" L'Etat délaisse le patrimoine "
" A l'occasion des Journées du patrimoine, les professionnels de la culture ont tiré le signal d'alarme, dénonçant le désengagement à grande vitesse de l'Etat. Face à l'endettement des administrations et aux dangers qu'encoure le patrimoine, l'opposition et plusieurs associations demandent plus d'argent. Une augmentation budgétaire qui devra s'accompagner d'une réforme administrative.
Alors que l'édition annuelle des Journées du patrimoine débute samedi, les professionnels de la culture profitent de l'événement pour dénoncer l'inertie de l'Etat face à la dégradation des Monuments historiques. En effet, depuis 2003 et une série de réformes opérées par Jean-Jacques Aillagon alors ministre de la culture, l'Etat se désengage financièrement. Dans le domaine des Monuments, le constat est préoccupant: plusieurs chantiers de restauration sont interrompus, des monuments ont été contraints à la fermeture pour des mesures de sécurité, de nombreux châteaux sont vendus à de riches étrangers qui refusent de les ouvrir au public... A en croire les associations, l'Etat français délaisse ses trésors du passé.
Les Directions générales des Affaires culturelles (DRAC, chargées de gérer la politique culturelle à l'échelon régional) sont endettées à hauteur de 600 millions d'euros. Conséquence de ce trou budgétaire, plusieurs Monuments historiques ne peuvent être restaurés. Une menace de ruine qui ne concernent pas Notre-Dame-de-Paris ou le Mont-Saint-Michel, des vitrines culturelles pour les touristes étrangers. La vraie victime est plutôt le patrimoine local ou régional qui n'obtient pas les subventions publiques nécessaires et qui intéressent assez peu de mécènes privés.
"L'Etat doit assumer"
Selon les associations, il faudrait 300 millions d'euros par an minimum pour sauver tous les Monuments historiques. Autrement dit, le gouvernement doit au moins doubler le budget de la Culture, tout en annulant la dette jusqu'ici accumulée par les DRAC. "Le gouvernement actuel a bien sûr d'autres préoccupations, économiques surtout", déplore un responsable socialiste en charge du patrimoine, "mais l'Etat ne doit pas délaisser la culture aux privés pour deux raisons: le mécénat ne pourra jamais se substituer aux subventions publiques, et la privatisation du secteur irait de pair avec une commercialisation de notre patrimoine." Ce qui est inconcevable pour la plupart des professionnels de la culture.
Le Parti socialiste nuance néanmoins la rallonge budgétaire revendiquée par les professionnels: "Naturellement, les priorités économiques passent avant tout, et nous ne pouvons imaginer que la Culture accapare 3% du budget de l'Etat, comme c'était le cas à l'époque de Jack Lang", précise le responsable en charge du patrimoine. En revanche, d'autres solutions peuvent limiter la dégradation. L'opposition veut ainsi réformer une administration lente, opaque et trop coûteuse. Un écho aux quinze propositions faites par la très influente association des Vieilles maisons françaises (VMF).
Sensibilité présidentielle
Soutenues par l'Unesco, les VMF proposent de mieux coordonner une politique culturelle globale, de renforcer les avantages fiscaux des Monuments historiques - remis en cause jeudi par Christine Lagarde pour financer le RSA - et mieux informer le public des dangers qu'encourent leur patrimoine. Trois objectifs que soutient Christine Albanel d'ailleurs.
Mais les bonnes intentions de la ministre de la Culture ne sont pas suffisantes face à un gouvernement concentré sur le pouvoir d'achat et la gestion du budget de l'Etat. Le peu d'intérêt de Nicolas Sarkozy pour les enjeux culturels peuvent aussi expliquer la faible influence de Christine Albanel. Si elle a fait passer le budget de son ministère de 0,5 à 1% du budget de l'Etat, elle n'a pas été entendue sur le plafonnement des allègements fiscaux pour les Monuments historiques. Une décision incensée pour Didier Rykner de la Tribune de l'Art : "Il serait temps que les Monuments Historiques sortent de cette disette permanente. Il a été prouvé abondamment que le patrimoine et les musées, individuellement déficitaires, sont en réalité très rentables pour la Nation puisqu'ils génèrent une activité touristique et économique très importante." "
Article de Gaël Vaillant, journal lejdd.fr, le 19/09/08.






























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