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Appel après le Congrès du 21 juillet 2008

Association pour une Constituante

13 rue du Pré Saint Gervais 75019 Paris

pouruneconstituante@yahoo.fr

An_4 La volonté du peuple est méprisée

  La Constitution de la France vient d'être profondément bouleversée. Il s'agit là, en fait, d'un nouveau coup de force, préparé dans des enceintes feutrées, au prétexte de modifications techniques nécessaires, venant après celui qui a imposé le traité européen le 4 février 2008 contre la volonté du peuple exprimée le 29 mai 2005.

   Qui plus est, cette révision constitutionnelle, une des plus importantes depuis 1958 puisqu'elle concerne l'équilibre des pouvoirs, a été, par une propagande grossière, présentée comme accroissant les pouvoirs du Parlement. Bien au contraire, elle accroît en fait la place d'un Président de la République sans contrôle et renforce un bipartisme, celui des deux familles partisanes du oui au référendum de 2005, affaiblissant encore ainsi les rares espaces d'expressions contradictoires. Et l'initiative des lois émanera de plus en plus d'un pouvoir autonome, les directives européennes étant transcrites dans le droit national par des parlementaires réduits, pour l'essentiel, à ce rôle.

   La Constitution est l'ensemble des règles qui régissent l'organisation de la République. Elle doit affirmer des principes clairs, ayant pour objet principal de permettre la vie en commun par la mise en oeuvre de la volonté du peuple dans son ensemble. Elle n'est pas octroyée par les puissants et ne peut émaner que du peuple lui-même. Or, la révision qui vient de se produire, et qui est en fait un changement radical, a été avalisée par un Parlement qu n'était pas élu pour cela. Le fait que, de plus, le vote ait été marqué par des marchandages indignes de la démocratie montre une nouvelle fois l'incapacité du régime à gouverner le pays en fonction des seuls intérêts de la Nation.

   Comme le proclame la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, la volonté du peuple est le fondement de l'autorité des pouvoirs publics. Une Constitution doit donc être établie par le peuple lui-même, précisément pour se protéger de l'arbitraire des puissants, à travers une assemblée constituante, indépendante, élue dans ce but et dissoute ensuite. Elle doit être approuvée par référendum.

   C'est pourquoi les signataires de ce texte affirment avec force que la situation exige la convocation d'une assemblée Constituante élue au suffrage universel direct dans les délais les plus brefs. Ils appellent les citoyens et élus dans toutes les communes à se réunir pour exprimer et participer à la fédération de cette volonté dans les formes qu'ils décideront eux-mêmes.

P.S. : le canard républicain est un signataire de ce texte. Vive la République française !

"Elles sont le nombre, le nombre immense qui n'a jamais su sa force : le désespoir la lui apprendra."

"  La Révolution, la Révolution violente est hâtée, soufflée, rendue inévitable par l'affolement du pouvoir.

   La propriété n'est plus si les prolétaires préfèrent crever de faim que d'engraisser leurs maîtres, leurs sangsues, et le Capital aura vécu comme les autres erreurs quand on le voudra.

   S'il plaît au travailleur de faire grève, s'il lui plaît de se révolter, la terre est noire des fourmis humaines. Elles sont le nombre, le nombre immense qui n'a jamais su sa force : le désespoir la lui apprendra.

   Les coups de cravache l'apprennent au lion en cage comme le coup de massue l'apprend au taureau à l'abattoir : alors le lion prend sous ses ongles l'histrion qui l'a cravaché ; le taureau brise la corde qui lui courbait la tête à l'anneau du supplice, s'échappe et sème l'effroi sur son passage. " Louise Michel (1830-1905)

Extrait de "L'Ère Nouvelle", chapitre IV, Bibliothèque ouvrière cosmopolite, Paris, 1887.

Michel_par_girardet_5     espace

"L'arrestation de Louise Michel" de Jules Girardet,1871, peinture à l'huile sur bois, Musée d'Art et d'Histoire de Saint-Denis

Contexte historique, Analyse de l'image, Interprétation

Le classement 2008 des 20 plus grandes fortunes en France

Stockoptions Qu'en est-il de la pauvreté en France ?

   L'Observatoire national de la pauvreté et de l'exclusion sociale (ONPES) a diffusé, fin avril, son rapport pour la période 2007-2008, nous apprenant qu'actuellement 7,1 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté, fixé à 817 euros de revenus mensuels en 2005. L'ONPES a rappelé qu'il s'agit "d'un phénomène central, d'ampleur croissante et pouvant toucher l'ensemble des catégories sociales". La France compte plus de 1,74 millions de travailleurs pauvres.  En 2004, 13% de la population déclarent avoir renoncé à certains soins, soit de manière définitive, soit de façon temporaire.

   Qu'en est-il des grosses fortunes en France ?

   Ont-ils des problèmes pour payer les soins bucco-dentaires ou pour avoir une nouvelle paire de lunettes ? Ils n'ont pas de chance en fait ces "citoyens" car ils sont français. En effet, d'après le magazine Challenge, "pour être riche et de plus en plus riche, mieux vaut être russe, chinois ou mexicain que français". Tout de même, il faut signaler que le nombre d'assujettis à l'impôt sur la fortune (ISF), en 2008, sera de 548 000, soit une hausse de 6%. Le montant attendu de l'impôt sera, lui, de 3,75 milliards d'euros contre un peu plus de 4 milliards l'an dernier (bizarre, vous avez dit bizarre...).

Allez, j'arrête  les plaisanteries... Vous avez cliqué pour obtenir un classement. Le voici :

Mulliez

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Gérard Mulliez

1/ Mulliez Gérard (Groupe Auchan-distribution)  : Fortune évaluée à 21 milliards d'euros (+23,53% par rapport à 2007)

2/ Arnault Bernard (LVMH-luxe) : Fortune évaluée à 18,307 milliards d'euros

3/ Bettencourt Liliane (L'Oréal-cosmétiques) : Fortune évaluée à 13,576 milliards d'euros

4/ Zaleski Romain (ERAMET-industrie) : Fortune évaluée à 11,314 milliards d'euros

5/ Louis-Dreyfus Robert (Louis-Dreyfus-services) : Fortune évaluée à 10 milliards d'euros

6/ Puech Bertrand (Hermès international-luxe et distribution) : Fortune évaluée à 7,423 milliards d'euros

7/ Pinault François (PPR-distribution et luxe) : Fortune évaluée à 7,329 milliards d'euros

8/ Dassault Serge (Groupe industriel Marcel Dassault-industrie) : Fortune évaluée à 6 milliards d'euros

9/ Duval (ERAMET-industrie) : Fortune évaluée à 5,851 milliards d'euros

10/ Wertheimer Alain (Chanel-luxe) : Fortune évaluée à 5 milliards d'euros

11/ Servier Jacques (Laboratoires Servier-pharmacie) : Fortune évaluée à 4,8 milliards d'euros

12/ Halley Robert (Carrefour-distribution) : Fortune évaluée à 4,095 milliards d'euros

13/ Besnier Emmanuel (Groupe Lactalis-agroalimentaire) : Fortune évaluée à 4 milliards d'euros

14/ Bouriez Philippe (Groupe Louis Delhaize-distribution) : Fortune évaluée à 3,3 milliards d'euros

15/ Castel Pierre ( Castel Frères-boissons) : Fortune évaluée à 3,2 milliards d'euros

16/ Bolloré Vincent (Bolloré-transports et médias) : Fortune évaluée à 2,976 milliards d'euros

17/ Peugeot Robert (Peugeot S.A.-automobile) : Fortune évaluée à 2,931 milliards d'euros

18/ Bouygues Martin (Bouygues-BTP et télécoms) : Fortune évaluée à 2,913 milliards d'euros

19/ Rothschild Benjamin de (Cie financière Edmond de Rothschild-finance) : Fortune évaluée à 2,9 milliards d'euros

20/ Decaux Jean-Claude (JCDECAUX-communication) : Forune évaluée à 2,742 milliards d'euros

Source du classement : article "Les plus grandes fortunes" de challenge.fr (classement 2008).

P.S. du canard républicain :

  • L'article précédemment cité est très intéressant et très complet sur certains points ( cliquez-ici pour voir l'intégralité de cet article).
  • Michel-Edouard, tu pourrais faire un effort, Gérard te grille de façon phénoménale.

"De nombreux juristes ont alerté sur les dangers de la réforme"

Congrs " Aux yeux de différents spécialistes du droit constitutionnel, ce projet n’a été conçu que pour renforcer les pouvoirs du président.

Des « calculs partisans » à l’origine du rejet par la gauche de la réforme des institutions ? C’est l’argument de Nicolas Sarkozy pour tenter de discréditer l’opposition. Pourtant, de nombreuses voix influentes de la société civile se sont élevées pour faire la lumière sur la vraie nature de la réforme. Pour le constitutionnaliste Dominique Rousseau, cette réforme vise uniquement à « renforcer le pouvoir présidentiel » (Libération du 15 juillet). Selon lui, la volonté proclamée de revaloriser le Parlement est « un faux-semblant », « de la poudre aux yeux » : la réforme profitera « au parti du président ». « Prenons l’exemple de l’ordre du jour, dit Dominique Rousseau. Si la réforme est votée, ce sera quinze jours pour François Fillon, quinze jours pour le patron des députés UMP », et « un jour pour celui des députés PS » (sic) : « Il ne s’agit pas d’un pouvoir gagné par le Parlement mais d’un pouvoir supplémentaire pour le parti du président. » Les promesses de dernière minute du chef de l’État sur le temps de parole ? « Un hochet pour gagner une voix par-ci par-là », tranche le constitutionnaliste.

Le ton n’est pas plus amène chez Bastien François, professeur de sciences politiques, qui dénonce l’aggravation du « présidentialisme irresponsable », avec un « président tout-puissant » qui donne « des instructions aux parlementaires » (l’Humanité du 18 juillet). Pour lui, « le projet s’apparente pour beaucoup à un chèque en blanc donné à Nicolas Sarkozy, sans aucune garantie quant à ses intentions réelles ». Quant aux droits du Parlement, cette réforme favorise en fait « les partis les plus importants, l’UMP et le PS », rappelle-t-il.

Même Guy Carcassonne, juriste et membre du comité Balladur qui a préparé la réforme, a insisté sur la nécessité de renforcer « réellement » le rôle du Parlement (l’Hebdo des socialistes du 24 mai).

Quant aux magistrats, ils ont protesté contre une réforme qui soumet la justice au pouvoir politique, avec la nomination de la majorité des membres du Conseil supérieur de la magistrature par le chef de l’État.

Certains juristes soulignent aussi un danger passé inaperçu dans l’attribution de « droits spécifiques » à l’opposition. Celui qui consiste en fait à classer les parlementaires selon leur appartenance ou pas à la majorité ou à l’opposition, et donc en fonction de leur lien de subordination à l’exécutif, et non plus à les traiter indistinctement comme les représentants de la nation à part entière. D’autres alertent enfin sur la reconnaissance des « expressions pluralistes des opinions » à l’article 4 de la Constitution, qui pourrait subrepticement conduire à placer sur un pied d’égalité dans la loi l’expression des partis et celle de mouvements religieux. " S. C.

Article publié dans le journal L'Humanité le 22/07/08.

Surpopulation carcérale en France : de record en record

  • Extrait du communiqué du Ministère de la Justice du 22 juillet 2008 :

"Au 1er juillet 2008, 64 250 personnes étaient incarcérées en France, ce qui représente une légère hausse de 0,6 % par rapport au mois précédent (63 838). "

  • Au cours des sept dernières années, le nombre de détenus a augmenté de 42 %. En France, le taux de surpopulation atteint 126 %. Six prisons sur dix sont surpeuplées. (Source : article " Record historique de détenus dans les prisons françaises" de Soren Seelow, sur le MONDE.FR, 22/07/08).

Les dirigeants socialistes ont oublié Jaurès à propos de la nation

Jaures2  « Mais ce qui est certain, c’est que la volonté irréductible de l’Internationale est qu’aucune patrie n’ait à souffrir dans son autonomie. Arracher les patries aux maquignons de la patrie, aux castes du militarisme et aux bandes de la finance, permettre à toutes les nations le développement indéfini dans la démocratie et dans la paix, ce n’est pas seulement servir l’internationale et le prolétariat universel, par qui l’humanité à peine ébauchée se réalisera, c’est servir la patrie elle-même. Internationale et patrie sont désormais liées. C’est dans l’internationale que l’indépendance des nations a sa plus haute garantie ; c’est dans les nations indépendantes que l’internationale a ses organes les plus puissants et les plus nobles. On pourrait presque dire : un peu d’internationalisme éloigne de la patrie ; beaucoup d’internationalisme y ramène. Un peu de patriotisme éloigne de l’Internationale ; beaucoup de patriotisme y ramène. »

Jean Jaurès, L’armée nouvelle, 1911.

Source : Comité Valmy

Condorcet et l'abolition de l'esclavage

    Condorcet_2Réflexions sur l'esclavage des Nègres est un texte de Nicolas de Condorcet qui dénonce la pratique de l'esclavage jugé comme un véritable crime.

" RAISONS DONT ON SE SERT POUR EXCUSER L'ESCLAVAGE DES NÈGRES

   On dit, pour excuser l'esclavage des Nègres achetés en Afrique, que ces malheureux sont ou des criminels condamnés au dernier supplice, ou des prisonniers de guerre, qui seraient mis à mort s'ils n'étaient pas achetés par les Européens.

   D'après ce raisonnement, quelques écrivains nous présentent la traite des Nègres comme étant presque un acte d'humanité. Mais nous observerons :

   1. Que ce fait n'est pas prouvé, et n'est pas même vraisemblable. Quoi ! Avant que les Européens achetassent des Nègres, les Africains égorgeaient tous leurs prisonniers ! Ils tuaient non-seulement les femmes mariées, comme c'était, dit-on, autrefois l'usage chez une horde de voleurs orientaux, mais même les filles non-mariés ; ce qui n'a jamais été rapporté d'aucun peuple. Quoi ! Si nous n'allions pas chercher des Nègres en Afrique, les Africains tueraient les esclaves qu'ils destinent maintenant à être vendus ! Chacun des deux partis aimerait mieux assommer ses prisonniers que de les échanger ! Pour croire des faits invraisemblables, il faut des témoignages imposants, et nous n'avons ici que ceux des gens employés au commerce des Nègres -Je n'ai jamais eu l'occasion de les fréquenter ; mais il y avait chez les Romains des hommes livrés au même commerce, et leur nom est encore une injure (1).

   2. En supposant qu'on sauve la vie des Nègres qu'on achète, on ne commet pas moins un crime en l'achetant, si c'est pour le revendre ou le réduire en esclavage. C'est précisément l'action d'un homme qui, après avoir sauvé un malheureux poursuivi par des assassins, le volerait. Ou bien, si on suppose que les Européens ont déterminé les Africains à ne plus tuer leurs prisonniers, ce serait l'action d'un homme qui serait parvenu à dégoûter des brigands d'assassiner des passants, et les aurait engagés à se contenter de les voler avec lui. Dirait-on dans l'une ou dans l'autre de ces suppositions, que cet homme n'est pas un voleur ? Un homme qui, pour en sauver un autre de la mort, donnerait de son nécessaire, serait sans doute en droit d'exiger un dédommagement ; il pourrait acquérir un droit sur le bien et même sur le travail de celui qu'il a sauvé, en prélevant cependant ce qui est nécessaire à la subsistance de l'obligé : mais il ne pourrait sans injustice le réduire à l'esclavage. On peut acquérir des droits sur la propriété future d'un autre homme, mais jamais sur sa personne. Un homme peut avoir le droit d'en forcer un autre à travailler pour lui, mais non pas de le forcer à lui obéir.

   3. L'excuse alléguée est d'autant moins légitime, que c'est au contraire l'infâme commerce des brigands d'Europe, qui fait naître entre les Africains des guerres presque continuelles, dont l'unique motif est le désir de faire des prisonniers pour les vendre. Souvent les Européens eux-mêmes fomentent des guerres par leur argent ou par leurs intrigues ; en sorte qu'ils sont coupables, non seulement du crime de réduire des hommes en esclavage, mais encore de tous les meurtres commis en Afrique pour préparer ce crime. Ils ont l'art perfide d'exciter la cupidité et les passions des Africains, d'engager le père à livrer ses enfants, le frère à trahir son frère, le prince à vendre ses sujets. Ils ont donné à ce malheureux peuple le goût destructeur des liqueurs fortes. Ils lui ont communiqué ce poison qui, caché dans les forêts de l'Amérique, est devenu, grâce à l'active avidité des Européens, un des fléaux du globe ; et ils osent encore parler d'humanité !

   Quand bien même l'excuse que nous venons d'alléguer disculperait le premier acheteur, elle ne pourrait excuser ni le second acheteur, ni le colon qui garde le Nègre ; car ils n'ont pas le motif présent d'enlever à la mort l'esclave qu'ils achètent : ils sont, par rapport au crime de réduire en esclavage, ce qu'est, par rapport à un vol, celui qui partage avec le voleur, ou plutôt celui qui charge un autre d'un vol, et qui en partage avec lui le produit. La loi peut avoir des motifs pour traiter différemment le voleur et son complice ; mais en morale, le délit est le même.

   Enfin, cette excuse est absolument nulle pour les Nègres nés dans l'habitation. Le maître qui les élève pour les laisser dans l'esclavage est criminel, parce que le soin qu'il a pu prendre d'eux dans l'enfance, ne peut lui donner sur eux aucune apparence de droit. En effet, pourquoi ont-ils eu besoin de lui ? C'est parce qu'il a ravi à leurs parents, avec la liberté, la faculté de soigner leur enfant. Ce serait donc prétendre qu'un premier crime peut donner le droit d'en commettre un second. D'ailleurs supposons même l'enfant nègre abandonné librement de ses parents : le droit d'un homme sur un enfant abandonné, qu'il a élevé, peut-il être de le tenir dans la servitude ? Une action d'humanité donnerait-elle le droit de commettre un crime ?

   L'esclavage des criminels légalement condamnés n'est pas même légitime. En effet, une des conditions nécessaires pour que la peine soit juste, c'est qu'elle soit déterminée par la loi, et quant à sa durée, et quant à sa forme. Ainsi, la loi peut condamner à des travaux publics, parce que la durée du travail, la nourriture, les punitions en cas de paresse ou de révolte, peuvent être déterminées par la loi ; mais la loi ne peut jamais prononcer contre un homme la peine d'être esclave d'un autre homme en particulier, parce que la peine dépendant alors absolument du caprice du maître, elle est nécessairement indéterminée. D'ailleurs, il est aussi absurde qu'atroce d'oser avancer que la plupart des malheureux achetés en Afrique sont des criminels. A-t-on peur qu'on n'ait pas assez de mépris pour eux, qu'on ne les traite pas avec assez de dureté ? Et comment suppose-t-on qu'il existe un pays où il se commette tant de crimes, et où cependant il se fasse si exacte justice ? "

(1) Leno ne signifiait d'abord que marchand d'esclaves ; mais comme ces marchands vendaient de belles esclaves aux voluptueux de Rome leur nom prit une autre signification. C'est là une suite nécessaire du métier de marchands d'esclaves : aussi, même dans les pays assez barbares pour que cette profession ne fût point regardée comme criminelle, elle a toujours été infâme dans l'opinion. (note de Condorcet).

Réflexions sur l'esclavage des Nègres, II, 1781

Source : XVIIe-XVIIIe siècles, collection Textes et Contextes, éditions Magnard, p. 376 et 377, de C. Biet, J-P. Brighelli et Jean-Luc Rispail, 1983.

Dossier : Histoire de l'esclavage

    En partenariat avec la Direction des Archives de France, L'Histoire par l'image a publié une série d'études portant sur l'Histoire de l'esclavage. 

  • Les Européens et l’Afrique à la fin du XVIIIe siècle
  • Le mouvement abolitionniste et sa propagande
  • La première abolition de l’esclavage du 16 pluviôse an II/4 février 1794
  • Portraits d’esclaves
  • Vision d'esclaves
  • Le rétablissement de l’esclavage en 1802
  • Les révoltes des esclaves
  • La traite des Noirs
  • Le mouvement de la Négritude

Pour découvrir ce dossier, cliquez-ici.Abolitionbiard_4

L'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises ( 27 avril 1848 ), d'Auguste François Biard (1798-1882), huile sur toile, Musée national du Château de Versailles

Contexte historique, Analyse de l'image, Interprétation

Condorcet et l'instruction publique

   Parmi les nombreux projets (vingt-cinq entre 1791 et 1799) qui furent proposés pour réformer le système scolaire, celui de Condorcet, présenté à  l'Assemblée Législative les 20 et 21 avril 1792. Pour lui, l'enseignement public doit effacer toute trace d'une opinion religieuse, qui détruirait à la fois l'égalité et la liberté. L'Eglise détenait avant la Révolution un quasi-monopole sur l'enseignement, qu'il s'agît de l'Université, des collèges universitaires ou des collèges religieux.

Condorcet_2espace

  Condorcet (1743-1794)

Sculpture de Jean-Antoine Houdon (vers 1785), Musée du Louvre

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  Rapport et projet de décret sur l'organisation générale de l'instruction publique présentés à l'Assemblée Nationale au nom du Comité d'instruction publique les 20 et 21 avril 1792 :

" Les principes de la morale enseignés dans les écoles et dans les instituts seront ceux qui, fondés sur nos sentiments naturels et sur la raison, appartiennent également à tous les hommes. La constitution, en reconnaissant le droit à chaque individu de choisir son culte, en établissant une entière égalité entre les habitants de la France, ne permet point d'admettre, dans l'instruction publique, un enseignement qui, en repoussant les enfants d'une partie des citoyens, détruirait l'égalité des avantages sociaux, et donnerait à des dogmes particuliers un avantage contraire à la liberté des opinions. Il était donc rigoureusement nécessaire de séparer de la morale les principes de toute religion particulière et de n'admettre dans l'instruction publique l'enseignement d'aucun culte religieux.

   Chacun d'eux doit être enseigné dans les temples par ses propres ministres. Les parents, quelle que soit leur croyance, quelle que soit leur opinion sur la nécessité de telle ou telle religion, pourront alors sans répugnance envoyer leurs enfants dans les établissements nationaux : et la puissance publique n'aura point usurpé sur les droits de la conscience, sous prétexte de l'éclairer et de la conduire.

   D'ailleurs, combien n'est-il pas important de fonder la morale sur les seuls principes de la raison ! Quelque changement que subissent les opinions d'un homme dans le cours de sa vie, ces principes établis ssur cette base resteront toujours également vrais ; ils seront toujours invariables comme elle ; il les opposera aux tentatives que l'on pourrait faire pour égarer sa conscience ; elle conservera son indépendance et sa rectitude, et on ne verra plus ce spectacle si affligeant d'hommes qui s'imaginent remplir leurs devoirs en violant les droits les plus sacrés, et obéir à Dieu en trahissant leur patrie.

   Ceux qui croient encore à la nécessité d'appuyer la morale sur une religion particulière doivent eux-mêmes approuver cette séparation : car sans doute ce n'est pas la vérité des principes de la morale qu'ils font dépendre de leurs dogmes ; ils pensent seulement que les hommes y trouvent des motifs plus puissants d'être justes ; et ces motifs n'acquerront-ils pas une force plus grande sur tout esprit capable de réfléchir, s'ils ne sont employés qu'à fortifier ce que la raison et le sentiment intérieur ont déjà commandé ?

   Dira-t-on que l'idée de cette séparation s'élève trop au-dessus des lumières actuelles du peuple ? Non, sans doute ; car, puisqu'il s'agit ici d'instruction publique, tolérer une erreur, ce serait s'en rendre complice ; ne pas consacrer hautement la vérité, ce serait la trahir. Et quand bien même il serait vrai que des ménagements politiques dussent encore, pendant quelque temps, souiller les lois d'une nation libre ; quand cette doctrine insidieuse ou faible trouverait une excuse dans cette stupidité qu'on se plaît à supposer dans le peuple, pour avoir un prétexte de le tromper ou de l'opprimer ; du moins l'instruction qui doit amener le temps où ces ménagements seront inutiles ne peut appartenir qu'à la vérité seule et doit lui appartenir tout entière. "

Source : XVIIe-XVIIIe siècles, collection Textes et Contextes, éditions Magnard, p. 444, de C. Biet, J-P. Brighelli et Jean-Luc Rispail, 1983.

"L'Etat français remet un pied aux Chantiers de l'Atlantique"

" L'Etat français a créé la surprise, jeudi 12 juin, en annonçant son intention d'entrer au capital des Chantiers de l'Atlantique à hauteur de 9 %. Le premier ministre, François Fillon a signé un accord de partenariat industriel avec le groupe sud-coréen STX Shipbuilding, actionnaire de référence du groupe norvégien Aker Yards, lui-même actionnaire majoritaire de l'entreprise française.Cet investissement de la part de l'Etat se monte à "quelques dizaines de millions d'euros". La participation de 9 %, "à côté de celle d'Alstom qui détient déjà 25 % de l'entreprise, garantira aux intérêts français une minorité de blocage de 34 % au capital", s'est déjà félicité le président Nicolas Sarkozy. "

Source : Extrait de l'article publié le 13 Juin 2008 par François Bostnavaron sur LE MONDE.FR.

La Poste bientôt privatisée

" La Poste (plus de 300000 salariés) pourrait prochainement changer son statut d’entreprise en passant de celui d’établissement public industriel et commercial à celui de société anonyme (SA).

Ce changement ouvre la voie à la privatisation du groupe public puisque celui-ci passe au statut d’une entreprise privée. "

Source : telex "La Poste fait un premier pas vers la privatisation" de HUMANITE.FR 04/07/08.

P.S. du canard républicain :

GDF bientôt privatisée

" Après deux ans et demi d'imbroglio politico-industriel, les patrons de Suez et de Gaz de France (GDF), qui seront respectivement PDG et vice-président directeur général délégué du groupe GDF Suez, touchent au but : mercredi 16 juillet, leurs assemblées générales devaient approuver la fusion et la mise en Bourse de Suez Environnement. Il ne restera plus au gouvernement qu'à publier l'arrêté de privatisation de GDF au Journal officiel… "

Extrait de l'article "Les actionnaires de Suez et de GDF scellent le rapprochement entre les deux groupes" de Jean-Michel Bezat, journal Le Monde, le 16/07/08.

P.S. du canard républicain :

  • GDF : entreprise née après-guerre en même temps qu'EDF, avec la loi de nationalisation de l'électricité et du gaz du 8 avril 1946 ; formée de la fusion de la quasi-totalité des sociétés privées sur le territoire national.
  • Une invitation à (re)voir la note "Vente d'EDF-GDF et le sommet de Barcelone de 2002"

Lire la suite "GDF bientôt privatisée" »

Arc Républicain de Progrès : APPEL DU 14 JUILLET 2008

POUR UNE FRANCE LIBRE, DETRUIRE LA BASTILLE EURO - ATLANTISTE
L’Union européenne supranationale, antisociale et totalitaire, est la nouvelle Bastille des peuples d’Europe. Elle devra être démolie par ceux-ci. Le Comité Valmy publie l’Appel du 14 juillet 2008 de l’Arc Républicain de Progrès.

Prise_de_la_bastille Ce 14 juillet 2008, Nicolas Sarkozy dévoie l’anniversaire de la prise de la Bastille pour célébrer la dissolution de la France républicaine dans l’Europe supranationale et néolibérale. L’Arc Républicain de Progrès, composé d’organisations républicaines de diverses sensibilités, s’adresse au peuple de France, à tous les républicains patriotes, aux travailleurs manuels et intellectuels, aux entrepreneurs des PME et des PMI victimes eux aussi de l’Europe de la finance mondialisée, à la jeunesse, à tous les démocrates de notre pays et aux défenseurs de la paix mondiale.

Alors que notre peuple a voté Non en mai 2005 à la "constitution" européenne, alors que les luttes se multiplient dans notre pays pour l’emploi, les salaires, les acquis sociaux, les services publics, alors qu’une majorité de Français condamne la décision prise par N. Sarkozy de réintégrer le commandement intégré de l’OTAN et d’accompagner la politique impérialiste de guerre et d’agression de Washington, le gouvernement UMPS accélère sa "rupture" avec l’objectif d’aligner notre pays sur les normes régressives des pays anglo-saxons, de la globalisation et de l’Europe de Maastricht.

Ainsi les hommes du MEDEF félicitent-ils publiquement N. Sarkozy de « démanteler le programme du CNR, ce compromis entre gaullistes et communistes » qui permit en 1945 la naissance de la Sécurité sociale, des retraites par répartition, des comités d’entreprise, du secteur public industriel, la relance démocratique de l’Education nationale et de la Recherche publique, le rétablissement des libertés démocratiques, la démocratisation de la presse, l’institution d’une justice préventive pour les mineurs, etc.

Ainsi le pouvoir s’en prend-il brutalement à la souveraineté nationale et populaire, à la République une et indivisible, à la séparation laïque entre l’Etat et les Eglises, à l’organisation de la France en départements et en communes, au droit de grève et à l’indépendance des syndicats et de la presse, à la séparation des pouvoirs, au droit d’asile, bref, à tout ce qui fait l’héritage des Lumières, de la Révolution française, de la Commune de Paris, du Front populaire, de la Résistance et de la Libération.

Notre pays est menacé de mort parce que l’aristocratie financière au pouvoir veut mettre au pas les salariés, la jeunesse estudiantine, les artisans, les petits entrepreneurs de la ville et de la campagne, les chercheurs, les enseignants et les créateurs, tout cela pour permettre aux très grands actionnaires de participer à la course mondiale au profit maximal, quitte à délocaliser nos industries, à détruire notre pêche et notre agriculture familiale, à démanteler nos services publics, à laisser la langue française sombrer devant le "tout anglais", à détruire en un mot le meilleur de notre héritage national.

Face à cette entreprise, c’est peu dire que l’opposition officielle est complice : placés par le pouvoir à la tête du FMI et de l’OMC, des dirigeants du PS (D. Strauss-Kahn et P. Lamy) sont à la tête de la mondialisation néolibérale. D’autres ont aidé Sarkozy à violer le Non souverain de 2005 en ratifiant au parlement la constitution bis, dite "traité de Lisbonne". Quant aux luttes sociales, elles peinent à se fédérer parce que nombre de hauts dirigeants syndicaux acquis au mot d’ordre mensonger de l’"Europe sociale", font le choix d’accompagner les contre-réformes du pouvoir aux ordres de Bruxelles. Non il n’y aura jamais d’Europe sociale et démocratique dans le cadre de l’UE néolibérale et supranationale, qui vient de se prononcer pour la semaine de 48 heures (avec dérogations à 65 !) et qui accorde désormais le "droit" aux polices des Etats-membres d’interner les migrants en situation irrégulière pendant 18 mois et sans jugement.

De plus en plus il se confirme qu’il est impossible de "réguler" ou de réformer cette UE entièrement construite pour le profit d’une étroite oligarchie de l’argent fascinée par le "modèle" américain et pilotée par des dirigeants à travers un appareil euro -atlantiste. Il est illusoire d’espérer amender cette nouvelle prison des peuples dont il faut au plus tôt affranchir notre pays au nom du progrès social, du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et d’une autre conception des traités internationaux au travers de la coopération entre les peuples et non limitée à l’Europe, respectant les souverainetés populaires et nationales.

Dans ces conditions, sortir de l’UE ne signifie nullement "isoler la France". Bien au contraire, notre pays jouerait un rôle moteur dans la résistance mondiale et européenne au néolibéralisme et son attitude aurait un puissant écho mondial. Une nouvelle France libre aurait alors l’autorité nécessaire pour proposer de nouveaux traités internationaux progressistes analogues à ceux qui ont pu exister par le passé ou à ceux qui associent entre eux les peuples latino-américains dégagés de la tutelle états-unienne. Dans cet esprit, nous lançons à tous les progressistes et républicains un appel solennel :

   sur les principes qui furent ceux du Conseil National de la Résistance (indépendance nationale, rétablissement de la démocratie et de la souveraineté populaire, égalité civique, politique de paix, de progrès social mettant le monde du travail au coeur de la nation républicaine, développement des petites et moyennes entreprises, promotion des Lumières à travers l’Education nationale et la Recherche publique, politique nationale de développement impulsant la re-industrialisation de la France, l’agriculture, la pêche, les services publics, la défense des droits syndicaux et du pluralisme de la presse...)

   actualisons ces principes et les grands axes du programme du CNR qui ont repris toute leur modernité et permettent de tracer une perspective crédible et nécessaire.
  Opposons-nous avec rigueur aux orientations antisociales, antidémocratiques et antinationales du pouvoir actuel et de ses complices de la fausse opposition. En toute indépendance à l’égard de l’UMPS construisons ensemble, en respectant notre diversité, le rassemblement populaire préconisé par l’arc républicain de progrès.

Comme l’a montré le 29 mai 2005, cette orientation est potentiellement majoritaire en France. En s’appropriant cette perspective politique, la France républicaine aura alors tôt fait de retrouver la voie de la liberté, de l’égalité et de la fraternité ainsi que son influence émancipatrice dans les relations internationales.

Pour l’Arc Républicain de Progrès :

Comité Valmy, Pôle de Renaissance Communiste en France, Rassemblement des Citoyens pour la République, Collectif Républicain de la Gauche Gaulliste.

" Les damnées de la dentelle " par Mustapha Kessous

Aubade_2  " Dans son classeur d'écolier Titeuf, elle conserve avec soin des dizaines d'articles de presse. Tous racontent la même histoire : le licenciement des ouvrières d'Aubade, dans la Vienne. A travers les reportages, c'est son "ancienne vie" que Robin Donatienne, 40 ans, dont vingt au service de cette marque de lingerie haut de gamme, a rangé dans un meuble près de la cuisine.

En mars 2007, Calida, propriétaire suisse d'Aubade depuis deux ans, a fermé un de ses sites, celui de La Trimouille, supprimé 134 emplois, et regroupé la centaine de salariés restants à l'usine de Saint-Savin, pour délocaliser définitivement sa production en Tunisie. Depuis, Robin Donatienne "ne sait pas quoi faire". Elle a des problèmes de santé et ses 500 euros mensuels du chômage sont "durs, durs" à gérer. Heureusement, dit-elle, qu'il y a la télé pour se vider la tête. Même si le taux de chômage du département est inférieur à celui de la moyenne nationale, difficile pour une ouvrière non qualifiée de retrouver du travail. La cellule de reclassement mise en place par la direction de l'entreprise a été dissoute le 27 juin, sans avoir réussi à lui redonner espoir, pas plus qu'aux autres ouvrières restées sur le carreau. Selon Calida - surnommé depuis dans les villages "Al-Calida" -, 70 % ont trouvé une solution, CDI, CDD, formation, création d'entreprise, etc ; 48 %, rectifie la sous-préfecture de Montmorillon.

L'avenir ? Les maisons de retraite, les personnes âgées, les ménages. Devenir ADMR, aide à domicile en milieu rural. Le pays du Montmorillonnais est vieillissant : 28,7 % de la population (35 000 habitants) ont plus de 60 ans. "Il y a de la demande", estime le député socialiste Jean-Michel Clément. Mais pour les "filles" qui ont manié toute leur vie de la dentelle de luxe, "torcher les vieux", "laver les chiottes", c'est une humiliation. Elles le disent : elles ont "socialement régressé". "C'est vrai, ces métiers sont peu valorisants", reconnaît le député. "Mais il n'y a pas de sous-métier", tempère Christine Collin, 44 ans, dont vingt-cinq à Aubade, aujourd'hui ADMR.

Les élus ne peuvent que constater les ravages "psychologiques" de cette délocalisation. Au-delà de l'impact économique sur le "pays" - les commerçants de La Trimouille (1 000 habitants) ont perdu 20 % de leur chiffre d'affaires -, "le lien social entre les ouvrières a disparu, regrette Yves Bouloux, président de la communauté de communes du Montmorillonnais. Une délocalisation, c'est déstructurant." "Il y avait du covoiturage", se souvient Jean-Marie Rousse, maire socialiste de Saint-Savin (1 000 habitants). Mais voilà, certaines qui ne savent pas conduire ont refusé de se faire payer le permis par Aubade, préférant "s'enterrer" chez elles, s'isoler du village et des copines. Les "ex" d'Aubade ne se voient presque plus, ne se donnent plus de nouvelles. Le deuil s'éternise. La galette des rois, le 1er janvier, a réuni une petite vingtaine d'anciennes collègues. "Celles qui sont restées à l'usine ne me disent pas bonjour dans la rue, assure Gaëlle Léger, 32 ans, licenciée après six années à Aubade. Ça fait mal après tout ce temps passé ensemble."

Chez les rescapées du plan social aussi, il y a de la rancoeur. A l'usine de Saint-Savin, les copines sont parties, les rires aussi. "Quand je croise une ancienne collègue au village, raconte Brigitte Pereis, 48 ans dont trente-deux "sacrifiés" pour la marque, j'évite de demander : "Qu'est-ce que tu deviens ?"" "On se sent presque coupable d'être restée", déplore Michèle Rat, 48 ans dont trente et un de maison. Et pourtant, "on était une grande famille", rappelle Monique Guéraud, 56 ans, la doyenne de l'usine, avec ses trente-sept années au service de la marque.

Le responsable, pour elles ? Le propriétaire d'Aubade, le Suisse Félix Sulzberger, PDG de Calida, accusé par ses ex-ouvrières d'avoir "volé" le "savoir-faire" des Françaises pour le donner aux Tunisiennes. "Les pauvres. On leur en a voulu, reconnaît Brigitte Pereis. Mais en fait, c'est pas de leur faute : elles sont exploitées."

Les Françaises ne connaissent pas grand-chose de la vie de celles qui les ont remplacées. Elles n'ont jamais cherché à savoir. De l'autre côté de la Méditerranée, en Tunisie, à Ksar Hellal (45 000 habitants), à une vingtaine de kilomètres de la ville balnéaire de Monastir, l'usine Azur, filiale d'Aubade, n'a rien de glamour. Un bâtiment blanc quelconque, le long d'une route cabossée, qui abrite du soleil cuisant près de 230 employés.

12 h 30. L'heure de déjeuner. Une demi-heure pas plus. Ce sera l'unique pause de la journée. A la sortie de l'usine, une étudiante s'avance vers les ouvrières. Elle a préparé des sandwichs pour quelques centimes de dinar. Une cinquantaine de jeunes filles, en blouse rose vif, se reposent sous les oliviers encerclés de... poubelles. Le terrain qui entoure l'usine est un vrai dépotoir, les ordures en tout genre s'accumulent. Un paradis pour les poules et les moutons. Au milieu de ce décorum, certaines avalent une petite salade méchouia dans une gamelle. Pas de couverts : elles mangent avec les doigts. A la fin du repas, une vieille dame leur sert du thé à la menthe.

La direction de la filiale d'Aubade a donné instruction aux ouvrières de ne pas nous parler. "Elles ne sont intellectuellement pas capables", explique avec le sourire une responsable à l'entrée du site. Certaines acceptent tout de même de raconter leur vie, "mais ne citez pas notre nom, on ne veut pas être virées", supplie l'une d'elles. "Les Français viennent exploiter notre misère, on le sait, mais ils nous donnent quand même un travail", assure une autre.

A l'usine, c'est neuf heures par jour, quarante-huit heures par semaine, un samedi sur deux, vingt et un jours de vacances par an. L'ouvrière est payée un peu moins de 9 euros par jour (environ 200 euros par mois), ce que gagnait une Française en une heure (1 000 euros par mois). A l'intérieur de l'usine réfrigérée, "c'est beaucoup de pression", souligne une jeune fille. Elles n'ont pas le droit de parler entre elles, les cinq prières quotidiennes sont proscrites, les téléphones portables interdits. "Un jour, raconte un ouvrier, une fille est allée voir la responsable, les larmes aux yeux, pour lui demander de partir ; un de ses parents n'allait pas bien. La chef lui a répondu : "Tu as donc utilisé ton portable." Elle a démissionné."

Le médecin du travail passe tous les lundis. Le reste du temps, "il y a beaucoup de pleurs, détaille un employé. Quand un mécanicien doit réparer une machine, l'ouvrière lui demande : "Retarde un peu."" Il n'y a pas de point d'eau potable dans l'usine à cause d'une canalisation défaillante. Une feuille scotchée à l'entrée du site indique, en arabe, qu'ici on embauche. Il y a un turn-over important. Les ouvrières signent un nouveau contrat tous les six mois, au bout de quatre ans elles seront titularisées. Certaines ont été licenciées quelques jours avant leur titularisation. "Difficile d'avoir une perspective d'avenir dans l'entreprise", constate, résigné, un technicien.

Dans la cité Erramala, qui jouxte l'usine, le quartier est en chantier : la diaspora se fait construire de belles villas. La journée, les rues sont tristement vides, les chats sont les rois. Dans ce coin de Ksar Hellal, les jeunes filles d'Aubade sont méprisées par les locaux : elles ne sont pas du "pays". Elles viennent de campagnes lointaines, d'autres régions plus désertiques, plus pauvres aussi : de Kef, de Gafsa, de Béja. D'où leur surnom, les "KGB".

"Les KGB sont des délinquantes", lance la patronne d'un salon de coiffure qui doit prochainement ouvrir. Délinquantes ? "Oui, vous comprenez ?", insinue-t-elle. Les jeunes ouvrières sont accusées de flirter avec de jeunes maçons, qui, eux aussi, viennent de loin. "En plus, elles boivent de la bière", ajoute un vieil homme dans son garage. Les "KGB" ont fait la fortune de quelques propriétaires peu scrupuleux. Certaines s'entassent à cinq, voire plus, dans une pièce insalubre, pour un loyer s'élevant à la moitié du salaire. La plupart envoient leur argent à leur famille. "Tous ces problèmes sont assez nouveaux et s'accentuent, explique Hacine Dimassi, professeur d'économie à l'université de Sousse. La migration interne à cause des délocalisations modifie et déséquilibre économiquement et sociologiquement la ville."

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Le grand patron d'Aubade, Félix Sulzberger, affirme ne pas être au courant de ce qui se passe dans son usine. "Je n'y suis jamais allé, mais ça m'étonne", assure-t-il. Il se félicite toutefois d'avoir réussi l'intégration, dans son groupe, d'Aubade, qui représente un tiers du chiffre d'affaires : le résultat net de Calida est passé de 3,8 millions d'euros en 2006 à 9,6 millions d'euros en 2007.

Malgré tout, l'usine tunisienne d'Aubade est celle qui a l'une des meilleures réputations parmi les quelque 150 entreprises de textile de Ksar Hellal. Elle paie toujours ses salariés (en liquide), donne des cadeaux (couverture, service en Inox) pour les fêtes, offre 70 euros à chaque ouvrière pour le 1er mai... Mais les jeunes femmes natives de la ville accusent les "KGB" d'avoir volé leur travail, car elles acceptent les salaires les plus bas.

"Voir nos filles se faire prendre le travail par des éleveuses de chèvres, ça fait mal", argue une mère de famille tunisienne, vêtue d'un long voile noir. A Saint-Savin, dans la Vienne, l'une des ouvrières licenciées a créé son entreprise : elle élève des chèvres. "

Article de Mustapha Kessous, publié dans le journal Le Monde le 08 juillet 2008.

P.S du canard républicain :

Bolloré rachète l'institut de sondage CSA

Le groupe Bolloré vient d'annoncer avoir acquis 60% du capital du groupe CSA dont il détenait déjà 40% depuis septembre 2006.

Menaces contre le prix unique du livre

Victor_hugo_par_nadar_2 "La lumière est dans le livre. Ouvrez le livre tout grand. Laissez-le rayonner, laissez-le faire."  Victor Hugo

Extrait du Discours d'ouverture du congrès littéraire, 1878.

Victor Hugo  photographié par Nadar

Sur le site "POUR LE LIVRE", un appel a été lancé :

Préambule

Des amendements proposés par des députés de la majorité parlementaire lors de l’examen du projet de loi de modernisation de l’économie ont ouvert un large débat sur la loi du 10 août 1981 relative au prix du livre, dite « loi Lang ».

Les professionnels du livre, auteurs, traducteurs, éditeurs et libraires, rejoints par les bibliothécaires et de nombreux acteurs du livre en régions, ont expliqué d’une même voix que ces amendements remettaient en cause la loi de 1981 et menaçaient les équilibres du marché du livre, ainsi que la diversité de la création et de l’édition françaises. Leur mobilisation a été relayée par des membres du gouvernement. Madame Christine Albanel, ministre de la culture et de la communication, a souligné combien cette loi restait un outil indispensable pour protéger la littérature. Madame Christine Lagarde, ministre de l'économie, de l'industrie et de l'emploi, quant à elle, a indiqué ne vouloir changer ni la politique du livre ni le système législatif actuel.

Les acteurs du livre sont néanmoins inquiets car beaucoup d’idées fausses sont colportées sur la loi par quelques multinationales du commerce culturel. Le lobbying qu'elles exercent auprès des parlementaires est à l'origine de ces amendements. Il vise à déréguler le marché du livre afin d'imposer un modèle commercial basé sur une volonté d'hégémonie et une stratégie purement financière. Derrière leurs arguments démagogiques mêlant modernité, défense du pouvoir d’achat et même écologie se cache un combat contre la création, la diversité, la concurrence et l’accès du plus grand nombre au livre.

Ce modèle culturel français, nous y sommes pour notre part indéfectiblement attachés. Ses vertus sont multiples. Avec plus de 2500 points de vente, le réseau des librairies est dans notre pays l’un des plus denses au monde. Il permet, aux côtés du réseau de la lecture publique, un accès au livre aisé et constitue un atout important pour l’aménagement du territoire et l’animation culturelle et commerciale des centres-villes. Ce réseau de librairies indépendantes cohabite avec d’autres circuits de diffusion du livre, les grandes surfaces culturelles, la grande distribution, les clubs de livres ou Internet. Depuis de nombreuses années et à l’inverse d’autres secteurs culturels comme le disque ou la vidéo, le marché du livre se développe sans qu’aucun circuit n’écrase ses concurrents. Chaque circuit joue son rôle et le consommateur bénéficie d’un véritable choix.

Pour la création et l’édition, cette densité et cette v