadaire obligatoire.
  • 23 avril 1919 : Loi sur la journée de huit heures.
  • 1930 : Gratuité de l’enseignement secondaire en 6e.
  • 11 mars 1932 : Loi sur les allocations familiales pour tous les salariés.
  • 1936 : Victoire du Front populaire aux élections législatives.
  • 11 juin 1936 : Vote de la loi instituant deux semaines de congés payés.
  • 12 juin 1936 : Vote de la loi instituant la semaine de travail de quarante heures.
  • 18 juin 1936 : Le gouvernement dissout les ligues fascistes.
  • 13 août 1936 : Loi prolongeant l'obligation scolaire jusqu'à quatorze ans.
  • 1943 : Création du Conseil national de la Résistance qui reprend les valeurs révolutionnaires et républicaines dans son programme.
  • 1944 : Proclamation du Gouvernement provisoire de la République française. Les libertés et la légalité républicaine sont restaurées. Droit de vote et éligibilité accordés aux femmes.
  • 1945 : Retour à la vie démocratique dans le pays ( nombreuses élections ). Création de la Sécurité sociale.
  • 1946 : Référendu