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Biographie d'Evariste Galois

Evariste Galois Galoispardavidjohnson_2 ( 25 octobre 1811 [Bourg-la-Reine] - 31 mai 1832 [Paris] )

La plus célèbre, fascinante et commentée des vies de mathématiciens. Elle est même devenue mythique, au point qu'il est parfois difficile de démêler le mythe et la réalité.

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Une enfance déjà mouvementée

Evariste Galois est né à Bourg-la-Reine le 25 octobre 1811, d'un père maire libéral de la commune. Sa mère, Adélaïde Marie Demante, fille de magistrat, s'occupe de son éducation jusqu'à 12 ans, et le nourrit de culture latine. Il entre à 12 ans au lycée Louis-le-Grand, où il suit une scolarité d'abord honorable, avant de marquer assez vite des signes de lassitude. Dès 1827-1828, la fureur des mathématiques domine. Galois lit Legendre (Eléments de géométrie), Lagrange (textes sur la résolution des équations), Euler, Gauss, Jacobi. Il obtient le 1er prix au Concours Général de mathématiques, mais échoue à l'entrée à Polytechnique.

Il entre en octobre 1828 en spéciales à Louis-le-Grand. Le professeur, Mr Richard, admire le génie mathématique de son élève et garde les copies qu'il confiera à un autre de ses élèves : Charles Hermite. C'est l'époque où il publie son premier article dans les Annales mathématiques de Joseph Gergonne (il démontre un théorème sur les fractions continues périodiques). Il rédige aussi un premier mémoire sur la théorie des équations, envoyé à l'Académie des Sciences, il sera "perdu" par Cauchy.

Les premières épreuves

Les épreuves et les drames commencent alors. Le 2 juillet 1829, son père se suicide à la suite d'une cabale montée contre lui par le curé de Bourg-la-Reine. Quelques jours plus tard, il échoue au concours d'entrée à Polytechnique, à la stupéfaction de Mr Richard. On raconte qu'il a jeté le chiffon à effacer la craie à la tête de son examinateur devant la stupidité des questions posées.

Sur les conseils de son professeur, Galois entre à l'École Préparatoire, future École Normale. Il rédige le résultat de ses recherches dans un mémoire - Conditions pour qu'une équation soit résoluble par radicaux - afin de concourir au grand prix de mathématiques de l'Académie des Sciences. Fourier emporte le manuscrit chez lui et meurt peu après : le manuscrit est perdu, et le grand prix est décerné à Abel (mort l'année précédente), et à Jacobi.

Les événements politiques

A partir de 1830, les vies mathématiques et politiques de Galois vont s'entrecroiser. En 1824, Charles X a succédé à Louis XVIII. Le ministre Villèle accumule les mesures impopulaires, parmi lesquels le projet de loi sur la presse et la dissolution de la garde nationale, créée en 1789, et coupable d'avoir manifestée contre le gouvernement. Sous le ministère de Polignac (1829-1830), Charles X signe 4 ordonnances (suppression de la liberté de la presse, dissolution de la chambre, modification de la loi électorale, fixation de la date de nouvelles élections) qui violent la charte et provoquent immédiatement 3 journées de Révolution (les 3 glorieuses) les 27,28 et 29 juillet. Galois est consigné dans son école, et il ne peut participer à l'action contrairement aux polytechniciens, qui ont fait le mur et resteront dans l'histoire. A la suite de ces événements, le duc d'Orléans, habilement poussé en avant par ses partisans, devient roi sous le nom de Louis-Philippe. Si celui-ci prête serment à la Charte, il reste pour les républicains un usurpateur, dont l'élection est entachée d'illégalités. Devant l'évolution conservatrice de son gouvernement, ils multiplient contre lui les sociétés secrètes.

Le renvoi de l'École Préparatoire

Galois, républicain actif et intrépide, adhère à l'une d'entre elles, la société des amis du peuple présidée par Raspail, le 10 novembre 1830. Une violente polémique nait alors entre Galois et le directeur de L'École Préparatoire. Opportuniste, ce dernier met ses élèves à la disposition du gouvernement de Louis-Philippe, et en profite pour durcir la discipline de l'École. Galois est excédé et va faire publier deux longues lettres dans la Gazette des écoles. Dans la première, datée du 5 décembre 1830, il tourne son directeur en dérision. Dans la seconde, datée du 2 janvier 1831, titrée sur l'Enseignement des Sciences, il dénonce la médiocrité de l'enseignement aux étudiants. Par une décision exceptionnelle, Galois est renvoyé début janvier. Sans ressources, Galois ouvre le 13 janvier un cours d'algèbre supérieure chez le libraire Caillot, au 5 rue de la Sorbonne. Sous les conseils de Denis Poisson, il présente le 17 janvier à l'Académie des Sciences une nouvelle version de son mémoire perdu. Ce sont Poisson et Lacroix qui sont chargés de l'étudier, mais quand ils rendent leur rapport, le 4 juillet, c'est un avis négatif qu'ils transmettent, jugeant le mémoire incompréhensible.

La prison et la fin...

Pendant ce temps, les tensions politiques ne se sont pas apaisées. Louis-Philippe parvient à réformer la Garde Nationale, qu'il met désormais à son service. Le 9 mai 1831, lors d'un banquet au restaurant Les Vendanges de Bourgogne, Galois porte un toast "A Louis-Philippe", un couteau à la main, ce qui provoque un tollé général dans la salle (Galois précisera que le texte complet est "A Louis-Philippe, s'il trahit", et que seuls ses voisins ont vu le couteau et entendu la deuxième partie de son propos). Arrêté le lendemain, détenu à Sainte-Pélagie, il est jugé et acquitté le 15 juin. Ce n'est que partie remise, car le 14 juillet, à la tête d'un groupe de manifestants, il est arrêté pour port illégal de l'uniforme de la Garde Nationale, et condamné le 23 octobre à 6 mois de prison, car récidiviste.

En prison, il continuera ses travaux. Libéré en 1832, il s'éprend en mai 1832 d'une femme, Stéphanie D. (Dumotel?), avec qui il rompt le 14 mai. On ne sait trop pourquoi, mais un duel semble en résulter quelques jours plus tard ("Je meurs pour une infâme coquette"). La nuit précédente, le 29 mai, Galois rassemble ses dernières découvertes dans une splendide lettre adressée à son ami Auguste Chevalier :
"Mon cher Ami, j'ai fait en analyse plusieurs choses nouvelles. Les unes concernent la théorie des Équations, les autres les fonctions Intégrales. Dans la théorie des équations, j'ai recherché lesquelles étaient résolubles par radicaux....".

De cette lettre naquit la légende selon laquelle Galois fit ses découvertes majeures en une seule nuit, pris par la fièvre de la mort. La matinée du 30 mai, Galois, abandonné, grièvement blessé, est relevé par un paysan et conduit à l'Hôpital Cochin. Il meurt de péritonite le 31 mai 1832 dans les bras de son jeune frère Alfred. Il est enterré dans la fosse commune du cimetière de Montparnasse. Ses amis républicains préparent un soulèvement à l'occasion de ses obsèques. Reporté au 5 juin, il conduira au massacre du cloître de Saint-Méry.

Les travaux de Galois

Les travaux de Galois sont redécouverts une dizaine d'années plus tard par Liouville, qui le 4 septembre 1843 annonce à l'Académie des Sciences qu'il vient de trouver dans les papiers de Galois une solution aussi exacte que profonde au problème de la résolubilité par radicaux. Ce n'est qu'en octobre 1846 qu'il publie les textes sans y joindre de commentaires. A partir de 1850, les écrits de Galois sont enfin accessibles par les meilleurs mathématiciens, et les travaux de Kronecker, Dedekind, Cayley conduisent à l'Algèbre Moderne.
En langage moderne, Galois a établi une correspondance entre deux objets mathématiques distincts. Si P est un polynôme, le corps de décomposition de ce polynôme est le corps engendré par l'ensemble des racines de ce polynôme (par exemple, si P=X2+1, considéré sur Q, ce corps est Q[i]). La correspondance de Galois est une application entre corps intermédiaires et sous-groupes. Les corps intermédiaires sont ceux compris entre le corps de base et le corps de décomposition du polynôme considéré ; et les sous-groupes, ceux du groupe de Galois du polynôme, qui est lui-même un sous-groupe du groupe des permutations sur n éléments (n étant le nombre de racines). Une condition sur le groupe de Galois du polynôme (être "résoluble") donne une condition sur la résolubilité "par radicaux" de l'équation induite par ce polynôme.

Les mathématiciens contemporains de Galois (né en 1811)

Michel Chasles (né en 1793)
Jean-Marie Duhamel (né en 1797)
Niels Abel (né en 1802)
Joseph Bertrand (né en 1802)
Charles-François Sturm (né en 1803)
Carl Jacobi (né en 1804)
William Hamilton (né en 1805)
Peter Dirichlet (né en 1805)
Joseph Liouville (né en 1809)
Karl Weierstrass (né en 1815)
Pafnouti Tchebychev (né en 1821)
Charles Hermite (né en 1822)
Leopold Kronecker (né en 1823)
Bernhard Riemann (né en 1826)

Source de cette biographie : le site BibM@th .

P.S. : Le canard républicain remercie chaleureusement les auteurs de ce magnifique site consacré aux Mathématiques de leur autorisation pour reproduire sur son petit blog cette très belle biographie de notre immense mathématicien républicain Evariste Galois !

Biographie de Socrate

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Socrate (470-399 av.J.C.) :

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   Philosophe grec né d'un père sculpteur et d'une mère sage-femme (dont il aurait hérité  la maïeutique, l'art d'accoucher les esprits...). Aurait été l'élève d'Anaxagore et des sophistes, qu'il critiquera par la suite. Passait l'essentiel de son temps en compagnie de ses jeunes disciples à discuter dans les rues, les gymnases et autres lieus publics. On sait finalement peu de chose de sa vie : il fut soldat pendant la guerre du Péloponnèse, fit preuve de courage pendant la tyrannie des Trente en refusant d'arrêter un démocrate, s'opposant ainsi à son ancien disciple Critias. Cette ancienne relation lui est pourtant reprochée lors du retour de la démocratie par des détracteurs que sa philosophie sans préjugés inquiète. Accusé de corrompre la jeunesse, il est condamné à boire la cigüe par le tribunal du peuple.La_mort_de_socrate_4  

La mort de Socrate par Jacques-Louis David (1787)

Il est actuellement exposé au Metropolitan Museum of Art, à New York.

   Il n'a rien écrit. Sa pensée nous est connue grâce aux témoignages de ses disciples, Xénophon et surtout Platon, qui en fait le protagoniste de ses premiers dialogues. Il a aussi été décrit sous un jour caricatural par l'auteur comique Aristophane dans Les Nuées, et fortement critiqué par Aristote qui reprend les accusations de ses juges. L'essentiel de sa philosophie consiste dans sa foi en la raison, par laquelle l'homme peut atteindre la connaissance de soi et le bonheur.

Biographie présente dans le Hors-série n°3 du Point, juillet-août 2005. "Aristote, Epicure, Platon...Les textes fondamentaux de la pensée antique ", avec Jacqueline de Romilly, Rémi Brague,...

Camille Desmoulins : la plume de la liberté

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Portrait de Camille Desmoulins par Jean-Sébastien Rouillard

   Journaliste, député, Camille Desmoulins (1760-1794) est, dès 1789, un des premiers révolutionnaires à se prononcer pour un régime républicain quand la majorité préfère une monarchie constitutionnelle.

   Condisciple de Robespierre au collège Louis-le-Grand, il poursuit des études de droit et tente une carrière d'avocat. Mais le jeune homme est aspiré par les événements du printemps 1789 même s'il échoue à se faire élire aux états généraux dans sa Picardie natale. Le 14 juillet, au Palais-Royal, il appelle le peuple aux armes et lance le mouvement vers la Bastille avant de se fondre dans la foule. Selon Michelet, cette modestie symbolise l'événement : c'est le peuple tout entier qui devient acteur de l'Histoire.

   Pamphlétaire, Desmoulins s'oppose au suffrage censitaire -seuls votent ceux qui paient un certain impôt-, arguant que ce système aurait écarté du suffrage Jean-Jacques Rousseau, auquel tous se réfèrent. Il se prononce donc "hautement" pour la démocratie et critique le droit de veto accordé au roi par la Constitution de 1791. Sa plume inspirée, marquée par les références à l'Antiquité, l'amène naturellement à profiter de la liberté de la presse décrétée par l'Assemblée nationale. Il fonde Les Révolutions de France et de Brabant et devient ainsi l'un des premiers journalistes français, activité où il se sent plus à l'aise qu'en politique.

   Le 10 août 1792, il participe à l'insurrection populaire qui renverse la monarchie. Elu à la Convention, il approuve la Constitution de 1793 et la Déclaration des droits de l'homme rédigées par son ami Robespierre et par Condorcet. Sans enthousiasme, il vote la mort du roi, se ralliant à l'argument de Danton : "Louis doit mourir parce qu'il faut que la patrie vive."

   La création du tribunal révolutionnaire lui semble nécessaire notamment pour éviter des massacres semblables à ceux de septembre 1792. Ses articles "au vitriol" contribuent à la chute des girondins, taxés de modérantisme, ce dont il concevra des remords. Ecoeuré des excès de la Terreur, il s'oppose à une justice expéditive "qui tache de sang la robe de la République" et plaide, dans son journal Le Vieux Cordelier, pour une guillotine "économe". Elle ne le sera pas de sa tête, puisqu'il est exécuté avec Danton le 5 avril 1794. Peu avant, à des conventionnels apeurés, il lançait : "Ne nous occupons pas, mes chers collègues, de défendre nos vies comme des malades, mais de défendre les principes comme des républicains."

   Biographie écrite par Anne-Cécile Robert, journaliste et membre du comité de rédaction du Monde diplomatique. Cette biographie est présente dans Manière de voir (supplément du Monde diplomatique), numéro 92 d'avril-mai 2007, dont le titre est : " Derrière les élections, quelle démocratie ? "

Biographie de Lamartine

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Portrait de Lamartine par Henri Decaisne (1830)

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LAMARTINE Alphonse Marie Louis de ( 1790-1869 ) :

  • Repères chronologiques :

1789 Révolution française.

1790 21 octobre : naissance , à Mâcon, d'Alphonse Marie Louis de Prat de Lamartine.

1801 Lamartine est mis en pension à Lyon. Jusqu'à cette date, il a vécu à Milly, où sa famille s'est réfugiée.

1802 Amnistie des émigrés. Bonaparte consul à vie.

1803 Entrée au collège jésuite de Bellay.

1804 Sacre de Napoléon.

1810 Répression française en Espagne.

1811-1812 Voyage en Italie et rencontre d'Antoniella, qui est la première Elvire.

1812 Campagne de Russie.

1814-1815 Entrée dans les gardes du corps. Lamartine est en garnison à Beauvais.

1814 Abdication de Napoléon. Déclaration de Louis XVIII. Charte. Waterloo. La chambre introuvable.

1816 Date importante dans la vie de Lamartine. Il rencontre à Aix-les-Bains Mme Julie Charles, qui devient Elvire, incarnation de l'amour romantique, inspiratrice des Méditations.

1817 Décembre : mort de Julie Charles.

1818 Echec à la Comédie-Française d'une tragédie biblique de Lamartine, Saül.

1819 rencontre avec Maria Anna Elisa Birch, une riche Anglaise. Mariage le 6 juin 1820.

Mditations1820 Mars : parution des Premières Méditations. Le succès est " inouï et universel", selon les propres termes de Lamartine. Ce mince recueil ( cent dix-huit pages pour vingt-quatre médiations) marque la naissance de l'écriture poétique romantique.

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1820-1830 Lamartine occupe différents postes d'ambassade en Italie.

1823 Publication des Nouvelles Méditations.

1824 Charles X.

1824 Ministère Polignac.

1830 Lamartine publie les Harmonies poétiques et religieuses. Il est élu à l'Académie française. Révolution. Louis-Philippe.

1831 Publication de l'ouvrage Sur la politique rationnelle. Echec à la députation. Emeute des canuts lyonnais.

1832 Juin : départ à Marseille pour un voyage en Orient, avec sa femme et sa fille. Ce voyage constitue une étape importante dans la vie de Lamartine. Mort de Julia. Pendant ce voyage, qui prend fin en septembre 1833, Lamartine est élu député. Dès son retour en France, il prend une part de plus en plus active à la vie politique, et de plus en plus tournée vers l'opposition.

1834 Emeutes à Paris et Lyon. Lois de septembre.

1835 Publication du Voyage en Orient.

1836 Ministère Thiers.  Publication de Jocelyn.

1838  Publication de La Chute d'un ange.

1839 Publication Recueillements poétiques.

1843 Querelle scolaire. Publication de Graziella.

1846 Crise économique.

1847 Publication Histoire des Girondins.

1848 Révolution. A cette date, la popularité de Lamartine est immense. Aux côtés de Ledru-Rollin, il fait partie du gouvernement provisoire. Il est nommé ministre des Affaires étrangères. En décembre 1848, il ne recueillera que 17 900 voix aux élections présidentielles.

1849 Assemblée législative. Lamartine entreprend la publication d'oeuvres autobiographiques avec Raphaël, les Confidences.

1850 Loi Falloux. Loi électorale.

1851 Coup d'Etat du 2 décembre. Celui-ci lui fait abandonner la politique. A partir de cette date, il devient un " galérien de la plume " publiant sans cesse des ouvrages souvent médiocres pour payer les dettes qu'il a accumulées.

1852 Proclamation de l'Empire.

1856-1869 Lamartine publie son Cours familier de littérature, qui comprend 28 volumes.

1857 Parution du dernier poème de Lamartine la Vigne et la Maison.

1863 Mort de Maria Anna Elisa Birch.

1864 Loi sur les coalitions ouvrières.

1867 Lamartine accepte la rente viagère que lui attribue l'Etat.

1868 Loi sur la presse et les réunions publiques.

1869 28 février : mort de Lamartine.

  • Au-delà des conventions :

Le lyrisme de Lamartine apparaît comme une constante : que nous considérions le poète de l'amour, l'orateur politique, le poète de la foi ou même l'auteur du Voyage en Orient, nous rencontrons une même qualité d'émotion, le souffle d'une sincérité. Tout d'abord les conventions du style que l'on a tant reprochées au poète des Méditations ou des Harmonies : ces réminiscences nombreuses de la tradition élégiaque, ce manque d'originalité du mètre et des images qui le firent comparer à " un Chateaubriand en vers"(Faguet). En fait, dès 1820, l'expression directe du moi et l'abolition du distinct dans la perception de réel constituent une nouveauté dans l'écriture elle-même. Une poésie de l'indicible émerge, dont Georges Poulet a souligné la modernité. La foi profonde qui anime les Harmonies, la volonté douloureuse de suggérer par le langage ce que celui-ci, par essence est impuissant à dévoiler, tout cela nous met en présence d'un ton devant lequel on ne saurait rester insensible. L'univers des images lui-même, leur dialectique de l'ouvert et du clos, du clair et de l'obscur fondent un mouvement original. Il faut aujourd'hui refuser l'image toute faite sur la poésie lyrique de Lamartine.

Conventions des partis, ensuite : elles aussi sont balayées dans la pratique politique de Lamartine. Lorsqu'il est élu député, il refuse d'entrer dans un parti. Il avait d'ailleurs, avant son départ pour l'Orient, mesuré l'étroitesse de vues des chapelles politiques. C'est animé par un idéal supérieur, par la foi profonde en un projet divin qui doit se réaliser dans l'Histoire que Lamartine accumule sur les sujets les plus ardus une documentation abondante. On ne saurait lui faire le reproche pascalien de ne s'occuper que des moyens et non des fins. Cette position était délicate : orateur enthousiaste, Lamartine restera fidèle à sa vision lors de la révolution de 1848. Refusant le pouvoir, celui qui pouvait devenir "ministre exécutif" du gouvernement provisoire se retrouve seul et doit quitter la scène. Ce mépris des conventions politiques fut sa grandeur et causaLamartine_par_franois_grard_1831_1 sa perte.

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Portrait de Lamartine par François Gérard (1831)

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Lamartine sait aussi dépasser les conventions du voyage au cours de son périple oriental. Contrairement à l'image, accréditée par sa poésie lyrique, d'un écrivain incapable de décrire, il montre au contraire dans le Voyage en Orient et dans de nombreuses autres pages ( pensons à Graziella, notamment) une passion de regarder, un sens aigu de la description, une ouverture sur autrui qui constituent un véritable lyrisme de l'observation. Lamartine sait voir l'Autre, et cette ouverture passionnée lui fait dépasser les imageries de l'Orient. C'est là un aspect de son oeuvre que l'on a injustement ignoré.

  • Une vision de l'Histoire :

    Il est un peu facile d'opposer le légitimiste de 1820 à l'homme de 1848. Il l'est tout autant de montrer que l'idéalisme de Lamartine peut cacher des intérêts de classe : partisan d'une démocratie politique, Lamartine cherche à canaliser la violence virtuelle d'un prolétariat misérable en proposant des réformes sociales qui cependant préservent le principe essentiel de la propriété, auquel il est attaché.

    Ce qui nous semble fondamental, c'est de saisir l'unité profonde de la vision de l'Histoire de Lamartine, et cela dès 1820. Car elle détermine la pratique politique de l'auteur des Méditations.

    Il l'expose en 1831 dans un court essai : Sur la politique rationnelle. Il en conservera les éléments essentiels, qui, d'ailleurs, ne sont aucunement en contradiction avec la vision des premières Méditations ( vision d'un projet divin) : "Nous sommes à une des plus fortes époques que le genre humain ait à franchir pour avancer vers le but de sa destinée divine."

    Comme Michelet, Lamartine croit, après Juillet, que la France est devenue le pilote d'un avenir de progrès. Il se sent en accord avec le peu "d'esprits élevés et rationnels qui ont fait de leur pensée politique un sanctuaire où l'intrigue et la passion ne pénètrent pas [...], qui placent la morale, le devoir, le salut et le progrès de l'humanité au-dessus de leurs théories d'école et de leurs affections de famille." "Au-dessus de la mêlée", donc, il propose avec éloquence et conviction les points forts de son idéalisme politique. Il est assuré d'être finalement entendu car toute " idée sociale, descendue du ciel sur l'humanité, n'y retourne jamais à vide". "Elle porte en soi quelque chose de vital, de divin..."

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Portrait de Lamartine par Théodore Chassériau (1844)

   

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Lamartine se présente donc en guide de l'humanité et en promoteur de l'idée de liberté. Dans le ton de l'ouvrage, on sent un respect religieux pour ses convictions politiques. C'est pour conserver l'intégrité de celles-ci, les défendre sans compromisssion que Lamartine refuse de s'associer à un journal politique. Il est déjà un solitaire et un croyant de la politique. A son retour d'Orient, il fera encore, dans ses engagements, figure d'opposant en marge des partis.

    Lamartine rappelle quelques principes essentiels à la réalisation de la société souhaitée : monarchie constitutionnelle, liberté de presse, enseignement libre et gratuit, séparation de l'Eglise et de l'Etat, élections au scrutin proportionnel, législation pénétrée d'esprit évangélique (abolition de la peine de mort), respect de la propriété, reconnaissance d'une centralisation administrative et exécutive...

    Ces divers principes, Lamartine ne les pose pas, cependant, en absolus indépassables. Il note ainsi que la propriété, certes, a bien été jusqu'ici la seule base donnée par Dieu à la famille et à la société. Cependant : " Peut-être l'humanité découvrira-t-elle un jour un autre principe social."

    Mais, dans la confusion du présent, la réalisation d'une si haute visée exige un homme "complet dans l'intelligence et la vertu", " fort de la force de sa conviction et de celle de son époque [...], palpitant de foi dans l'avenir [...], capable d'entrevoir l'autre monde politique, de nous convaincre de son existence, et de nous y conduire par la persuasion de son éloquence...". Cet homme ne pourrait-il être Lamartine en personne, qui va méditer et observer en Orient ?

Biographie établie à partir du " Dictionnaire des littératures de langue française " de J-P de Beaumarchais, Daniel Couty et Alain Rey, édition Bordas ( 1984 ).

Lire la suite "Biographie de Lamartine" »

Biographie de Jean Jaurès

Jaurs2  Jean Jaurès ( 1859 - 1914 ) est né dans une famille de modeste bourgeoisie de Castres dans le Tarn en 1859. Brillant élève, il bénéficie des chances de promotion sociale qu'offre la République, il fait ses études au lycée Louis le Grand. En 1878, il est reçu premier à l'Ecole Normale Supérieure de la rue d'Ulm, puis troisième à l'agrégation de philosophie en 1881. Il devient professeur de philosophie au lycée d'Albi puis à l'Université de Toulouse. Il prend conscience de la misère ouvrière en 1892, à l'occasion d'une grève de mineurs à Carmaux, qu'il soutient avec vigueur. Son intérêt pour la condition ouvrière lui vaut d'être élu député socialiste de Carmaux de 1892 à 1898 puis de 1902 à 1914. Il défend les idées socialistes à la Chambre des députés et dans le journal L'Humanité qu'il a créé en avril 1904, et contribue à fonder un grand parti socialiste - la SFIO - qui rassemble tous les socialistes français en avril 1905. Il écrit de nombreux ouvrages, dont une Histoire socialiste de la Révolution française ( 1901- 1903). Il a pris conscience des résistances de la société capitaliste et des dangers révélés par la montée du nationalisme et de l'antisémitisme. La défense de la République devient son objectif primordial : il soutient donc le gouvernement Waldeck-Rousseau, de " défense républicaine ", formé le 22 juin 1899, qui associe à son action, pour la première fois, dans l'histoire de la République, le socialiste Alexandre Millerand, nommé au commerce et à l'industrie. Opposant farouche à la guerre contre l'Allemagne, il est assassiné à Paris en 1914 à cause de ses opinions pacifistes.

Assjaurs" L'assassinat de Jean Jaurès " Lithographie de Camille Ravot ( 1915 )

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  Raoul Villain, l'assassin de Jean Jaurès est acquitté en 1919 ( date de son procès ! ) Villain_1après être resté cinq ans en prison. Au soir du 31 juillet 1914, cet étudiant nationaliste avait surgi et tiré deux balles de revolver qui avaient atteint Jean Jaurès en pleine tête. La femme de Jean Jaurès avait été condamnée aux dépens, c'est-à-dire qu'elle avait été obligée de payer les frais du procès...

" Travailleurs ! Un verdict monstrueux proclame que l'assassinat de Jean Jaurès n'est pas un crime..." Anatole France

   P.S. : une invitation à (re)voir les notes suivantes :

Lire la suite "Biographie de Jean Jaurès" »

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  • "Un jour viendra peut-être où nous serons abattus par l'un de ceux que nous voulons sauver" Jean Jaurès

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