Biographie de Lamartine
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Portrait de Lamartine par Henri Decaisne (1830)
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LAMARTINE Alphonse Marie Louis de ( 1790-1869 ) :
- Repères chronologiques :
1789 Révolution française.
1790 21 octobre : naissance , à Mâcon, d'Alphonse Marie Louis de Prat de Lamartine.
1801 Lamartine est mis en pension à Lyon. Jusqu'à cette date, il a vécu à Milly, où sa famille s'est réfugiée.
1802 Amnistie des émigrés. Bonaparte consul à vie.
1803 Entrée au collège jésuite de Bellay.
1804 Sacre de Napoléon.
1810 Répression française en Espagne.
1811-1812 Voyage en Italie et rencontre d'Antoniella, qui est la première Elvire.
1812 Campagne de Russie.
1814-1815 Entrée dans les gardes du corps. Lamartine est en garnison à Beauvais.
1814 Abdication de Napoléon. Déclaration de Louis XVIII. Charte. Waterloo. La chambre introuvable.
1816 Date importante dans la vie de Lamartine. Il rencontre à Aix-les-Bains Mme Julie Charles, qui devient Elvire, incarnation de l'amour romantique, inspiratrice des Méditations.
1817 Décembre : mort de Julie Charles.
1818 Echec à la Comédie-Française d'une tragédie biblique de Lamartine, Saül.
1819 rencontre avec Maria Anna Elisa Birch, une riche Anglaise. Mariage le 6 juin 1820.
1820 Mars : parution des Premières Méditations. Le succès est " inouï et universel", selon les propres termes de Lamartine. Ce mince recueil ( cent dix-huit pages pour vingt-quatre médiations) marque la naissance de l'écriture poétique romantique.
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1820-1830 Lamartine occupe différents postes d'ambassade en Italie.
1823 Publication des Nouvelles Méditations.
1824 Charles X.
1824 Ministère Polignac.
1830 Lamartine publie les Harmonies poétiques et religieuses. Il est élu à l'Académie française. Révolution. Louis-Philippe.
1831 Publication de l'ouvrage Sur la politique rationnelle. Echec à la députation. Emeute des canuts lyonnais.
1832 Juin : départ à Marseille pour un voyage en Orient, avec sa femme et sa fille. Ce voyage constitue une étape importante dans la vie de Lamartine. Mort de Julia. Pendant ce voyage, qui prend fin en septembre 1833, Lamartine est élu député. Dès son retour en France, il prend une part de plus en plus active à la vie politique, et de plus en plus tournée vers l'opposition.
1834 Emeutes à Paris et Lyon. Lois de septembre.
1835 Publication du Voyage en Orient.
1836 Ministère Thiers. Publication de Jocelyn.
1838 Publication de La Chute d'un ange.
1839 Publication Recueillements poétiques.
1843 Querelle scolaire. Publication de Graziella.
1846 Crise économique.
1847 Publication Histoire des Girondins.
1848 Révolution. A cette date, la popularité de Lamartine est immense. Aux côtés de Ledru-Rollin, il fait partie du gouvernement provisoire. Il est nommé ministre des Affaires étrangères. En décembre 1848, il ne recueillera que 17 900 voix aux élections présidentielles.
1849 Assemblée législative. Lamartine entreprend la publication d'oeuvres autobiographiques avec Raphaël, les Confidences.
1850 Loi Falloux. Loi électorale.
1851 Coup d'Etat du 2 décembre. Celui-ci lui fait abandonner la politique. A partir de cette date, il devient un " galérien de la plume " publiant sans cesse des ouvrages souvent médiocres pour payer les dettes qu'il a accumulées.
1852 Proclamation de l'Empire.
1856-1869 Lamartine publie son Cours familier de littérature, qui comprend 28 volumes.
1857 Parution du dernier poème de Lamartine la Vigne et la Maison.
1863 Mort de Maria Anna Elisa Birch.
1864 Loi sur les coalitions ouvrières.
1867 Lamartine accepte la rente viagère que lui attribue l'Etat.
1868 Loi sur la presse et les réunions publiques.
1869 28 février : mort de Lamartine.
- Au-delà des conventions :
Le lyrisme de Lamartine apparaît comme une constante : que nous considérions le poète de l'amour, l'orateur politique, le poète de la foi ou même l'auteur du Voyage en Orient, nous rencontrons une même qualité d'émotion, le souffle d'une sincérité. Tout d'abord les conventions du style que l'on a tant reprochées au poète des Méditations ou des Harmonies : ces réminiscences nombreuses de la tradition élégiaque, ce manque d'originalité du mètre et des images qui le firent comparer à " un Chateaubriand en vers"(Faguet). En fait, dès 1820, l'expression directe du moi et l'abolition du distinct dans la perception de réel constituent une nouveauté dans l'écriture elle-même. Une poésie de l'indicible émerge, dont Georges Poulet a souligné la modernité. La foi profonde qui anime les Harmonies, la volonté douloureuse de suggérer par le langage ce que celui-ci, par essence est impuissant à dévoiler, tout cela nous met en présence d'un ton devant lequel on ne saurait rester insensible. L'univers des images lui-même, leur dialectique de l'ouvert et du clos, du clair et de l'obscur fondent un mouvement original. Il faut aujourd'hui refuser l'image toute faite sur la poésie lyrique de Lamartine.
Conventions des partis, ensuite : elles aussi sont balayées dans la pratique politique de Lamartine. Lorsqu'il est élu député, il refuse d'entrer dans un parti. Il avait d'ailleurs, avant son départ pour l'Orient, mesuré l'étroitesse de vues des chapelles politiques. C'est animé par un idéal supérieur, par la foi profonde en un projet divin qui doit se réaliser dans l'Histoire que Lamartine accumule sur les sujets les plus ardus une documentation abondante. On ne saurait lui faire le reproche pascalien de ne s'occuper que des moyens et non des fins. Cette position était délicate : orateur enthousiaste, Lamartine restera fidèle à sa vision lors de la révolution de 1848. Refusant le pouvoir, celui qui pouvait devenir "ministre exécutif" du gouvernement provisoire se retrouve seul et doit quitter la scène. Ce mépris des conventions politiques fut sa grandeur et causa
sa perte.
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Portrait de Lamartine par François Gérard (1831)
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Lamartine sait aussi dépasser les conventions du voyage au cours de son périple oriental. Contrairement à l'image, accréditée par sa poésie lyrique, d'un écrivain incapable de décrire, il montre au contraire dans le Voyage en Orient et dans de nombreuses autres pages ( pensons à Graziella, notamment) une passion de regarder, un sens aigu de la description, une ouverture sur autrui qui constituent un véritable lyrisme de l'observation. Lamartine sait voir l'Autre, et cette ouverture passionnée lui fait dépasser les imageries de l'Orient. C'est là un aspect de son oeuvre que l'on a injustement ignoré.
- Une vision de l'Histoire :
Il est un peu facile d'opposer le légitimiste de 1820 à l'homme de 1848. Il l'est tout autant de montrer que l'idéalisme de Lamartine peut cacher des intérêts de classe : partisan d'une démocratie politique, Lamartine cherche à canaliser la violence virtuelle d'un prolétariat misérable en proposant des réformes sociales qui cependant préservent le principe essentiel de la propriété, auquel il est attaché.
Ce qui nous semble fondamental, c'est de saisir l'unité profonde de la vision de l'Histoire de Lamartine, et cela dès 1820. Car elle détermine la pratique politique de l'auteur des Méditations.
Il l'expose en 1831 dans un court essai : Sur la politique rationnelle. Il en conservera les éléments essentiels, qui, d'ailleurs, ne sont aucunement en contradiction avec la vision des premières Méditations ( vision d'un projet divin) : "Nous sommes à une des plus fortes époques que le genre humain ait à franchir pour avancer vers le but de sa destinée divine."
Comme Michelet, Lamartine croit, après Juillet, que la France est devenue le pilote d'un avenir de progrès. Il se sent en accord avec le peu "d'esprits élevés et rationnels qui ont fait de leur pensée politique un sanctuaire où l'intrigue et la passion ne pénètrent pas [...], qui placent la morale, le devoir, le salut et le progrès de l'humanité au-dessus de leurs théories d'école et de leurs affections de famille." "Au-dessus de la mêlée", donc, il propose avec éloquence et conviction les points forts de son idéalisme politique. Il est assuré d'être finalement entendu car toute " idée sociale, descendue du ciel sur l'humanité, n'y retourne jamais à vide". "Elle porte en soi quelque chose de vital, de divin..."
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Portrait de Lamartine par Théodore Chassériau (1844)
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Lamartine se présente donc en guide de l'humanité et en promoteur de l'idée de liberté. Dans le ton de l'ouvrage, on sent un respect religieux pour ses convictions politiques. C'est pour conserver l'intégrité de celles-ci, les défendre sans compromisssion que Lamartine refuse de s'associer à un journal politique. Il est déjà un solitaire et un croyant de la politique. A son retour d'Orient, il fera encore, dans ses engagements, figure d'opposant en marge des partis.
Lamartine rappelle quelques principes essentiels à la réalisation de la société souhaitée : monarchie constitutionnelle, liberté de presse, enseignement libre et gratuit, séparation de l'Eglise et de l'Etat, élections au scrutin proportionnel, législation pénétrée d'esprit évangélique (abolition de la peine de mort), respect de la propriété, reconnaissance d'une centralisation administrative et exécutive...
Ces divers principes, Lamartine ne les pose pas, cependant, en absolus indépassables. Il note ainsi que la propriété, certes, a bien été jusqu'ici la seule base donnée par Dieu à la famille et à la société. Cependant : " Peut-être l'humanité découvrira-t-elle un jour un autre principe social."
Mais, dans la confusion du présent, la réalisation d'une si haute visée exige un homme "complet dans l'intelligence et la vertu", " fort de la force de sa conviction et de celle de son époque [...], palpitant de foi dans l'avenir [...], capable d'entrevoir l'autre monde politique, de nous convaincre de son existence, et de nous y conduire par la persuasion de son éloquence...". Cet homme ne pourrait-il être Lamartine en personne, qui va méditer et observer en Orient ?
Biographie établie à partir du " Dictionnaire des littératures de langue française " de J-P de Beaumarchais, Daniel Couty et Alain Rey, édition Bordas ( 1984 ).


































