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Colonisation/Décolonisation

"Démocratie" d'Arthur Rimbaud

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"Coin de table" (de gauche à droite : P. Verlaine, A. Rimbaud, E. Bonnier, L. Valade, E. Blémont, J. Aicart, E. d'Hervilly, C. Pelletan), d'Henri Fantin-Latour, huile sur toile, 1872 (Musée d'Orsay, Paris)

Démocratie

" Le drapeau va au paysage immonde, et notre patois étouffe le tambour.

" Aux centres nous alimenterons la plus cynique prostitution. Nous massacrerons les révoltes logiques.

" Aux pays poivrés et détrempés ! - au service des plus monstrueuses exploitations industrielles ou militaires.

" Au revoir ici, n'importe où. Conscrits du bon vouloir, nous aurons la philosophie féroce ; ignorants pour la science, roués pour le confort ; la crevaison pour le monde qui va. C'est la vraie marche. En avant, route ! "

Arthur Rimbaud, les Illuminations, 1876

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P.S. du canard républicain : poème dénonçant le colonialisme

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Sujets :

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2008

2007

" Les damnées de la dentelle " par Mustapha Kessous

Aubade_2  " Dans son classeur d'écolier Titeuf, elle conserve avec soin des dizaines d'articles de presse. Tous racontent la même histoire : le licenciement des ouvrières d'Aubade, dans la Vienne. A travers les reportages, c'est son "ancienne vie" que Robin Donatienne, 40 ans, dont vingt au service de cette marque de lingerie haut de gamme, a rangé dans un meuble près de la cuisine.

En mars 2007, Calida, propriétaire suisse d'Aubade depuis deux ans, a fermé un de ses sites, celui de La Trimouille, supprimé 134 emplois, et regroupé la centaine de salariés restants à l'usine de Saint-Savin, pour délocaliser définitivement sa production en Tunisie. Depuis, Robin Donatienne "ne sait pas quoi faire". Elle a des problèmes de santé et ses 500 euros mensuels du chômage sont "durs, durs" à gérer. Heureusement, dit-elle, qu'il y a la télé pour se vider la tête. Même si le taux de chômage du département est inférieur à celui de la moyenne nationale, difficile pour une ouvrière non qualifiée de retrouver du travail. La cellule de reclassement mise en place par la direction de l'entreprise a été dissoute le 27 juin, sans avoir réussi à lui redonner espoir, pas plus qu'aux autres ouvrières restées sur le carreau. Selon Calida - surnommé depuis dans les villages "Al-Calida" -, 70 % ont trouvé une solution, CDI, CDD, formation, création d'entreprise, etc ; 48 %, rectifie la sous-préfecture de Montmorillon.

L'avenir ? Les maisons de retraite, les personnes âgées, les ménages. Devenir ADMR, aide à domicile en milieu rural. Le pays du Montmorillonnais est vieillissant : 28,7 % de la population (35 000 habitants) ont plus de 60 ans. "Il y a de la demande", estime le député socialiste Jean-Michel Clément. Mais pour les "filles" qui ont manié toute leur vie de la dentelle de luxe, "torcher les vieux", "laver les chiottes", c'est une humiliation. Elles le disent : elles ont "socialement régressé". "C'est vrai, ces métiers sont peu valorisants", reconnaît le député. "Mais il n'y a pas de sous-métier", tempère Christine Collin, 44 ans, dont vingt-cinq à Aubade, aujourd'hui ADMR.

Les élus ne peuvent que constater les ravages "psychologiques" de cette délocalisation. Au-delà de l'impact économique sur le "pays" - les commerçants de La Trimouille (1 000 habitants) ont perdu 20 % de leur chiffre d'affaires -, "le lien social entre les ouvrières a disparu, regrette Yves Bouloux, président de la communauté de communes du Montmorillonnais. Une délocalisation, c'est déstructurant." "Il y avait du covoiturage", se souvient Jean-Marie Rousse, maire socialiste de Saint-Savin (1 000 habitants). Mais voilà, certaines qui ne savent pas conduire ont refusé de se faire payer le permis par Aubade, préférant "s'enterrer" chez elles, s'isoler du village et des copines. Les "ex" d'Aubade ne se voient presque plus, ne se donnent plus de nouvelles. Le deuil s'éternise. La galette des rois, le 1er janvier, a réuni une petite vingtaine d'anciennes collègues. "Celles qui sont restées à l'usine ne me disent pas bonjour dans la rue, assure Gaëlle Léger, 32 ans, licenciée après six années à Aubade. Ça fait mal après tout ce temps passé ensemble."

Chez les rescapées du plan social aussi, il y a de la rancoeur. A l'usine de Saint-Savin, les copines sont parties, les rires aussi. "Quand je croise une ancienne collègue au village, raconte Brigitte Pereis, 48 ans dont trente-deux "sacrifiés" pour la marque, j'évite de demander : "Qu'est-ce que tu deviens ?"" "On se sent presque coupable d'être restée", déplore Michèle Rat, 48 ans dont trente et un de maison. Et pourtant, "on était une grande famille", rappelle Monique Guéraud, 56 ans, la doyenne de l'usine, avec ses trente-sept années au service de la marque.

Le responsable, pour elles ? Le propriétaire d'Aubade, le Suisse Félix Sulzberger, PDG de Calida, accusé par ses ex-ouvrières d'avoir "volé" le "savoir-faire" des Françaises pour le donner aux Tunisiennes. "Les pauvres. On leur en a voulu, reconnaît Brigitte Pereis. Mais en fait, c'est pas de leur faute : elles sont exploitées."

Les Françaises ne connaissent pas grand-chose de la vie de celles qui les ont remplacées. Elles n'ont jamais cherché à savoir. De l'autre côté de la Méditerranée, en Tunisie, à Ksar Hellal (45 000 habitants), à une vingtaine de kilomètres de la ville balnéaire de Monastir, l'usine Azur, filiale d'Aubade, n'a rien de glamour. Un bâtiment blanc quelconque, le long d'une route cabossée, qui abrite du soleil cuisant près de 230 employés.

12 h 30. L'heure de déjeuner. Une demi-heure pas plus. Ce sera l'unique pause de la journée. A la sortie de l'usine, une étudiante s'avance vers les ouvrières. Elle a préparé des sandwichs pour quelques centimes de dinar. Une cinquantaine de jeunes filles, en blouse rose vif, se reposent sous les oliviers encerclés de... poubelles. Le terrain qui entoure l'usine est un vrai dépotoir, les ordures en tout genre s'accumulent. Un paradis pour les poules et les moutons. Au milieu de ce décorum, certaines avalent une petite salade méchouia dans une gamelle. Pas de couverts : elles mangent avec les doigts. A la fin du repas, une vieille dame leur sert du thé à la menthe.

La direction de la filiale d'Aubade a donné instruction aux ouvrières de ne pas nous parler. "Elles ne sont intellectuellement pas capables", explique avec le sourire une responsable à l'entrée du site. Certaines acceptent tout de même de raconter leur vie, "mais ne citez pas notre nom, on ne veut pas être virées", supplie l'une d'elles. "Les Français viennent exploiter notre misère, on le sait, mais ils nous donnent quand même un travail", assure une autre.

A l'usine, c'est neuf heures par jour, quarante-huit heures par semaine, un samedi sur deux, vingt et un jours de vacances par an. L'ouvrière est payée un peu moins de 9 euros par jour (environ 200 euros par mois), ce que gagnait une Française en une heure (1 000 euros par mois). A l'intérieur de l'usine réfrigérée, "c'est beaucoup de pression", souligne une jeune fille. Elles n'ont pas le droit de parler entre elles, les cinq prières quotidiennes sont proscrites, les téléphones portables interdits. "Un jour, raconte un ouvrier, une fille est allée voir la responsable, les larmes aux yeux, pour lui demander de partir ; un de ses parents n'allait pas bien. La chef lui a répondu : "Tu as donc utilisé ton portable." Elle a démissionné."

Le médecin du travail passe tous les lundis. Le reste du temps, "il y a beaucoup de pleurs, détaille un employé. Quand un mécanicien doit réparer une machine, l'ouvrière lui demande : "Retarde un peu."" Il n'y a pas de point d'eau potable dans l'usine à cause d'une canalisation défaillante. Une feuille scotchée à l'entrée du site indique, en arabe, qu'ici on embauche. Il y a un turn-over important. Les ouvrières signent un nouveau contrat tous les six mois, au bout de quatre ans elles seront titularisées. Certaines ont été licenciées quelques jours avant leur titularisation. "Difficile d'avoir une perspective d'avenir dans l'entreprise", constate, résigné, un technicien.

Dans la cité Erramala, qui jouxte l'usine, le quartier est en chantier : la diaspora se fait construire de belles villas. La journée, les rues sont tristement vides, les chats sont les rois. Dans ce coin de Ksar Hellal, les jeunes filles d'Aubade sont méprisées par les locaux : elles ne sont pas du "pays". Elles viennent de campagnes lointaines, d'autres régions plus désertiques, plus pauvres aussi : de Kef, de Gafsa, de Béja. D'où leur surnom, les "KGB".

"Les KGB sont des délinquantes", lance la patronne d'un salon de coiffure qui doit prochainement ouvrir. Délinquantes ? "Oui, vous comprenez ?", insinue-t-elle. Les jeunes ouvrières sont accusées de flirter avec de jeunes maçons, qui, eux aussi, viennent de loin. "En plus, elles boivent de la bière", ajoute un vieil homme dans son garage. Les "KGB" ont fait la fortune de quelques propriétaires peu scrupuleux. Certaines s'entassent à cinq, voire plus, dans une pièce insalubre, pour un loyer s'élevant à la moitié du salaire. La plupart envoient leur argent à leur famille. "Tous ces problèmes sont assez nouveaux et s'accentuent, explique Hacine Dimassi, professeur d'économie à l'université de Sousse. La migration interne à cause des délocalisations modifie et déséquilibre économiquement et sociologiquement la ville."

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Le grand patron d'Aubade, Félix Sulzberger, affirme ne pas être au courant de ce qui se passe dans son usine. "Je n'y suis jamais allé, mais ça m'étonne", assure-t-il. Il se félicite toutefois d'avoir réussi l'intégration, dans son groupe, d'Aubade, qui représente un tiers du chiffre d'affaires : le résultat net de Calida est passé de 3,8 millions d'euros en 2006 à 9,6 millions d'euros en 2007.

Malgré tout, l'usine tunisienne d'Aubade est celle qui a l'une des meilleures réputations parmi les quelque 150 entreprises de textile de Ksar Hellal. Elle paie toujours ses salariés (en liquide), donne des cadeaux (couverture, service en Inox) pour les fêtes, offre 70 euros à chaque ouvrière pour le 1er mai... Mais les jeunes femmes natives de la ville accusent les "KGB" d'avoir volé leur travail, car elles acceptent les salaires les plus bas.

"Voir nos filles se faire prendre le travail par des éleveuses de chèvres, ça fait mal", argue une mère de famille tunisienne, vêtue d'un long voile noir. A Saint-Savin, dans la Vienne, l'une des ouvrières licenciées a créé son entreprise : elle élève des chèvres. "

Article de Mustapha Kessous, publié dans le journal Le Monde le 08 juillet 2008.

P.S du canard républicain :

"Les sociétés pétrolières occidentales de retour en Irak"

  Irakptrole " Trente-six ans après en avoir étè chassées par les nationalisations de Saddam Hussein, les sociétés pétrolières occidentales s'apprêtent à signer leur retour en Irak. D'ici au 30 juin, une trentaine de firmes du secteur devraient conclure des contrats avec le gouvernement irakien, a indiqué, vendredi 20 juin, un porte-parole du ministère du pétrole.

   La plus grosse part de ce juteux marché devrait revenir aux multinationales présentes en Irak depuis plusieurs années et qui  y font office de conseillers du ministère du pétrole : les américaines Exxon Mobil et Chevron, l'anglo-néerlandaise Royal Dutch Shell , la britannique BP et la française Total. Limités dans un premier temps à la réhabilitation des infrastructures pétrolières locales et à un appui technique, ces contrats pourraient rapidement devenir colossaux.

Présence de longue date

   Selon les estimations, le sous-sol irakien contient 115 milliards de barils. Aujourd'hui, la production irakienne est limitée à 2,5 millions de barils par jour et le gouvernement compte sur l'apport technologique des firmes retenues pour atteindre rapidement 3 millions.

   Ces contrats devraient rapporter environ 500 millions de dollars (320 millions d'euros) à chacune des cinq firmes retenues, qui récoltent, selon le New York Times, les fruits de leur présence de longue date auprès des autorités irakiennes. Un porte-parole du ministère a ainsi reconnu que les contrats avaient étè attribués pour une période de deux ans sans passer par un appel d'offres, une procédure inhabituelle dans le secteur. Les propositions de groupes russes, indiens ou chinois ont ainsi étè rejetées, assure le quotidien.

   Dans deux ans, lorsque des contrats de plus grande ampleur seront négociés, et ouverts, eux, à appel d'offres, les Occidentaux auront déjà une longueur d'avance sur leurs concurrents, estime le Washington Post."

Source : article de LEMONDE.FR du 20/06/08

P.S. du canard républicain : vous avez tous, j'en suis sûr, lu entre les lignes. Tout un art de ne pas dire clairement la vérité... En particulier, la colonisation de l'Irak par les Occidentaux.

Le protocole de Londres est applicable

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" Le 26 septembre, l'Assemblée Nationale a voté une loi rendant applicable le « protocole de Londres » qui supprime l'obligation d'une traduction intégrale en français des brevets d'invention. Les députés, à quelques exceptions près, ont accepté d'abandonner le français au profit de l'anglais, s'inclinant une fois de plus devant la Commission européenne : comment ne pas être incrédule ? espace pour la mise en page

Les élus ont renoncé à la langue de la Nation compromettant le statut du français comme langue internationale, porteuse de valeurs universelles : comment ne pas s'en étonner ?espace pour la mise en page

N'ont-ils pas violé l'article 2 de la Constitution qui donne aux Français le droit imprescriptible, dans leur pays, de s'exprimer et de travailler dans leur langue ? Comment ne pas s'en indigner ?espace pour la mise en page

Les conséquences du « protocole de Londres »espace pour la mise en page

Un brevet comprend deux éléments principaux : les « revendications » et la « description ». Le protocole supprime l'obligation de traduire la « description ». Tous les juristes savent que la « description » est la partie la plus importante du brevet. Or, seul le texte anglais officiel de la publication aura valeur juridique La PME qui ferait une traduction ne serait pas protégée tout en subissant inévitablement une perte de compétitivité. Enfin, le protocole intégré portera rapidement et gravement atteinte au français comme langue technique, déjà trop dépendante, pour ses publications, des revues spécialisées de langue anglaise.espace pour la mise en page

L'étonnante surdité des députésespace pour la mise en page

Toutes les institutions qui représentent le français, la francophonie et la diversité culturelle ont condamné le protocole de Londres. Pour l'Académie française « Le français étant la langue de la République, la France ne peut accepter que des textes en langues étrangères aient force de droit sur son territoire. En fait, par le biais des brevets se trouve une nouvelle fois posée la question que nul n'ose aborder de front : quelle langue, quelles langues doit parler l'Europe ? Economiser sur les traductions, c'est non seulement mettre en péril les langues nationales, mais aussi amputer la plus irremplaçable richesse de notre continent : sa diversité. Pour ces raisons, l'Académie Française demande solennellement aux pouvoirs publics de ne pas signer le protocole de Londres. » Au-delà d'être un moyen d'exprimer la pensée, la langue est porteuse d'une conception du monde qui lui est propre. Renoncer à sa langue, c'est renoncer à soi et à sa culture, c'est renier son appartenance et, en l'occurrence, faire acte d'allégeance.espace pour la mise en page

Pour Jean Foyer qui fut ministre de de Gaulle, accepter le protocole mènerait à « l'euthanasie de la langue française. » Par leur vote, les députés montrent clairement qu'ils préfèrent l'anglais au français et l'Europe néolibérale à la République.espace pour la mise en page

La victoire du MEDEFespace pour la mise en page

Les arguments présentés aux députés par le Gouvernement Fillon sont ceux du MEDEF : diminution des coûts de traduction et renforcement de la compétitivité des PME ! Pour le député non-inscrit Dupont-Aignan, « Quand on creuse un peu, ces arguments relèvent purement et simplement de la désinformation. » Quant à lui, le député apparenté communiste Jean-Pierre Brard ironise avec raison : « Un ministère de l'identité nationale a été créé dans l'actuel gouvernement, mais nous avons constaté la semaine dernière lors des débats sur le texte relatif à l'immigration qu'identité nationale signifiait pour vous xénophobie alors que, lorsqu'il s'agit de défendre la langue française, vous ne jurez plus que par les mérites de l'anglais. » L'anglais est déjà la langue de travail des grandes entreprises françaises ; pour elles la traduction dans leur langue nationale est un coût inutile. Faire de l'anglais la seule langue juridique des brevets conforte leur position et diminue leurs coûts de traduction en les réduisant aux « revendications ». Que les PME se débrouillent ! Pour défendre le français, le Président Chirac avait résisté au MEDEF.espace pour la mise en page

Le Conseil Constitutionnel, lui, n'a rien trouvé à redire ! Il ne s'est pas occupé de la partie « description » du brevet ! Curieux oubli !?

Ultime argument approuvé par le PS. : faire avancer l'Europe !espace pour la mise en page

Kouchner Bernard Kouchner, dans un livre récent, écrit : « Après tout, même riche d'incomparables potentialités, la langue française n'est pas indispensable, le monde a vécu sans elle. Si elle devait céder sa place, ce serait précisément à des langues mieux adaptées aux besoins réels et immédiats de ceux qui la délaissent.» Ces propos et ce vote révèlent l'étendue et la profondeur de la gangrène néolibérale dans les couches dirigeantes européistes et dans les institutions de la Ve République.espace pour la mise en page

Le premier acte d'un colonisateur est d'interdire aux peuples colonisés l'usage de leurs langues. De nos jours le maître de l'Empire n'a même plus besoin d'en arriver là : il lui suffit de demander aux « élites » colonisées d'y renoncer elles-mêmes. Après la soumission économique, puis la soumission politique, voici la soumission linguistique, la pire de toute ! Pauvre France ! Pauvre République !espace pour la mise en page

Il faut refuser l'inacceptable. "

René Robert, le mercredi 31 octobre 2007.

Source : http://www.le-groupe-republique.fr/

P.S. du canard républicain :

Quand mondialisation rime avec exploitation et colonisation

   Au XXe siècle, une "grande âme" en Inde a fait plier un Empire. Bien entendu, je fais référence au Mahatma Gandhi et à l'Empire britannique. Que penserait aujourd'hui Gandhi  s'il voyait l'exploitation des enfants dans son pays au profit d'un représentant d'un autre empire, celui de l'Empire américain (1) ? Gap

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   En effet, dans son édition du 28 octobre 2007, l'hebdomadaire britannique The Observer a révélé que des sous-traitants indiens du géant américain du prêt-à-porter Gap font travailler des enfants. Je vais vous donner dans quelques lignes certains extraits de l'article de ce quotidien britannique, mais avant, je souhaiterai faire quelques remarques.

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Gandhi avec des ouvrières du textile à Darwen, Lancashire, Angleterre, le 26 novembre 1931

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   Tout d'abord, faire un petit rappel historique de certaines idées de Gandhi. Il pouvait admirer les avancées technologiques et le bien être économique que donnait la civilisation occidentale moderne, mais pointait également ses lacunes et les nouveaux risques et besoins qu'elle apportait à l'individu. Dans son livre Hind Swaraj or Indian home rule (trad. fr. Leur Civilisation et notre délivrance) où il fit la critique du développement et de la notion même de civilisation telle qu'idéalisée par la Grande-Bretagne et les occidentaux, Gandhi montre que chaque progrès réalisé d'une part correspond à une aggravation des conditions de vie de l'autre, que la civilisation occidentale a laissé de côté la moralité et la spiritualité, qu'elle crée de nouveaux besoins liés à l'argent et impossibles à satisfaire, qu'elle accroît les inégalités et voue à l'esclavage une grande partie de l'humanité. Pour lui, ce type de civilisation est sans issue (2) : " Cette civilisation est telle que l'on a juste à être patient et elle s'autodétruira ". La mécanisation et la mondialisation des échanges était pour lui un désastre pour l'Inde (les filatures de Manchester avaient fait disparaître l'artisanat indien) (3). Dans les années 1920, Gandhi étendit son principe de non-violence et sa politique de boycott aux marchandises étrangères, spécialement les produits anglais. Lié à cette politique, il demanda que le khadi (vêtement fait maison) soit porté par tous les Indiens au lieu des textiles britanniques. Riches ou pauvres, hommes ou femmes, devaient filer chaque jour afin d'aider le mouvement d'indépendance de l'Inde par rapport à l'Empire britannique (4). Gandhi porta le dhoti non seulement en signe de simplicité mais aussi parce que cet habit, filé de ses mains, constituait pour lui une garantie de ne pas cautionner l'exploitation d'ouvriers britanniques ou indiens dans des filatures industrielles.Nike

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   Ensuite, ce n'est pas la première fois qu'à la face du monde nous est dévoilé cet aspect caché de la mondialisation. Souvenez-vous du système Nike relaté par Jean-Charles Champagnat (voir le système Nike) il y a quelques années. Des "affaires de ce type-là" font l'actualité quelques jours pour être oubliées très rapidement par "les consommateurs".

   De plus, il me semble évident de souligner que les grands capitalistes américains ne sont certainement pas les seuls à exploiter les plus démunies en Inde (ou ailleurs). Quelques grands capitalistes européens et en particulier français -malheureusement- doivent en faire autant. En 1974, Pierre Mendès France, l'un de nos plus grands républicains, soulignait la connivence entre certains groupes français et les capitalistes américains (5).

   D'ailleurs, Pierre Mendès France était contre l'américanisation ou l'européanisation du monde : " Les fournitures et les prestations que nous pouvons mettre à la disposition des pays sous-développés, c'est à eux de les déterminer. Il ne s'agit pas d'américaniser ou d'européaniser telle république africaine ou d'organiser l'évolution des plus déshérités vers un modèle occidental unique ; il faut permettre à tous de progresser selon leurs conceptions, leur culture et leurs aspirations. Il en résultera une nouvelle sorte de rapports internationaux dans lesquelles les pays en cause ne seraient plus complexés et aliénés, parce que maintenus sous la domination des plus forts, y compris la domination culturelle. L'Europe et l'Amérique du Nord essayant encore, consciemment ou non, de maintenir leur suprématie, la transformation s'opère contre elles : Mossadegh, Castro, Allende, voilà les figures qui ont personnifié, chacune à sa manière, un combat qui a, de plus en  plus, mis en cause les structures en place par les nationalisations, les réformes, la création d'unités économiques régionales et, en dernier lieu, la coalition des Etats producteurs de pétrole, depuis le golfe Persique et la Méditerranée jusqu'au Pacifique...Ce n'est pas fini. " " Pour en terminer avec le tiers-monde, je veux surtout réaffirmer que nous n'avons pas à imposer à deux milliards d'hommes de cette planète (et qui seront bientôt plus nombreux encore) nos principes et nos doctrines, comme le prétendent et les colonialistes (nouvelle manière) et les gauchistes, chacun à leur façon. Ces hommes ont le droit de décider eux-mêmes de ce que seront leur vie et leurs orientations. " (6)

   Cette "affaire Gap" dans laquelle certains verront -volontairement ou non- un simple fait divers, rentre en fait dans un cadre beaucoup plus général. La mondialisation rime non seulement avec exploitation, mais aussi avec colonisation (voir la note "La nouvelle colonisation"). Gandhi mena non seulement une campagne nationale pour l'aide aux pauvres, pour la libération des femmes indiennes, pour la fraternité entre les communautés de différentes religions ou ethnies, pour une fin de l'intouchabilité et de la discrimination des castes, et pour l'autosuffisance économique de l'Inde, mais surtout le Swaraj -l'indépendance de l'Inde de toute domination étrangère. Aujourd'hui, nous sommes passés du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes au droit des investisseurs à disposer des peuples !

Enfin, à la lecture de l'article qui va suivre, article déchirant et insoutenable, il me semble que nous, citoyens de la République française -ce qui l'en reste tout du moins...-, nous devrions tous ensemble réagir. Sous quelle forme d'action ? J'ouvre le débat. Quand j'entends action, ce n'est pas simplement dénoncé l'exploitation des plus faibles en Inde ou ailleurs ; non, c'est être capable d'entreprendre des actions comme Gandhi, peut-être pas totalement similaire, mais c'est le débat qui s'ouvre à nous.Travailusine19e_2

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Travail en usine avec des enfants au XIXe siècle, grand siècle d'expansion coloniale.

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Extraits de l'article de Dan McDougall, The Observer :

" Amitosh est concentré, il tire sur les boucles de fil pour les faire passer à travers de petites perles et paillettes en plastique qu'il coud sur des vêtements pour bébés. Dégoulinant de sueur, il a les cheveux recouverts d'une fine couche de poussière. En hindi, son nom signifie "bonheur". Le vêtement brodé à la main sur lequel il travaille avec sa toute petite aiguille porte le logo d'un géant international de la mode : Gap. Amitosh a 10 ans.

Les épreuves qu'a traversées ce jeune garçon, révélées à l'issue d'une enquête secrète menée par The Observer dans de petites rues de New Delhi, sont une conséquence tragique de la demande occidentale de vêtements bon marché. Cette enquête montre comment, malgré les systèmes d'audit social rigoureux lancés par Gap en 2004 pour éliminer le travail des enfants dans ses filières de production, des sous-traitants peu scrupuleux faussent le jeu. Lorsque Gap découvre qu'un enfant est employé par un sous-traitant pour fabriquer ses vêtements, ce sous-traitant doit le retirer de l'atelier, lui assurer l'accès à l'école, lui verser un salaire et lui proposer un nouvel emploi une fois qu'il est légalement en âge de travailler. Telle est la politique officielle de Gap. Elle est censée mettre fin à l'exploitation des enfants. Dans le cas d'Amitosh, elle n'a pas fonctionné. Vendu par sa famille l'été dernier, Amitosh travaille 16 heures par jour. Derrière lui, sur un tabouret en bois, il a posé tout ce qu'il possède : une BD à moitié déchirée, un canif, un peigne en plastique et une couverture déchirée à motifs éléphant.

J'ai été vendu au village de mes parents, dans l'Etat du Bihar [dans le nord de l'Inde], puis on m'a conduit en train à New Delhi, raconte-t-il. Les hommes sont venus nous chercher en juillet. Ils avaient des haut-parleurs à l'arrière de la voiture et ils ont dit à mes parents que s'ils m'envoyaient travailler en ville, ils n'auraient plus à travailler dans les fermes. Mon père a touché une petite somme pour me vendre, et j'ai été emmené avec quarante autres enfants. Le voyage a duré 30 heures, on ne nous a pas donné à manger. On m'a dit que je devais travailler pour rembourser ce que le propriétaire avait payé à mes parents. Tant que je n'aurai pas remboursé, je ne pourrai pas rentrer chez moi. Donc je travaille gratuitement. Je suis un shaagird [apprenti]. Le contremaître m'a expliqué que, comme j'étais en apprentissage, je n'étais pas payé. C'est comme ça depuis quatre mois."

L'atelier où travaillent Amitosh et cinq ou six autres enfants est crasseux, les excréments d'un WC bouché se répandent dans les couloirs. Derrière les gamins, d'énormes piles de vêtements Gap sont emballées dans des paquets en plastique portant les étiquettes d'emballage officielles. Les numéros de série sont ceux d'une nouvelle gamme que Gap prévoit de commercialiser pour les fêtes de fin d'année. Tout cela doit être exporté vers l'Europe et les Etats-Unis.

Jivaj est originaire du Bengale-Occidental. Il doit avoir environ 12 ans. Il a raconté à The Observer que certains des garçons de l'atelier avaient été battus. "Le travail est très dur et on nous frappe si on ne travaille pas suffisamment. On n'arrête pas de nous dire : ‘C'est une grosse commande de l'étranger.' La semaine dernière, j'ai passé quatre jours à travailler depuis l'aube jusqu'à environ 1 heure du matin du jour suivant. J'étais si fatigué que j'en avais la nausée", murmure-t-il, en larmes. "Si l'un d'entre nous pleurait, ils lui tapaient dessus avec un tuyau de caoutchouc. Certains des enfants étaient punis avec des chiffons graisseux enfoncés dans la bouche."

Manik, qui lui aussi travaille gratuitement, affirme avoir 13 ans. On a du mal à le croire. "Je suis content de travailler ici. Au moins, j'ai un endroit où dormir", explique-t-il en jetant un regard furtif derrière lui. "Le patron m'a dit que j'étais en apprentissage. C'est mon devoir de rester ici. J'apprends à être un homme et à travailler. Un jour, je gagnerai de l'argent et je pourrai acheter une maison pour ma mère."

La découverte de cet atelier où la main-d'œuvre est exploitée est une très mauvaise nouvelle pour Gap. La semaine dernière, un porte-parole de la société a reconnu que des enfants s'étaient malencontreusement retrouvés dans le processus de production. Plutôt que de risquer de vendre des vêtements fabriqués par des enfants, Gap s'est engagé à retirer des dizaines de milliers d'articles repérés par The Observer. Le géant du prêt-à-porter a passé d'énormes contrats en Inde, un pays qui affiche l'une des plus fortes croissances économiques du monde. Mais, depuis une décennie, ce pays est aussi devenu le champion du monde du travail des enfants. D'après les Nations unies, le travail des enfants représenterait 20 % du PNB indien, 55 millions d'enfants – âgés de 5 à 14 ans – étant employés dans divers secteurs d'activité." Source pour ces extraits du quotidien britannique : Courrier international, "l'enquête qui a fait plier Gap".

(1) Voir le dossier "L'Empire américain"

(2) Mahatma Gandhi, Hind Swaraj or Indian home rule (trad. fr. Leur Civilisation et notre délivrance) , chapitre VI

(3) Mahatma Gandhi, Hind Swaraj or Indian home rule (trad. fr. Leur Civilisation et notre délivrance) , chapitre XIX

(4) R. Gandhi, Patel : A Life, pp. 89

(5) Voir le dossier Pierre Mendès France

(6) Extrait du livre "Choisir" de Pierre Mendès France, conversations avec Jean Bothorel, le 8 janvier 1974

Discours de Robespierre contre la guerre

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Anonyme, École française du XVIIIe siècle, Portrait de Maximilien Robespierre, musée Carnavalet, Paris.

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  • Extrait de son premier discours au club des jacobins sur la guerre, le 2 janvier 1792 :

" La plus extravagante idée qui puisse naître dans la tête d'un politique est de croire qu'il suffise à un peuple d'entrer à main armée chez un peuple étranger, pour lui faire adopter ses lois et sa constitution. Personne n'aime les missionnaires armés ; et le premier conseil que donnent la nature et la prudence, c'est de les repousser comme des ennemis."

  • Extrait d'un de ses discours contre la guerre (hiver 1792) :

" La guerre est toujours le premier voeu d'un gouvernement puissant qui veut devenir plus puissant encore. Je ne vous dirai pas que c'est pendant la guerre que le ministère achève d'épuiser le peuple et de dissiper les finances, qu'il couvre d'un voile impénétrable ses déprédations et ses fautes : je vous parlerai de ce qui touche plus directement encore le plus cher de nos intérêts. C'est pendant la guerre que le pouvoir exécutif déploie la plus redoutable énergie, et qu'il exerce une espèce de dictature qui ne peut qu'effrayer la liberté naissante ; c'est pendant la guerre que le peuple oublie les délibérations qui intéressent essentiellement ses droits civils et politiques pour ne s'occuper que des événements extérieurs, qu'il détourne son attention de ses législateurs et de ses magistrats pour attacher tout son intérêt et toutes ses espérances à ses généraux et à ses ministres, ou plutôt aux généraux et aux ministres du pouvoir exécutif. C'est pour la guerre qu'ont été combinées, par des nobles et par des officiers militaires, les dispositions trop peu connues de ce code nouveau qui, dès que la France est censée en état de guerre livre la police de nos villes frontières aux commandants militaires, et fait taire devant eux les lois qui protègent les droits des citoyens. C'est pendant la guerre que la même loi les investit du pouvoir de punir arbitrairement les soldats. C'est pendant la guerre que l'habitude d'une obéissance passive, et l'enthousiasme trop naturel pour les chefs heureux fait, des soldats de la patrie, les soldats du monarque ou de ses généraux. Dans les temps de troubles et de factions, les chefs des armées deviennent les arbitres du sort de leur pays, et font pencher la balance en faveur du parti qu'ils ont embrassé. Si ce sont des Césars ou des Cromwells, ils s'emparent eux-mêmes de l'autorité. Si ce sont des courtisans sans caractère, nuls pour le bien, mais dangereux lorsqu'ils veulent le mal, ils reviennent déposer leur puissance aux pieds de leur maître, et l'aident à reprendre un pouvoir arbitraire, à condition d'être ses premiers valets."

(Source pour ce deuxième extrait : cité par J. Godechot, La Pensée révolutionnaire, Paris, Armand Colin, coll. "U", 1964, p. 180-181.)

L'anglo-américain : la menace radicale qui plane sur l'Europe !

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George Steiner

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" Le génie de l'Europe, c'est ce que William Blake aurait appelé "le caractère sacré du détail infime". C'est celui de la diversité linguistique, culturelle et sociale, d'une mosaïque prodigue qui fait souvent d'une distance négligeable, d'une vingtaine de kilomètres, une division entre deux mondes. En contraste avec l'effroyable monotonie qui sévit de l'Ouest du New Jersey au montagnes de Californie, en contraste avec cette soif de conformité qui fait à la fois la force et le vide de tant d'existences américaines, la carte éclatée, aux divisions souvent absurdes, de l'esprit européen et de son héritage a été d'une inépuisable fertilité. L'expression de Shakespeare "une demeure locale et un nom" identifie un caractère déterminant. Il n'y a pas de "langues mineures". Chaque langue contient, articule et transmet non seulement une charge unique de mémoire vécue, mais encore une énergie élaboratrice de ses temps futurs, une potentialité pour demain. La mort d'une langue est irréparable, elle diminue les possibilités de l'homme. Rien ne fait peser sur l'Europe une menace plus radicale - à la racine - que la progression exponentielle et détergente de l'anglo-américain et l'uniformité des valeurs et de l'image du monde que cet espéranto dévorant apporte avec lui. L'ordinateur, la culture du populisme et le marché de masse parlent anglo-américain des night-clubs du Portugal aux centres commerciaux et aux fast-foods de Vladivostok. L'Europe périra, assurément, si elle ne se bat pas pour ses langues, ses traditions locales et ses autonomies sociales. Si elle oublie que "Dieu réside dans le détail". "

Extrait du livre "Une certaine idée de l'Europe" de George Steiner, 2004.

P.S. :

L'éviction des Indiens par l'Empire américain

   Pendant les années 1980, j'ai le souvenir de toutes ces soirées passées -malheureusement devant le petit écran- à regarder les westerns américains avec ses figures emblématiques comme John Wayne. Avec le recul, je m'aperçois combien aujourd'hui la plupart de ces films ont réécrit l'Histoire des U.S.A. en la falsifiant. En effet, très souvent, nous avions droit dans ces westerns au cliché du "bon Blanc" contre le "méchant Indien" avec le colonisateur Blanc devenant victime et l'autochtone Indien devenant agresseur...Le titre de cette note reprend le terme "éviction" employé par Jacques Leclerc, l'auteur de ce qui va suivre. J'ai rajouté "par l'Empire américain". Quant à moi, j'aurai bien utilisé le mot "génocide" à la place du mot "éviction".

Extrait du document de Jacques Leclerc : 

  " Après que les anciennes puissances coloniales (France, Hollande, Espagne, Grande-Bretagne) furent écartées, il restait encore les Indiens qui avaient des prétentions sur les nouveaux territoires américains. Les autochtones avaient réussi souvent par leurs incursions à inquiéter les agriculteurs, mais ils demeurèrent incapables de contenir le flot ininterrompu d'immigrants qui déferla de l'est vers l'ouest. Chacun des Etats menait sa politique indienne qui correspondait toujours à l'éviction des Indiens. Puisque le problème se posait à tous les Etats et dépassait la compétence de chacun, il relevait nécessairement de Washington. C'est d'ailleurs l'une des attributions que la Constitution a explicitement déléguées au gouvernement fédéral.

La politique de refoulement dans l'Ouest

   Le Bureau des Affaires indiennes finit par aboutir à la même politique: le refoulement progressif des autochtones vers l'ouest. L'expression couramment utilisée à l'époque pour désigner cette éviction systématique était le «move of Indians» («déplacement des Indiens»), qui deviendra le «removal of Indians» («déportation» ou «expulsion» des Indiens). Ces «déplacements» étaient considérés comme nécessaires pour permettre l'ouverture de vastes territoires à l'agriculture, au commerce, aux marchés, à l'argent, autrement dit au développement d'une économie blanche, capitaliste et moderne, pour ne pas parler du développement de la «civilisation». Un article publié dans la North American Review de 1830 justifiait ainsi le déplacement des Indiens: «Un peuple barbare, dépendant pour sa subsistance des produits aussi chiches que précaires de la chasse, ne peut survivre au contact d'une communauté civilisée.»

   En 1826, un grand pas fut franchi: plus de 70 000 Amérindiens furent transférés d'un coup à l'ouest du Mississippi, laissant disponibles de grands territoires à la colonisation blanche. Cette épisode coûta la vie à environ 4000 Indiens cherokees (25 % de la population) au cours d’un périple empruntant la piste connue sous le nom de «Trail of Tears» (la «piste des Larmes»). Toutes les terres indiennes furent arpentées, cadastrées et subdivisées en parcelles de forme régulière pour être distribuées gratuitement ou vendues à vil prix (soit 1 $ l'acre). Par la suite, d'autres autochtones, dont 22 000 Creeks, 18 000 Cherokees, 5000 Séminoles, etc., furent refoulés par des troupes fédérales encore plus dans l'Ouest jusqu'à leur quasi-extinction. Des milliers d'Indiens moururent de maladies en cours de voyage, avant même d'atteindre leurs terres d'exil.

   Le président Andrew Jackson (1829-1837) avait toujours souhaité voir le territoire américain occupé par les colons et s'étendre vers l'ouest sans avoir à se soucier des éventuelles guerres avec les Indiens. C'est pourquoi il avait ordonné l'expulsion de tous les Indiens des Etats du Sud-Est pour les déporter à l'ouest du Mississippi, tout en leur promettant qu'ils pourraient vivre en paix sans être inquiétés. Son secrétaire à la Guerre, John Eaton, avait fait cette promesse solennelle aux autochtones :  

Si vous allez vers le soleil couchant, alors vous serez heureux. Là-bas, vous pourrez vivre en paix et dans la tranquillité. Tant que les rivières couleront et que grandiront les chênes, nous vous garantissons que ce pays sera le vôtre et qu'aucun Blanc ne sera autorisé à s'installer près de vous.

   Lorsque Martin Van Buren (1837-1841) remplaça Jackson à la présidence, la politique génocidaire à l'égard des Indiens continua de plus bel. Van Buren avait déclaré: «Pas un État ne peut atteindre une culture, une civilisation et un progrès dignes de ce nom, tant que l'on permettra aux Indiens d'y demeurer.»

Usaindiens1850_3 Évidemment, tous les traités furent rompus, qu'ils aient ou non été accompagnés de formules du type «permanent», «à jamais», «pour toujours» ou «aussi longtemps que le soleil brillera».

En 1850, la plupart des Amérindiens avait été refoulés dans l'Ouest, équivalant à environ la moitié du territoire actuel des États-Unis, dans des territoires concédés... temporairement, en attendant que les Blancs poursuivent leur marche inexorable jusqu'au Pacifique.

Les réserves indiennes

   Les Amérindiens qui survécurent aux massacres furent concentrés ("parqués") dans des réserves, le tout pour une compensation de 15 millions de dollars. Les territoires "vendus" représentaient environ deux millions de kilomètres carrés, ce qui signifie qu'ils furent "achetés" pour à peu près un dollar le mètre carré. La création des "réserves" avait été pensée dans un but précis: le gouvernement américain croyait ainsi pouvoir éviter les confrontations entre les Amérindiens et les colons blancs à propos des territoires.

 

Usaindiens1865_3Par la même occasion, il espérait sans doute confiner les autochtones dans des zones où il serait possible de mieux les surveiller. En principe, les Indiens étaient généralement libres de vivre à leur guise sur leurs territoires tant qu'ils restaient "pacifiques" et se comportaient en "bons Indiens". Cependant, comme la frontière américaine progressait vers l'ouest, les territoires indiens attirèrent les colons blancs qui estimaient que les autochtones empêchaient leur développement. En 1865, les territoires indiens avaient déjà été considérablement grugés. Précision que ces réserves ne représentaient aucun intérêt économique puisqu'il s'agissait de terres peu cultivables. Néanmoins, elles ont été convoitées lorsque l'économie n'a plus dépendu uniquement de l'agriculture. Faisant fi des traités, les pionniers se livrèrent à des carnages contre les Cheyennes, les Arapahos, les Sioux, les Nez Percés,etc., ce qui équivalait à un véritable génocide.

   Quant à l'armée fédérale, elle ne parvint que très rarement à maintenir l'ordre et, de toute façon, elle estimait que sa mission consistait avant tout à défendre les Blancs. Même si les chefs militaires n'ont jamais recommandé l'extermination de Indiens ,certains officiers croyaient, comme tout le monde, que "le seul bon Indien est un Indien mort". Cette phrase restée fut attribuée au général Philip Henry Sheridan (1831-1888), qui ne l'a sans doute jamais prononcée. En revanche, il écrivit ces propos :   

Plus nous en tuons cette année, et moins nous devrons en tuer l'année prochaine. Car plus je vois des Indiens, et plus je me persuade qu'il faut les tuer tous ou ne les maintenir en vie que comme des spécimens de pauvreté.

   Il semble cependant qu'une telle attitude de la part d'un officier soit demeurée un cas d'exception. De toute façon, la faim, l'alcool et d'innombrables agressions accélérèrent le processus de liquidation des Amérindiens.

Usaindiens1880_2 À la longue, les réserves indiennes perdirent de leur superficie ou furent déplacées vers des zones moins convoitées. Au cours des années 1880, les zones réservées aux autochtones avaient déjà été réduites à une superficie de 53,4 millions d'hectares, soit une infime partie de ce qu'elles avaient été en 1850. Comme les Indiens arrivaient difficilement à vivre de leurs terres, le Bureau des affaires indiennes s'efforça de leur faire adopter le mode de vie américain. En même temps, la loi Dawes de 1887 allait autoriser l'éclatement des réserves.

   Après l'ouverture à la colonisation de la réserve indienne d'Oklahoma en avril 1889, l'homme blanc s'était rendu maître de tout le territoire actuel des États-Unis. Dorénavant, le chemin de fer allait passer partout où l'Indien chassait jadis. La résistance amérindienne était bel et bien terminée.

   Après les actes génocidaires, suivirent les campagnes haineuses conte les langues indiennes. Dans de nombreuses écoles américaines, les enfants indiens surpris à parler leur langue maternelle étaient souvent battus, tournés en ridicule ou humiliés. Pour leur plus grand bien, on leur disait d'abandonner leur langue. Même les missionnaires se mettaient de la partie. Ainsi, S. Hall Young, un missionnaire influent en Alaska à la fin du XXe siècle, écrivait : 

Nous devrions laisser les anciennes langues mourir avec leur superstition et leur péché et remplacer ces langues par celle de la civilisation chrétienne, obliger les autochtones dans nos écoles à parler anglais, et uniquement anglais. Ainsi, nous aurions bientôt un peuple intelligent qualifié à devenir des citoyens chrétiens.

   Young refusa même de traduire la Bible en tlingit, alors que le conseil presbytérien le lui demandait expressément. «Il valait mieux, disait-il, forcer les Tlingit à rechercher Dieu en anglais.» D'ailleurs, c'étaient là les directives du Bureau des Affaires indiennes. Ainsi, on pouvait lire dans les règlements cette directives datée de 1880:

Tout enseignement doit être en anglais, sauf si la langue maternelle des élèves sert de moyen nécessaire pour transmettre la connaissance de l'anglais, et la conversation et les communications entre les élèves et l'enseignant doivent être, autant que possible, en anglais.

: En 1884, l'ordonnance suivante a été publiée par le Département d'État pour le Bureau des Affaires indiennes en rapport avec l'enseignement de l'anglais dans une école du Dakota:

Vous informerez, s'il vous plaît, les autorités de cette école que l'on doit apprendre la langue anglaise seulement à tout jeune Indien placé là pour sa formation scolaire et industrielle alors qu'il est à la charge du gouvernement. Si l'on apprend le dakota ou une autre langue à ces enfants, ils seront retirés de l'école et l'appui du gouvernement cessera.

  Une autre datée du 14 décembre 1886: "A toutes les écoles gérées par des organisations missionnaires, il est exigé que l'on donne tout l'enseignement en langue anglaise". Le lieutenant-colonel J. D. C. Atkins, alors commissaire fédéral aux Affaires indiennes, écrivait dans un rapport du 2 février 1887: