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Union des républicains contre la nouvelle constitution européenne camouflée

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   Le Comité Valmy appelle tous les républicains à s'unir contre la nouvelle constitution européenne camouflée. Le peuple souverain a dit non le 29 mai 2005 à toute constitution. Nicolas Sarkozy entend imposer ce pseudo mini traité par la voie parlementaire. Cela serait illégitime. Les parlementaires, qu'ils soient de droite ou se réclament de la gauche, seront jugés sur leur vote : pour ou contre la constitution maquillée, pour ou contre le peuple, pour ou contre la Nation, pour ou contre la République.

                                                            CB.

Les patrons français sont les "rois" du "parachute doré"

   Dans le précédent article Les "parachutes dorés" des grands patrons français, j'ai commencé à établir un petit inventaire des patrons français ayant bénéficié de ces "petits cadeaux" ces dernières années.Antoine_zacharias

  lAntoine Zacharias, l'ancien PDG de Vinci, a touché 13 millions d'euros d'indemnités de départ (juin 2006). Les plus-values potentielles de ces stock-options s'élevaient début mai 2006 à 173 millions d'euros !

   A la lecture du Monde du 12 juin 2007, j'ai eu l'occasion de découvrir que les indemnités de départ des patrons français sont les plus élevées d'Europe alors que leurs revenus se situent dans la moyenne européenne ! Le Monde a repris une étude réalisée en 2006 par le cabinet de conseil en ressources humaines Hay Groupe et publiée par La Tribune. Cette étude confirme que les patrons français reçoivent "le double du total de leur salaire de base et de leur bonus annuel" sous la forme d'indemnités de départ. A titre de comparaison, seule la moitié des patrons américains ont droit à un tel niveau de cadeau de départ selon l'étude...

   Le 20 juin, la ministre de l'Economie, des Finances et de l'Emploi, Christine Lagarde, a présenté son projet de loi pour résoudre le problème des "parachutes dorées". Sur le site du gouvernement, voilà comment ce projet est présenté :

" Les "parachutes dorés" seront liés aux performances des dirigeants :

Le projet de loi présenté le 20 juin par la ministre de l’Economie, des Finances et de l’Emploi, Christine Lagarde, lie les indemnités de départ des dirigeants aux résultats de l’entreprise ; il encadre aussi les stock-options, tout en incitant à la généralisation des dispositifs d’intéressement pour les salariés.

Désormais, l’attribution de parachutes dorés sera liée à des conditions de performance fixées à l’arrivée du dirigeant dans l’entreprise. A son départ, le conseil d’administration sera saisi pour décider du versement ou non de cette indemnité.

Par ailleurs, au-delà des seuls parachutes dorés, les conventions qui réglementent la rémunération des patrons seront personnalisées. Toute modification de ces conventions devra être rendue publique dans un délai très court.

Consultation obligatoire des comités d’entreprise pour les stock-options

L’octroi de stock-options (droits d’acheter des actions à un prix déterminé à l’avance) sera subordonné à la consultation préalable du comité d’entreprise. Elles seront attribuées aux dirigeants d’entreprise à condition que des dispositifs de distribution, comme l’intéressement, la participation ou les plans d’épargne d’entreprise, soient mis en place pour les salariés.

Par ailleurs, en cas de transmission de stock-options à un enfant, les exonérations fiscales accompagnant ces stock-options seront supprimées.

Le même jour, Nicolas Sarkozy a annoncé, devant les parlementaires de la majorité présidentielle, l’adoption "très vite" d’une "loi de moralisation de la vie économique". "

   Je serai particulièrement étonné que le problème soit résolu aussi facilement...A suivre.

" Le revenu des Français les plus riches progresse plus vite que le revenu moyen "

" Les revenus des ménages les plus riches de France ont crû beaucoup plus vite que les autres entre 1998 et 2005, d'après une étude de l'Ecole d'économie de Paris révélée, vendredi 29 juin, par Libération. Les 1 % les plus riches, soit 350 000 foyers, ont vu leur revenu augmenter de 19 % au cours de la période, contre une hausse de 5,9 % du revenu moyen des ménages français.Bernard_arnault

   Avec 4,06 millions d'euros touchés en 2006, le président du groupe de luxe LVMH, Bernard Arnault, est le patron français le mieux rémunéré. Sa fortune personnelle est estimée à 17,2 milliards d'euros, ce qui fait de lui le plus riche des  Français.

   L'étude, élaborée par l'économiste Camille Landais à partir de données fiscales fournies par l'administration, fournit un degré de détail inédit de l'évolution des revenus les plus élevés. Plus on s'élève dans l'échelle de la richesse, plus la hausse est importante. Elle atteint 32 % chez les 0,1 % les plus riches, et 42,6 % chez les 0,01 % les plus riches (3500 foyers), toujours entre 1998 et 2005. Camille Landais analyse : " L'évolution de la Bourse n'y est pour rien. Cela s'explique par le fait que les entreprises versent des dividendes de plus en plus importants à leurs actionnaires."

   En décalage avec le diagnostic de l'INSEE

   Libération souligne que ce constat est en décalage avec les données fournies par l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Cet institut se contente en effet de présenter l'évolution de l'écart entre les 10 % le plus riches et les 10 % le plus pauvres de la population française, et conclut à une réduction importante et constante du fossé depuis la fin des années soixante-dix. Pascal Chevalier, chef de la division revenu et patrimoine de l'Insee, constate : "On n'a rien trouvé de significatif qui prouverait une explosion des inégalités en France." Il relève cependant que les conclusions de Camille Landais ne sont pas incompatibles avec les résultats de l'Insee, "simplement parce qu'on n'est jamais descendu dans un niveau aussi fin d'analyse chez les hauts revenus".

   En France, 3,6 millions de personnes vivaient en dessous du seuil de pauvreté en 2004, selon l'Insee, soit avec moins de 657 euros par mois. "

Article du Monde du 29/O6/2007

P.S. du canard républicain :

  • Vivement que M. Landais analyse de plus près les chiffres du chomage ainsi que ceux concernant les personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté.
  • Il me semble, M. Chevalier, qu'il existe une réelle incompatibilité...

Un éléphant, ça trompe énormément !

Premier épisode (30/06/07) avec l'ouverture du marché de l'énergie :

   A partir de dimanche, le marché français (et européen) de l'électricité et du gaz s'ouvre complètement à la concurrence. Les textes initiateurs de la déréglementation sont les directives européennes 96/92/CE du 19 décembre 1996 et 2003/54/CE du 26 juin 2003.

   Sous l'impulsion du général de Gaulle et du ministre (communiste et syndicaliste) de la production industrielle Marcel Paul, EDF-GDF avait été nationalisé lors de la Libération, mesure qui était inscrite dans le programme du Conseil national de la Résistance (CNR).

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   Dans la privatisation rampante d'EDF-GDF, un moment déterminant s'est joué lors du sommet de Barcelone, en mars 2002, peu  avant le premier tour de l'élection présidentielle, Jacques Chirac et Lionel Jospin signant discrètement des accords par lesquels la France acceptait d'ouvrir à la concurrence le marché français de l'énergie.

Fabuis

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   Il faut noter qu'en 2002, Laurent Fabius était le ministre de l'Economie, des Finances et de l'Industrie et qu'on trouvait à cette époque dans le gouvernement Jospin les personnalités suivantes : Pierre Moscovici (PS, ministre délégué aux affaires européennes, auprès du ministre des affaires étrangères), Bernard Kouchner (PRG, ministre délégué auprès du ministre de l'Emploi et de la Solidarité, chargé de la Santé), Jean-Luc Mélenchon (PS, ministre délégué à l'enseignement professionnel, auprès du ministre de l'éducation nationale), Marie-Georges Buffet (PCF, ministre de la Jeunesse et des Sports), Yves Cochet (Verts, ministre de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement), Jack Lang (ministre de l'Education nationale) et enfin Ségolène Royal (ministre déléguée à la Famille, à l'Enfance et aux Personnes handicapées auprès de la ministre de l'Emploi et de la Solidarité).

   La loi du 9 août 2004 a transformé EDF EPIC (Etablissement public à caractère industriel et commercial), en EDF Société anonyme. L'entreprise a introduit une partie de son capital en Bourse le 21 novembre 2005 et figure dans le CAC 40 depuis le 19 décembre 2005. Aujourd'hui, son capital est détenu à 87,3% par l'Etat, à 10,8% par le public (institutionnels et particuliers) et à 1,9% par les salariés d'EDF.

  A compter de dimanche, les particuliers pourront choisir librement leur fournisseur soit en restant aux tarifs réglementés -fixés par les pouvoirs publics et uniquement offerts par EDF et Gaz de France-, soit en y renonçant et en choisissant l'une des offres de marché.

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   Luc Chatel, secrétaire d'Etat chargé de la Consommation (sic) et du Tourisme, a estimé que le consommateur (sic) sortirait gagnant sur le plan financier de l'ouverture du marché. En inaugurant à Paris le dispositif d'information des consommateurs (sic), il a fait valoir que la concurrence permettrait de faire baisser les prix et de réduire la facture énergétique des Français en limitant le gaspillage.

   Mais les syndicats et les associations de consommateurs (sic) craignent une flambée des prix à l'instar de celle enregistrée pour les entreprises il y a trois ans. Quant à la relation entre l'ouverture du marché et la limitation du gaspillage, je serai très curieux d'entendre l'argumentation de M. Chatel sur ce point...

   Une fois qu'un particulier aura quitté le tarif réglementé, il ne lui sera plus possible d'y revenir, une règle qui concerne le logement et non la personne physique ! Une personne qui emménagera dans un appartement dont le précédent locataire avait souscrit à une offre de marché devra ainsi y rester en négociant un nouveau contrat. La personne emménageant dans un logement neuf aura le choix pour l'électricité jusqu'en 2010. Mais elle sera obligée de souscrire une offre au prix du marché pour le gaz.

   Jeudi, le Conseil à la concurrence a sommé EDF de proposer aux fournisseurs alternatifs des offres inférieures aux prix du marché de gros afin de permettre plus de compétition dans le marché du détail. Les concurrents pourront ainsi bénéficier de la rente nucléaire française (80% de sa production électrique). On peut se demander si un jour on ne trouvera pas dans la colonne des petites annonces une centrale nucléaire à louer ou à vendre pour ces chers fournisseurs alternatifs...

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" Tout a changé " : Le temps révolu des poètes

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Photo de Naguib Mahfouz

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" Il vit alors entrer un vieillard décrépit, à qui les ans n'avaient pas laissé un seul membre en bon état. Et tandis qu'un jeune homme le conduisait par la main gauche, il tenait sous le bras droit un violon et un livre. Il salua l'assistance et gagna directement, au milieu de la salle, le banc central. Il s'y hissa avec l'aide du jeune homme, qui prit place à côté de lui. Puis, posant entre eux deux son violon et son livre, il se prépara, tout en dévisageant les consommateurs, comme s'il voulait s'assurer  de l'effet de sa présence sur leurs âmes. Ses yeux fanés et rouges d'inflammation se fixèrent bientôt sur Sounqor, le garçon du café, avec une expression d'attente anxieuse. Et comme l'attente se prolongeait et qu'il voyait bien que le garçon ne lui prêtait aucune attention, il rompit le silence d'une voix rude :

     - Sounqor ! Le café !

   Le garçon se tourna légèrement de son côté, puis, après un moment d'hésitation, lui tourna délibérément le dos sans mot dire, ne tenant absolument aucun compte de sa commande. Le vieux comprit qu'on le laissait tomber, et ne s'attendait d'ailleurs à rien d'autre. Mais le ciel vint à son aide, car un homme venait d'entrer qui avait entendu le cri du vieillard et remarqué la négligence du garçon. Il dit alors à ce dernier d'un ton impératif :

     - Apporte son café au poète, espèce de vaurien !

(...) Sounqor apporta son café au vieux poète, comme le docteur lui en avait donné l'ordre. L'homme prit le verre et l'approcha de sa bouche en soufflant dessus pour le refroidir, puis se mit à boire à petites lampées. C'est seulement après avoir eu fini et déposé son verre qu'il se souvint de la grossièreté du garçon à son égard. Il lui lança un regard de travers et marmonna, furieux :

     - Espèce de mal éduqué !

     Puis il prit son violon et se mit en devoir de l'accorder, évitant les regards de colère que lui décochait Sounqor. Il attaqua un prélude - que le café Karcha avait déjà entendu tous les soirs depuis vingt ans ou davantage - et son corps émacié se mit à vibrer au rythme du violon. Puis il toussota, cracha, récita la basmala (1) puis s'écria de sa voix rude :

     - Nous commencerons d'abord aujourd'hui par prier pour le Prophète. Notre Prophète arabe, de la plus pure lignée d'Adnan (2). Abou Saada al-Zannâti dit ...

   Une voix rauque l'interrompit alors, celle d'un homme qui venait d'entrer et qui disait :

     - Silence ! Et pas un mot de plus.

   Le vieux leva son regard flétri au-dessus de son violon et vit le cafetier Karcha avec son grand corps maigre, son visage tirant sur le noir, ses yeux caverneux et ensommeillés. Il lui lança un regard sombre. Il hésita un instant, comme s'il n'en croyait pas ses oreilles. Il voulut faire celui qui ne s'était aperçu de rien et reprit sa déclamation :

     - Abou Saada al-Zannâti dit...

   Mais le patron, furieux et rageur, hurla :

     - Ah ! Tu t'acharnes à déclamer ? Cesse ! Cesse ! Ne t'ai-je pas prévenu la semaine dernière ?

   Le dépit se refléta sur le visage du poète, qui s'écria sur un ton plein de reproche :

     - Je pense que tu abuses du kif (3) et tu ne trouves pas d'autre victime que moi.

   Mais l'autre, toujours furibond, reprit :

     - J'ai toute ma tête, vieux radoteur, et je sais ce que je veux. T'imagines-tu que je te permettrai de déclamer dans mon café, su tu m'écorches avec ta vilaine langue ?

   Le vieux poète baissa le ton, cherchant à se concilier l'homme en colère :

     - C'est mon café aussi. Ne suis-je pas son poète attitré depuis vingt ans ?

   Mais le patron Karcha, reprenant sa place habituelle derrière la caisse :

     - Nous connaissons toutes tes histoires et nous les savons par coeur. Nous n'avons pas besoin qu'on nous les raconte à nouveau. Par le temps qui court, les gens ne veulent plus de poète. Ils me réclament depuis longtemps la radio. Et la radio vient d'être montée ici. Laisse-nous donc tranquille et que Dieu s'occupe de toi...

   Le visage du poète se rembrunit. Il songea avec lassitude, avec tristesse, que le café Karcha était le dernier qui lui restait. Il n'avait plus de gagne-pain nulle part ailleurs. Quand on pense à ce qu'avait été sa gloire, autrefois ! Pas plus tard que la veille le café de la Citadelle l'avait congédié, lui aussi. Et la vie est longue, et on ne la gagne pas tous les jours. Qu'allait-il devenir ? A quoi bon, désormais, apprendre à son malheureux fils un métier devenu inutile, un métier qui ne se vend  plus ? Que lui réservait l'avenir, à lui et à son fils ? Le découragement s'emparait de lui et redoublait à la vue du visage fermé du patron, marqué d'impatience et d'âpre détermination. Il eut beau dire :

     - Doucement, père Karcha...La geste des Banou Hilâl est d'une richesse impérissable. La radio ne la remplacera jamais.

   Le patron lui répondit d'un ton tranchant :

     - C'est ce que tu prétends, mais ce n'est pas ce que disent les clients. Cesse donc de nous casser les oreilles. Tout a changé maintenant.

   Le vieux poète, dit alors avec désespoir :

     - Des générations entières n'ont-elles pas entendu ces récits sans ennui, depuis le temps du Prophète ?

   Mais le patron Karcha frappa violemment son tiroir-caisse et hurla :

     - Je te dis que tout a changé. "

(1) L'invocation rituelle : " Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux ! "

(2) Ancêtre éponyme des Arabes

(3) Le haschisch

Extrait du livre "Passage des miracles" (Zuqâq al-midaqq,1947) de Naguib Mahfouz (نجيب محفوظ). Roman traduit par Antoine Cottin.

P.S. :

  • Naguib Mahfouz, né le 11 décembre 1911 dans le quartier populaire de Gamaliyya à Khân al-Khalili au Caire et mort le 30 août 2006, était un écrivain égyptien de langue arabe et l'intellectuel le plus célèbre d'Egypte, lauréat du prix Nobel de littérature en 1988.
  • Il survécut miraculeusement à une tentative d'assassinat à l'arme blanche en octobre 1994 perpétrée par deux jeunes fanatiques islamistes qui ont reconnu au procès ne pas avoir lu une seule ligne de son oeuvre.
  • Croyant toujours au grand pouvoir de la littérature, il déclara au lendemain de l'agression : " L'écriture a beaucoup d'effets sur la culture et sur toutes les valeurs civilisationnelles ".

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" Médias et baisse du niveau culturel "

" Le culte de la richesse (dont relèvent également les mythes sportifs) a présidé à la naissance -et c'est peut-être là son plus grand succès - d'une société démagogique parfaite. La manipulation vulgarisatrice des masses représente la nouvelle forme de la "parole démagogique". Alors même qu'elle semble favoriser, à travers l'instrument médiatique, l'alphabétisation de masse, elle produit en réalité - et le paradoxe n'est qu'apparent - une baisse du niveau culturel ainsi qu'un relâchement de l'esprit critique. Coca_et_le_lay_3 " Tout le monde sait peu de choses et l'on apprend peu " : l'avertissement de Giacomo Leopardi, dans Petites Oeuvres morales, qui pouvait paraître, à l'époque où il fut formulé, empreint de morgue  aristocratique, se voit aujourd'hui pleinement confirmé.

   On a désigné le fascisme comme le principal responsable de l'émergence de ce phénomène, qui est en réalité le fruit d'une évolution amorcée au siècle dernier et qui a de lointaines racines dans un modèle bonapartiste sans cesse reproposé. Le fascisme prenait à bras-le-corps et manipulait cette "foule" qu'avait connue et décrite Gustave Le Bon. Au contraire, l'actuelle "démocratie oligarchique" (ou, si l'on préfère, le système mixte, ou que sais-je encore) oriente, inspire et par conséquent dirige une foule atomisée et, en même temps, homogénéisée par l'omniprésence et la diffusion capillaire du "petit écran" ; elle nourrit, illusionne et projette vers un bonheur commercial à portée de main une myriade d'individus,Lvetoi_et_marche_2   inconscients du nivellement intellectuel et affectif dont ils sont victimes, satisfaits de la vérité et de l'universalité apparente des images fantastiques qu'un petit écran intarissable leur fournit quotidiennement. 

   Cette histoire a connu un épilogue avec la victoire, qui offre des perspectives à long terme, de ce que les Grecs appelaient la "constitution mixte" - un régime qui permet au peuple de s'exprimer, mais où seul l'avis des classes possédantes compte. Ce qui signifie, en des termes plus actuels, qu'on assiste à la victoire d'une oligarchie dynamique dont le pouvoir se fonde sur les grandes fortunes, mais qui est capable de fabriquer le consensus et de gagner une légitimité électorale en contrôlant les mécanismes électoraux. Un scénario qui ne concerne, bien entendu, que le monde euro-atlantique et les "îlots" de territoire qui lui sont reliés. Ailleurs, la planète est mise au pas, les armes à la main. "

Luciano_canfora Extrait du livre " La démocratie. Histoire d'une idéologie ", de Luciano Canfora, édition Le Seuil, 2006.

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P.S. :

  • Première image : " Ce que nous vendons à Coca Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible " ( propos de M. Patrick Le Lay, pdg de TF1 )
  • Texte de l'affiche "Lève-toi et marche - Semaine sans télé 2005 du 2 au 9 avril " : " Bien sûr, la télévision est polluante à fabriquer, à faire fonctionner, puis comme déchet, mais surtout, par nature, elle conduit à la passivité. Elle est le média de la communication superficielle, simplificatrice, n'acceptant que les discours binaires. Elle est l'outil de régression des masses dont ont besoin les publicitaires et les industriels pour réduire les êtres humains à l'état de consommateurs. Refuser la télé ? Extrémistes ! Le discours de la libération et de la résistance est immanquablement psychiatrisé par les chiens de garde de l'ordre marchand. Les personnes libres sont la grande terreur du système. La Semaine sans télé : une bonne occasion de jeter l'oeil qui vous surveille et formate vos enfants en moyenne 3h30 par jour. Alors...Debout, le monde a besoin de nous pour le transformer. Pour le sauver. "

La nouvelle colonisation

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© Bean / Getty Images

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   Dans le numéro 92 (avril-mai 2007) de la revue "Manière de voir" (supplément du Monde diplomatique) intitulé "Derrière les élections, quelle démocratie ?", on retrouve un article de Christian de Brie datant de décembre 1998 : "Comment l'AMI fut mis en pièces".

   Petit rappel...L'AMI (Accord multilatéral sur l'investissement) a été négocié secrètement au sein des vingt-neuf pays membres de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) entre 1995 et avril 1997. Il proposa une libéralisation accrue des échanges (interdiction des discriminations par la nationalité entre investisseurs) et il entraîna de vives protestations de la part des partisans de l'exception culturelle, des mouvements de défense de l'environnement et de quelques mouvements syndicaux lors de sa divulgation aux citoyens. Ce projet est abandonné en octobre 1998.

   Dans l'article cité plus haut, beaucoup de passages sont très intéressants. Je vais vous en donner quelques-uns...(voir l'article en entier : Comment l’AMI fut mis en pièces) :

  • Extrait de la Déclaration de Genève du monde des affaires, adoptée dans le cadre du Geneva Business Dialogue par 450 dirigeants de multinationales, septembre 1998 : " L'émergence de groupes d'activistes risque d'affaiblir l'ordre public, les institutions légales et le processus démocratique. (...) Il faudrait établir des règles pour clarifier la légitimité de ces organisations non gouvernementales activistes qui proclament représenter les intérêts de larges secteurs de la société civile."
  • " On sait que, au sein de l'OCDE, club fermé des pays les plus riches du monde et dans lesquels plus de 90% des multinationales ont leur siège, la négociation de l'AMI s'est poursuivie depuis 1995, dans un silence assourdissant, au bien nommé Château de La Muette, à Paris. Les Etats s'y engageaient à livrer, sans restriction ni condition, toute richesse nationale, sous quelque forme d' "actif" qu'elle se présente, à n'importe quel "investisseur" qui s'en porterait acquéreur. "
  • Le président du groupe multinational ABB entend bien : "investir où il veut, le temps qu'il veut, pour produire ce qu'il veut, en s'approvisionnant et en vendant comme il veut, et en supportant le moins de contraintes possibles [sociales, fiscales ou écologiques] (1)".
  • "Un véritable droit de pillage offert non pas tant aux vrais investisseurs qu'aux spéculateurs, les placements financiers volatils représentant en 1998 plus de 85% des "investissements" (2). Un modèle de diktat de type colonial, dans la lignée du traité de Tien-Tsin (ou Tianjin) de 1858, qui contraignit la Chine à s'ouvrir aux "investisseurs" de l'époque, en l'occurrence les grandes compagnies occidentales monopolisant le trafic de l'opium dont ils empoisonnèrent le pays au nom de la "liberté" du commerce".
  • "Avec des traités comme l'AMI, il s'agit ni plus ni moins de passer "du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes au droit des investisseurs à disposer des peuples" (3), désormais soumis non pas à des lois nationales, votées par des assemblées représentatives et sanctionnées par les tribunaux publics, mais à des règles commerciales négociées sous la pression des multinationales et arbitrées par une justice privée. Ainsi se réalise la "privatisation du pouvoir législatif, le droit commercial prenant le pas sur le droit public." (4)"
  • "Première urgence donc : alerter les élus, nationaux, mais aussi locaux, le plus souvent peu ou pas informés : "J'ignore qui négocie quoi au nom de qui", avouait le premier concerné, M. Jack Lang, alors président de la commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale, à propos de l'AMI, pourtant en discussion depuis deux ans.(5)"
  • "Désormais Internet ouvre des perspectives nouvelles à une mondialisation de la résistance, encore embryonnaire. "Il faudra en tenir compte reconnaît M. Dominique Strauss-Kahn, alors ministre français de l'économie, des finances et de l'industrie, on ne négociera plus l'AMI comme avant l'AMI. D'une certaine manière, la défaite de l'AMI est une victoire de la mondialisation (6)." Certes, mais pas celle concoctée depuis 1990 entre les multinationales et les bureaucraties intergouvernementales. Lesquelles préparent la riposte."

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  • "L'AMI mort à l'OCDE, le "Dracula" ou ses clones resurgissent ailleurs. A l'OMC (Organisation mondiale du commerce), d'où il est parti, soit isolément, soit dans le cadre d'un "cycle de négociations du millénaire". Au nouveau Partenariat économique transatlantique (7), dernière version d'une vieille torpille anti-européenne en faveur d'une zone transatlantique de libre-échange, où la libéralisation de l'investissement, sur le modèle de l'AMI, est au coeur des négociations engagées sur les recommandations du Transatlantic Business Dialogue. L'AMI devait être le "big bang" du libre accès de toutes les richesses du monde aux investisseurs-spéculateurs. Il n'y a aucune chance que les multinationales y renoncent sans l'opposition déterminée des citoyens et des peuples."

(1) Observatoire de la mondialisation, Lumière sur l'AMI. Le test de Dracula, L'Esprit frappeur, Paris, 1998.

(2) Soit environ 21 000 milliards de dollars, contre 3 000 milliards de dollars pour les investissements directs étrangers. Sources : Nations unies, World Investment Report, 1997.

(3) Communiqué de la Société des réalisateurs de films, de l'Union des producteurs de films et du syndicat CGT des artistes-interprètes, 2 février 1998.

(4) Mme Luciana Castellina, présidente de la Commission économique extérieure du Parlement européen, avril 1998.

(5) M. Jack Lang, lors du colloque sur l'AMI organisé à l'Assemblée nationale par l'Observatoire de la mondialisation, le 4 décembre 1997.

(6) Libération, 22 octobre 1998.

(7) Projet relancé lors du sommet USA - UE du 18 mai 1998, après l'échec de la croisade pour un nouveau marché transatlantique menée par le vice-président de la Commission européenne, M. Leon Brittan, champion de l'ultralibéralisme et de l'atlantisme.Leon_brittan_2  Lire Jean-Claude Lefort et Jean-Pierre Page, "Bruxelles-Washington, même combat", Manière de voir, n°42, op.cit. Lire "L’AMI nouveau va arriver", Le Monde diplomatique, mai 1999.

à lire :

P.S. du canard républicain :

Lire la suite "La nouvelle colonisation" »

Camille Desmoulins : la plume de la liberté

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Portrait de Camille Desmoulins par Jean-Sébastien Rouillard

   Journaliste, député, Camille Desmoulins (1760-1794) est, dès 1789, un des premiers révolutionnaires à se prononcer pour un régime républicain quand la majorité préfère une monarchie constitutionnelle.

   Condisciple de Robespierre au collège Louis-le-Grand, il poursuit des études de droit et tente une carrière d'avocat. Mais le jeune homme est aspiré par les événements du printemps 1789 même s'il échoue à se faire élire aux états généraux dans sa Picardie natale. Le 14 juillet, au Palais-Royal, il appelle le peuple aux armes et lance le mouvement vers la Bastille avant de se fondre dans la foule. Selon Michelet, cette modestie symbolise l'événement : c'est le peuple tout entier qui devient acteur de l'Histoire.

   Pamphlétaire, Desmoulins s'oppose au suffrage censitaire -seuls votent ceux qui paient un certain impôt-, arguant que ce système aurait écarté du suffrage Jean-Jacques Rousseau, auquel tous se réfèrent. Il se prononce donc "hautement" pour la démocratie et critique le droit de veto accordé au roi par la Constitution de 1791. Sa plume inspirée, marquée par les références à l'Antiquité, l'amène naturellement à profiter de la liberté de la presse décrétée par l'Assemblée nationale. Il fonde Les Révolutions de France et de Brabant et devient ainsi l'un des premiers journalistes français, activité où il se sent plus à l'aise qu'en politique.

   Le 10 août 1792, il participe à l'insurrection populaire qui renverse la monarchie. Elu à la Convention, il approuve la Constitution de 1793 et la Déclaration des droits de l'homme rédigées par son ami Robespierre et par Condorcet. Sans enthousiasme, il vote la mort du roi, se ralliant à l'argument de Danton : "Louis doit mourir parce qu'il faut que la patrie vive."

   La création du tribunal révolutionnaire lui semble nécessaire notamment pour éviter des massacres semblables à ceux de septembre 1792. Ses articles "au vitriol" contribuent à la chute des girondins, taxés de modérantisme, ce dont il concevra des remords. Ecoeuré des excès de la Terreur, il s'oppose à une justice expéditive "qui tache de sang la robe de la République" et plaide, dans son journal Le Vieux Cordelier, pour une guillotine "économe". Elle ne le sera pas de sa tête, puisqu'il est exécuté avec Danton le 5 avril 1794. Peu avant, à des conventionnels apeurés, il lançait : "Ne nous occupons pas, mes chers collègues, de défendre nos vies comme des malades, mais de défendre les principes comme des républicains."

   Biographie écrite par Anne-Cécile Robert, journaliste et membre du comité de rédaction du Monde diplomatique. Cette biographie est présente dans Manière de voir (supplément du Monde diplomatique), numéro 92 d'avril-mai 2007, dont le titre est : " Derrière les élections, quelle démocratie ? "

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