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La grande braderie nationale

  • DOSSIER-CHOC

La petite pétition du canard républicain

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La grande braderie nationale

Dossier commencé le 03/03/07.

   La mondialisation économique est-elle devenue une gigantesque braderie des biens nationaux ? La richesse ne semble plus appartenir aux nations ( cf note "La richesse est-elle encore celle des nations ?" ) et la dépossession des peuples a un caractère mondial ( exemple : voir Bilan du Secteur de l'Energie et des Mines en Algérie sur la période 2000-2005 ; Carte d'exploitation des gisements en Algérie). Quel est le niveau des investissements étrangers -en particulier américains- en France ?

   Quels en sont les risques ? Pour le savoir, je vous invite à lire la note "La dangerosité des multinationales selon Mendès France" dans laquelle vous trouverez des éléments intéressants qui laissent parfaitement entrevoir les dangers lorsque des entreprises dépendent d'autorités lointaines. Les investisseurs étrangers obéissent à deux mots : rentabilité et productivité. Ils recherchent le profit maximal -pour les grands actionnaires et non pour les salariés- et à l'instar d'Ignaciot Ramonet, je rajouterai que cette obsession les conduit à produire là où les coûts salariaux sont les plus faibles aboutissant éventuellement à des délocalisations.

   Mais, malheureusement, la recherche du profit maximal pour les grands actionnaires au détriment des salariés n'est pas simplement du fait des investisseurs étrangers. Pierre Mendès France tenait les propos suivants en 1974 : " Certains groupes français se prêtent, en effet, plus facilement à des arrangements et à des compromis avec des capitalistes américains qu'à des disciplines et à des adaptations découlant des besoins sociaux ou du progrès collectif ; le C.N.P.F. -aujourd'hui devenu le M.E.D.E.F.-, qui s'est élevé avec tant de hauteur contre les interventions de l'Etat et du Plan dans le domaine industriel, n'a jusqu'ici exprimé aucune inquiétude à l'égard des interventions financières du dehors ! ".

   Dans ce dossier, je ne traite pas uniquement des biens nationaux productifs, mais aussi de la grande braderie culturelle, celle des services publics, celle des Droits démocratiques et celle des biens immobiliers nationaux. Certains d'entre vous trouveront l'ensemble confus, mais en fait ce dossier ne cesse de se compléter de semaine en semaine...pour arriver un jour à une synthèse.

A/ Rappel : périodes d'accroissement des biens publics dans l'ordre chronologique :

           Industrie, Transports et Communications, Banques et Assurances

B/ La grande braderie des biens nationaux productifs :

  • Vente totale :

          CGM, CGR, Elf-Aquitaine, Péchiney, Usinor

  • Vente partielle :

          Aérospatiale, Aéroports de Paris, Air France, Areva, EDF-GDF, Gemplus, Matra, Renault, Rhône-Poulenc, SNECMA, SNCM, TDF, Thomson, Total

C/ La grande braderie des biens immobiliers nationaux :

      - public :

  • Le Ministre d’Etat, ministre de l’Economie, des Finances et de l’Industrie (M. Sarkozy), par ordonnance du 19/08/2004, accéléra le mouvement en permettant la vente au privé des immeubles de bureaux de l’Etat sans avoir à respecter la procédure de déclassement. ( voir source)
  • Vente des immeubles du Quai d’Orsay (à des fonds de pension américains ? ). ( voir source)
  • L’immeuble de l’Imprimerie nationale, en cours de démantèlement, a été vendu en 2004 à la société d'investissements américaine Carlyle. ( voir source)
  • La vente du patrimoine des Hôpitaux de Paris (hôpital Laennec, classé monument historique, et hôpital Boucicaut). ( voir source)
  • Vente des actifs immobiliers de la Défense ( voir source)
  • " L'Etat délaisse le patrimoine "

      - privé :

D/ La grande braderie des Droits démocratiques :

  • Voir la note "Sommes-nous en démocratie ?"
  • Après l'arrêt du Conseil constitutionnel du 10 juin 2004, le Conseil d'Etat ( la plus haute juridiction administrative française ) consacra lui-aussi le 8 février 2007 par un arrêt la primauté du droit européen sur le droit français ( voir source). Ainsi l'Europe des lois, c'est-à-dire les " directives de Bruxelles ", ont la prééminence sur les lois de la République française. Désormais, les directives s'appliquent sans que le législateur français n'ait son mot à dire. S'opposer à une loi ou à un décret qui serait pris en application d'un texte communautaire, quand bien même il pourrait sembler contraire à notre Constitution, est maintenant impossible.
  • La Commission de Bruxelles dispose en matière législative du monopole de la proposition.
  • La Banque centrale européenne est indépendante du Conseil des ministres.
  • "La grande braderie", par André Bellon

E/ La grande braderie culturelle

F/ La grande braderie des services publics :

G/ Selon la Commission de Bruxelles, La France n'a pas le droit de limiter les investissements étrangers

H/ M. Sarkozy continue la grande braderie nationale

Annexe :

Rapport en 2000 sur la montée en puissance des fonds d'investissement étrangers -en particulier américains- et impact sur la gestion des entreprises industrielles

" L'Etat délaisse le patrimoine "

Sarkopatrimoine_2 " A l'occasion des Journées du patrimoine, les professionnels de la culture ont tiré le signal d'alarme, dénonçant le désengagement à grande vitesse de l'Etat. Face à l'endettement des administrations et aux dangers qu'encoure le patrimoine, l'opposition et plusieurs associations demandent plus d'argent. Une augmentation budgétaire qui devra s'accompagner d'une réforme administrative.

   Alors que l'édition annuelle des Journées du patrimoine débute samedi, les professionnels de la culture profitent de l'événement pour dénoncer l'inertie de l'Etat face à la dégradation des Monuments historiques. En effet, depuis 2003 et une série de réformes opérées par Jean-Jacques Aillagon alors ministre de la culture, l'Etat se désengage financièrement. Dans le domaine des Monuments, le constat est préoccupant: plusieurs chantiers de restauration sont interrompus, des monuments ont été contraints à la fermeture pour des mesures de sécurité, de nombreux châteaux sont vendus à de riches étrangers qui refusent de les ouvrir au public... A en croire les associations, l'Etat français délaisse ses trésors du passé.

   Les Directions générales des Affaires culturelles (DRAC, chargées de gérer la politique culturelle à l'échelon régional) sont endettées à hauteur de 600 millions d'euros. Conséquence de ce trou budgétaire, plusieurs Monuments historiques ne peuvent être restaurés. Une menace de ruine qui ne concernent pas Notre-Dame-de-Paris ou le Mont-Saint-Michel, des vitrines culturelles pour les touristes étrangers. La vraie victime est plutôt le patrimoine local ou régional qui n'obtient pas les subventions publiques nécessaires et qui intéressent assez peu de mécènes privés.

"L'Etat doit assumer"

   Selon les associations, il faudrait 300 millions d'euros par an minimum pour sauver tous les Monuments historiques. Autrement dit, le gouvernement doit au moins doubler le budget de la Culture, tout en annulant la dette jusqu'ici accumulée par les DRAC. "Le gouvernement actuel a bien sûr d'autres préoccupations, économiques surtout", déplore un responsable socialiste en charge du patrimoine, "mais l'Etat ne doit pas délaisser la culture aux privés pour deux raisons: le mécénat ne pourra jamais se substituer aux subventions publiques, et la privatisation du secteur irait de pair avec une commercialisation de notre patrimoine." Ce qui est inconcevable pour la plupart des professionnels de la culture.

   Le Parti socialiste nuance néanmoins la rallonge budgétaire revendiquée par les professionnels: "Naturellement, les priorités économiques passent avant tout, et nous ne pouvons imaginer que la Culture accapare 3% du budget de l'Etat, comme c'était le cas à l'époque de Jack Lang", précise le responsable en charge du patrimoine. En revanche, d'autres solutions peuvent limiter la dégradation. L'opposition veut ainsi réformer une administration lente, opaque et trop coûteuse. Un écho aux quinze propositions faites par la très influente association des Vieilles maisons françaises (VMF).

Sensibilité présidentielle

   Soutenues par l'Unesco, les VMF proposent de mieux coordonner une politique culturelle globale, de renforcer les avantages fiscaux des Monuments historiques - remis en cause jeudi par Christine Lagarde pour financer le RSA - et mieux informer le public des dangers qu'encourent leur patrimoine. Trois objectifs que soutient Christine Albanel d'ailleurs.

   Mais les bonnes intentions de la ministre de la Culture ne sont pas suffisantes face à un gouvernement concentré sur le pouvoir d'achat et la gestion du budget de l'Etat. Le peu d'intérêt de Nicolas Sarkozy pour les enjeux culturels peuvent aussi expliquer la faible influence de Christine Albanel. Si elle a fait passer le budget de son ministère de 0,5 à 1% du budget de l'Etat, elle n'a pas été entendue sur le plafonnement des allègements fiscaux pour les Monuments historiques. Une décision incensée pour Didier Rykner de la Tribune de l'Art : "Il serait temps que les Monuments Historiques sortent de cette disette permanente. Il a été prouvé abondamment que le patrimoine et les musées, individuellement déficitaires, sont en réalité très rentables pour la Nation puisqu'ils génèrent une activité touristique et économique très importante." "

Article de Gaël Vaillant, journal lejdd.fr, le 19/09/08.

Airbus délocalise sa production en zone dollar et dans les pays à bas coûts

" Le nouveau plan d'économies prévoit la création de deux filiales en Tunisie et en Roumanie, et la montée en puissance des bureaux d'études en Chine, Inde et Russie.

Louis gallois, le président d'EADS, maison mère d'Airbus, avait préparé le terrain. Face à un dollar faible et à un baril de pétrole cher, il n'avait d'autre choix que d'accélérer les délocalisations de production en zone dollar et dans les pays à bas coûts. Impossible de continuer à produire en euros alors qu'Airbus vend en dollars. Même si depuis cet été le billet vert et le baril sont retombés, la tendance de fond est là et nécessite une réponse structurelle. (...) "

Source : extrait de l'article de Véronique Guillermard " EADS et Airbus pressent le pas pour se mondialiser  ", lefigaro.fr,  le 10/09/08.

Arena condamné pour licenciement économique abusif

   " (...) Lundi 8 septembre, le conseil des prud'hommes de Libourne a condamné Arena à verser 50 000 euros de dommage et d'intérêts à 92 ex-ouvrières pour licenciement économique abusif, soit 4,6 millions d'euros. (...)

    Le 31 mars 2007, la marque avait arrêté l'activité de son usine de Libourne - qui fournissait 60 % des maillots du groupe, le reste étant fabriqué principalement en Tunisie - pour sous-traiter sa production en Chine. Fermer l'usine revenait à mettre à la porte 161 personnes, des femmes de 50 ans pour la plupart. (...)

   Selon le juge, en fermant son activité française pour la sous-traiter en Chine, Arena ne visait pas "à rétablir (les marges), mais à les augmenter". (...)

    Ainsi pour le juge départiteur, le licenciement des ouvrières est "le résultat d'une opération purement financière".  (...) "

Source : extraits de l'article de Mustapha Kessous "Le fabricant de maillots de bain Arena condamné pour licenciement économique abusif " , journal Le Monde, édition du 10/09/08.

La Poste bientôt privatisée

" La Poste (plus de 300000 salariés) pourrait prochainement changer son statut d’entreprise en passant de celui d’établissement public industriel et commercial à celui de société anonyme (SA).

Ce changement ouvre la voie à la privatisation du groupe public puisque celui-ci passe au statut d’une entreprise privée. "

Source : telex "La Poste fait un premier pas vers la privatisation" de HUMANITE.FR 04/07/08.

P.S. du canard républicain :

GDF bientôt privatisée

" Après deux ans et demi d'imbroglio politico-industriel, les patrons de Suez et de Gaz de France (GDF), qui seront respectivement PDG et vice-président directeur général délégué du groupe GDF Suez, touchent au but : mercredi 16 juillet, leurs assemblées générales devaient approuver la fusion et la mise en Bourse de Suez Environnement. Il ne restera plus au gouvernement qu'à publier l'arrêté de privatisation de GDF au Journal officiel… "

Extrait de l'article "Les actionnaires de Suez et de GDF scellent le rapprochement entre les deux groupes" de Jean-Michel Bezat, journal Le Monde, le 16/07/08.

P.S. du canard républicain :

  • GDF : entreprise née après-guerre en même temps qu'EDF, avec la loi de nationalisation de l'électricité et du gaz du 8 avril 1946 ; formée de la fusion de la quasi-totalité des sociétés privées sur le territoire national.
  • Une invitation à (re)voir la note "Vente d'EDF-GDF et le sommet de Barcelone de 2002"

Lire la suite "GDF bientôt privatisée" »

" Les damnées de la dentelle " par Mustapha Kessous

Aubade_2  " Dans son classeur d'écolier Titeuf, elle conserve avec soin des dizaines d'articles de presse. Tous racontent la même histoire : le licenciement des ouvrières d'Aubade, dans la Vienne. A travers les reportages, c'est son "ancienne vie" que Robin Donatienne, 40 ans, dont vingt au service de cette marque de lingerie haut de gamme, a rangé dans un meuble près de la cuisine.

En mars 2007, Calida, propriétaire suisse d'Aubade depuis deux ans, a fermé un de ses sites, celui de La Trimouille, supprimé 134 emplois, et regroupé la centaine de salariés restants à l'usine de Saint-Savin, pour délocaliser définitivement sa production en Tunisie. Depuis, Robin Donatienne "ne sait pas quoi faire". Elle a des problèmes de santé et ses 500 euros mensuels du chômage sont "durs, durs" à gérer. Heureusement, dit-elle, qu'il y a la télé pour se vider la tête. Même si le taux de chômage du département est inférieur à celui de la moyenne nationale, difficile pour une ouvrière non qualifiée de retrouver du travail. La cellule de reclassement mise en place par la direction de l'entreprise a été dissoute le 27 juin, sans avoir réussi à lui redonner espoir, pas plus qu'aux autres ouvrières restées sur le carreau. Selon Calida - surnommé depuis dans les villages "Al-Calida" -, 70 % ont trouvé une solution, CDI, CDD, formation, création d'entreprise, etc ; 48 %, rectifie la sous-préfecture de Montmorillon.

L'avenir ? Les maisons de retraite, les personnes âgées, les ménages. Devenir ADMR, aide à domicile en milieu rural. Le pays du Montmorillonnais est vieillissant : 28,7 % de la population (35 000 habitants) ont plus de 60 ans. "Il y a de la demande", estime le député socialiste Jean-Michel Clément. Mais pour les "filles" qui ont manié toute leur vie de la dentelle de luxe, "torcher les vieux", "laver les chiottes", c'est une humiliation. Elles le disent : elles ont "socialement régressé". "C'est vrai, ces métiers sont peu valorisants", reconnaît le député. "Mais il n'y a pas de sous-métier", tempère Christine Collin, 44 ans, dont vingt-cinq à Aubade, aujourd'hui ADMR.

Les élus ne peuvent que constater les ravages "psychologiques" de cette délocalisation. Au-delà de l'impact économique sur le "pays" - les commerçants de La Trimouille (1 000 habitants) ont perdu 20 % de leur chiffre d'affaires -, "le lien social entre les ouvrières a disparu, regrette Yves Bouloux, président de la communauté de communes du Montmorillonnais. Une délocalisation, c'est déstructurant." "Il y avait du covoiturage", se souvient Jean-Marie Rousse, maire socialiste de Saint-Savin (1 000 habitants). Mais voilà, certaines qui ne savent pas conduire ont refusé de se faire payer le permis par Aubade, préférant "s'enterrer" chez elles, s'isoler du village et des copines. Les "ex" d'Aubade ne se voient presque plus, ne se donnent plus de nouvelles. Le deuil s'éternise. La galette des rois, le 1er janvier, a réuni une petite vingtaine d'anciennes collègues. "Celles qui sont restées à l'usine ne me disent pas bonjour dans la rue, assure Gaëlle Léger, 32 ans, licenciée après six années à Aubade. Ça fait mal après tout ce temps passé ensemble."

Chez les rescapées du plan social aussi, il y a de la rancoeur. A l'usine de Saint-Savin, les copines sont parties, les rires aussi. "Quand je croise une ancienne collègue au village, raconte Brigitte Pereis, 48 ans dont trente-deux "sacrifiés" pour la marque, j'évite de demander : "Qu'est-ce que tu deviens ?"" "On se sent presque coupable d'être restée", déplore Michèle Rat, 48 ans dont trente et un de maison. Et pourtant, "on était une grande famille", rappelle Monique Guéraud, 56 ans, la doyenne de l'usine, avec ses trente-sept années au service de la marque.

Le responsable, pour elles ? Le propriétaire d'Aubade, le Suisse Félix Sulzberger, PDG de Calida, accusé par ses ex-ouvrières d'avoir "volé" le "savoir-faire" des Françaises pour le donner aux Tunisiennes. "Les pauvres. On leur en a voulu, reconnaît Brigitte Pereis. Mais en fait, c'est pas de leur faute : elles sont exploitées."

Les Françaises ne connaissent pas grand-chose de la vie de celles qui les ont remplacées. Elles n'ont jamais cherché à savoir. De l'autre côté de la Méditerranée, en Tunisie, à Ksar Hellal (45 000 habitants), à une vingtaine de kilomètres de la ville balnéaire de Monastir, l'usine Azur, filiale d'Aubade, n'a rien de glamour. Un bâtiment blanc quelconque, le long d'une route cabossée, qui abrite du soleil cuisant près de 230 employés.

12 h 30. L'heure de déjeuner. Une demi-heure pas plus. Ce sera l'unique pause de la journée. A la sortie de l'usine, une étudiante s'avance vers les ouvrières. Elle a préparé des sandwichs pour quelques centimes de dinar. Une cinquantaine de jeunes filles, en blouse rose vif, se reposent sous les oliviers encerclés de... poubelles. Le terrain qui entoure l'usine est un vrai dépotoir, les ordures en tout genre s'accumulent. Un paradis pour les poules et les moutons. Au milieu de ce décorum, certaines avalent une petite salade méchouia dans une gamelle. Pas de couverts : elles mangent avec les doigts. A la fin du repas, une vieille dame leur sert du thé à la menthe.

La direction de la filiale d'Aubade a donné instruction aux ouvrières de ne pas nous parler. "Elles ne sont intellectuellement pas capables", explique avec le sourire une responsable à l'entrée du site. Certaines acceptent tout de même de raconter leur vie, "mais ne citez pas notre nom, on ne veut pas être virées", supplie l'une d'elles. "Les Français viennent exploiter notre misère, on le sait, mais ils nous donnent quand même un travail", assure une autre.

A l'usine, c'est neuf heures par jour, quarante-huit heures par semaine, un samedi sur deux, vingt et un jours de vacances par an. L'ouvrière est payée un peu moins de 9 euros par jour (environ 200 euros par mois), ce que gagnait une Française en une heure (1 000 euros par mois). A l'intérieur de l'usine réfrigérée, "c'est beaucoup de pression", souligne une jeune fille. Elles n'ont pas le droit de parler entre elles, les cinq prières quotidiennes sont proscrites, les téléphones portables interdits. "Un jour, raconte un ouvrier, une fille est allée voir la responsable, les larmes aux yeux, pour lui demander de partir ; un de ses parents n'allait pas bien. La chef lui a répondu : "Tu as donc utilisé ton portable." Elle a démissionné."

Le médecin du travail passe tous les lundis. Le reste du temps, "il y a beaucoup de pleurs, détaille un employé. Quand un mécanicien doit réparer une machine, l'ouvrière lui demande : "Retarde un peu."" Il n'y a pas de point d'eau potable dans l'usine à cause d'une canalisation défaillante. Une feuille scotchée à l'entrée du site indique, en arabe, qu'ici on embauche. Il y a un turn-over important. Les ouvrières signent un nouveau contrat tous les six mois, au bout de quatre ans elles seront titularisées. Certaines ont été licenciées quelques jours avant leur titularisation. "Difficile d'avoir une perspective d'avenir dans l'entreprise", constate, résigné, un technicien.

Dans la cité Erramala, qui jouxte l'usine, le quartier est en chantier : la diaspora se fait construire de belles villas. La journée, les rues sont tristement vides, les chats sont les rois. Dans ce coin de Ksar Hellal, les jeunes filles d'Aubade sont méprisées par les locaux : elles ne sont pas du "pays". Elles viennent de campagnes lointaines, d'autres régions plus désertiques, plus pauvres aussi : de Kef, de Gafsa, de Béja. D'où leur surnom, les "KGB".

"Les KGB sont des délinquantes", lance la patronne d'un salon de coiffure qui doit prochainement ouvrir. Délinquantes ? "Oui, vous comprenez ?", insinue-t-elle. Les jeunes ouvrières sont accusées de flirter avec de jeunes maçons, qui, eux aussi, viennent de loin. "En plus, elles boivent de la bière", ajoute un vieil homme dans son garage. Les "KGB" ont fait la fortune de quelques propriétaires peu scrupuleux. Certaines s'entassent à cinq, voire plus, dans une pièce insalubre, pour un loyer s'élevant à la moitié du salaire. La plupart envoient leur argent à leur famille. "Tous ces problèmes sont assez nouveaux et s'accentuent, explique Hacine Dimassi, professeur d'économie à l'université de Sousse. La migration interne à cause des délocalisations modifie et déséquilibre économiquement et sociologiquement la ville."

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Le grand patron d'Aubade, Félix Sulzberger, affirme ne pas être au courant de ce qui se passe dans son usine. "Je n'y suis jamais allé, mais ça m'étonne", assure-t-il. Il se félicite toutefois d'avoir réussi l'intégration, dans son groupe, d'Aubade, qui représente un tiers du chiffre d'affaires : le résultat net de Calida est passé de 3,8 millions d'euros en 2006 à 9,6 millions d'euros en 2007.

Malgré tout, l'usine tunisienne d'Aubade est celle qui a l'une des meilleures réputations parmi les quelque 150 entreprises de textile de Ksar Hellal. Elle paie toujours ses salariés (en liquide), donne des cadeaux (couverture, service en Inox) pour les fêtes, offre 70 euros à chaque ouvrière pour le 1er mai... Mais les jeunes femmes natives de la ville accusent les "KGB" d'avoir volé leur travail, car elles acceptent les salaires les plus bas.

"Voir nos filles se faire prendre le travail par des éleveuses de chèvres, ça fait mal", argue une mère de famille tunisienne, vêtue d'un long voile noir. A Saint-Savin, dans la Vienne, l'une des ouvrières licenciées a créé son entreprise : elle élève des chèvres. "

Article de Mustapha Kessous, publié dans le journal Le Monde le 08 juillet 2008.

P.S du canard républicain :

Le contrat du Louvre à Abou Dhabi

Ce contrat qui n'a jamais été rendu public dans son intégralité, a été publié sur le site La Tribune de l'Art le 14 octobre 2007.

Seita-Altadis : fermeture de deux sites et 1060 suppressions d'emplois en France

   Le 19 juin 2008, le groupe britannique Imperial Tobacco, propriétaire depuis la fin janvier du fabricant de cigarettes franco-espagnol (issu de la fusion, en 1999, de la Seita et de Tabacalera),  a annoncé la suppression de 1060 emplois en France et la fermeture du site de Metz (où l'on produit du tabac à rouler et à pipe) ainsi que celui de Strasbourg, la dernière fabrique française de cigares. Le siège parisien va perdre environ 120 postes, le site des Aubrais 133. A terme, l'activité de Metz sera "redéployée" vers une autre unité d'Imperial Tobacco basée aux Pays-Bas.

Source : article du jounal Le Monde "Les salariés de l'usine Altadis de Metz entre dépit et incompréhension" du 21/06/08

P.S. : la Seita avait étè privatisée en 1995.

Défense du service public de la santé

   Des citoyens et des citoyennes se mobilisent pour la défense du service public de la santé à la française.

   Tout d'abord, les pharmaciens : http://www.defendezvotresante.com/. (petit rappel : "Les pharmaciens en appellent à l'Etat face à la Commission de Bruxelles" et "Michel-Edouard Leclerc, PDG du groupe Leclerc, a réclamé ouvertement pour la grande distribution le droit d'entrer en concurrence avec les pharmaciens d'officine français").

   Ensuite, la Coordination Nationale des Comités de Défense des Hôpitaux et Maternités de Proximité : http://www.coordination-nationale.org/.

Lire la suite "Défense du service public de la santé" »

"Dépôt de bilan annoncé de DMC, l'ex champion français du textile"

" Le dossier DMC SA sera déposé au tribunal de commerce de Paris. DMC Tissus devrait connaître le même sort. Plus de 1.150 emplois sont menacés.

C'est la fin d'une saga de 250 ans. La société textile DMC SA , leader mondial du fil à broder, a annoncé ce mardi, lors d'un comité d'entreprise à Mulhouse, son berceau historique où travaillent 340 salariés, qu'elle allait déposer son bilan mercredi devant le tribunal de commerce de Paris, siège de l'entreprise.

Les syndicats s'attendent à la même décision pour DMC Tissus, la filiale sportswear du groupe textile. Le groupe est confronté à l'évolution des devises, à la hausse des coûts et à la concurrence des pays à bas prix notamment d'Asie."

Extrait de l'article publié par LaTribune.fr le 29/04/08.

P.S. :

  • Une invitation à (re)voir la brève "Le textile chinois : fin des quotas".
  • D'après Adrien Dentz dans son article publié le 2 mai 2OO8 "Chez DMC, en cessation de paiement, les ouvrières veulent croire à un avenir" (journal Le Monde), " il y a dix ans, le groupe textile comptait encore 10 000 salariés dans le monde dont plus de 2 000 en Alsace. Il ne sera bientôt plus qu'une PME de 400 salariés. Le groupe est issu d'un atelier créé en 1756 à Mulhouse par Jean-Henri Dollfus pour produire des toiles indiennes, utilisées à l'époque comme monnaie d'échange pour la traite des esclaves en Afrique."
  • Le canard républicain soutient les ouvriers et les ouvrières de cette entreprise. Et bien évidemment, il est sans doute nécessaire pour moi de préciser que je suis contre l'esclavage, thème sur lequel je reviendrai à un moment ou un autre. (Re)voir l'article "Dubaï, l'eldorado rêvé devenu le "bagne" des ouvriers des chantiers de construction".

"La directive postale est votée"

"Le parlement européen a définitivement entériné la directive achevant la libéralisation du courrier. Il s'agit de la dernière étape de l'introduction de la concurrence postale, qui avait successivement concerné les colis de plus de 350 grammes, puis les plus de plus de 100 grammes. En 2011, tout exploitant privé pourra acheminer les lettres de moins de 50 grammes, malgré les réticences de certains pays, dont la France. Les syndicats dénoncent les dangers sur l'emploi et le service public. Les pays de l'Est ainsi que le Luxembourg et la Grèce ont obtenu un sursis jusqu'à 2013."

Article publié le dimanche 6 avril 2008 sur le site L'observatoire de l'Europe.

"Un fonds public chinois dans le capital du groupe pétrolier Total"

" La place des fonds souverains dans l'économie mondiale s'étend et touche aussi la France et ses entreprises. Un "fonds public chinois est entré au capital de Total. Il a pris graduellement position depuis quelques mois", a en effet déclaré, jeudi 3 avril, une porte-parole du groupe pétrolier, sans préciser s'il s'agit de la compagnie publique chinoise d'investissement China Investment Corporation (CIC).

...

Au 31 décembre 2007, le capital du quatrième groupe pétrolier mondial était détenu à 88 % par des investisseurs institutionnels (d'Amérique du Nord à 29 %, de France à 21 %, du Royaume-uni à 14 %, du reste de l'Europe à 21 % et du reste du monde à 3 %). Le capital de Total est aussi détenu à 8 % par des actionnaires individuels et à 4 % par des salariés, indique le rapport annuel 2007 de Total mis en ligne ce jeudi. Les principaux actionnaires du groupe sont le groupe Bruxelles Lambert et la Compagnie nationale à portefeuille (CNP), détenus tous deux par le financier belge Albert Frère, qui possèdent ensemble 5,3 % du capital. "

Extraits de l'article publié par le journal LeMonde.fr le 3 avril 2008.

"ArcelorMittal confirme la fermeture partielle de Gandrange"

" La direction de l'usine ArcelorMittal de Gandrange, en Moselle, a confirmé ce vendredi sans surprise, lors d'un comité d'entreprise (CE) tenu à Metz, sa décision de procéder à une fermeture partielle du site d'ici 2009 et de supprimer 575 emplois sur 1.100. "

Extrait de l'article publié par LaTribune.fr le 04 avril 2008.

"L’Imprimerie nationale sacrifiée"

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L'ancien site parisien de l'Imprimerie nationale (Convention, XVe arrondissement.)

" Drapeau à tête de mort accroché sur la façade du bâtiment, mannequin en paille pendu dans l’usine : l’ambiance est au macabre. C’est samedi, et sur l’un des derniers sites de l’Imprimerie nationale, à Choisy-le-Roi, le conflit touche à sa fin. Après trois semaines d’occupation, les salariés devraient cet après-midi se prononcer sur les dernières propositions de la direction. Un énième plan social, plutôt généreux, qui signerait aussi la quasi-liquidation d’une entreprise d’Etat cinq fois centenaire. «On devrait obtenir à peu près les mêmes garanties que pour le plan social de 2005. Aux salariés, ensuite, de se prononcer», explique Gilles Vienne, de la CFDT, qui a participé, mercredi soir, avec d’autres employés de l’imprimerie, à la séquestration du médiateur nommé par Bercy.

Départs volontaires. Sur les 120 salariés du site, 80 suppressions d’emplois sont prévues, sous forme de départs volontaires ou d’aides au reclassement. Avec des primes de 30 000 à 50 000 euros suivant l’ancienneté pour les candidats au départ et des congés de reclassement assurant 75 % du dernier salaire net pendant au moins cinq ans pour les autres. Sur ce site assurant l’impression des concours français et de certains documents des impôts ne resteraient que 40 salariés, sous réserve d’un hypothétique repreneur. Avec le site de Douai, chargé des passeports et autres cartes grises, celui d’Ivry et les salariés restant à Choisy, l’Imprimerie nationale, qui comptait plus de 2 400 salariés dans les années 70, n’emploierait plus que 450 personnes. «C’est la mort programmée par l’Etat de cette belle entreprise créée par François Ier au XVIe siècle», dénonce Alain Girbal, de la CGT. «On est contraint par la Commission européenne, répond le cabinet de la ministre de l’Economie. Suivant les règles en vigueur dans l’Union, on doit se détacher du concurrentiel et ne conserver que ce qui relève du régalien, type passeport ou carte d’identité.»

Au-delà des injonctions de Bruxelles, les syndicats accusent surtout le gouvernement d’avoir voulu torpiller l’entreprise. Depuis la nomination en 2003 du nouveau PDG, Loïc Lenoir de la Cochetière, qu’ils considèrent comme un «liquidateur», les salariés en veulent à un «Etat patron voyou» qui a multiplié les plans sociaux visant au démantèlement de l’imprimerie. Ils soupçonnent le gouvernement de fragiliser ce qu’il reste de l’entreprise afin de poursuivre le transfert de certaines de ses activités au privé. En 2005, après la cession des sites de Strasbourg (Bas-Rhin) et d’Evry (Essonne), un autre projet, plus contesté encore, avait échoué. Il visait à confier la fabrication du passeport électronique, activité pourtant régalienne, à la société privée Oberthur, dont l’un des anciens conseillers n’est autre que le PDG actuel de l’Imprimerie nationale.

«Gestion désastreuse». Autre souvenir noir : la vente en 2003 du site parisien de la Convention (XVe arrondissement) pour 85 millions d’euros au sulfureux fonds d’investissement Carlyle, avant son rachat par l’Etat, quatre ans plus tard, au prix de… 375 millions d’euros (Libération du 31 juillet). Bref, une «gestion désastreuse» de l’Imprimerie nationale, que les syndicats ne manquent pas de mettre en rapport avec la dernière sortie de Nicolas Sarkozy auprès des salariés d’Arcelor : «Il fait la morale à Mittal, comme quoi il est inadmissible de licencier, mais qu’il balaye d’abord devant sa porte.» Après cinq cents ans, l’histoire de l’Imprimerie nationale, elle, se referme douloureusement. "

Article écrit par Luc Peillon dans le journal Libération du 11 février 2008.

La mort de l'hôpital public

   Une invitation à lire l'excellent article "Traitement de choc pour tuer l'hôpital public" du Monde diplomatique (février 2008), écrit par André Grimaldi, Thomas Papo et Jean-Paul Vernant :

http://www.monde-diplomatique.fr/2008/02/GRIMALDI/15627

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Nouvelle usine PSA Peugeot Citroën en Russie

" Le groupe français va y investir 300 millions d'euros pour y faire construire une usine d'assemblage d'une capacité de 150.000 véhicules.

PSA Peugeot Citroën a signé officiellement ce mardi à Moscou l'accord de coopération pour son implantation en Russie, à Kaluga, à 180 kilomètres de là.

Le groupe français va y investir 300 millions d'euros pour y faire construire une usine d'assemblage sur un terrain de 200 hectares dont un quart dédié aux fournisseurs. Les travaux démarreront à la fin de ce premier semestre 2008.

L'usine, qui doit être opérationnelle en 2010, aura une capacité de 150.000 véhicules, de gamme moyenne, adaptés aux besoins d'une clientèle russe portée par la croissance du pays. PSA Peugeot Citroën compte pouvoir vendre en Russie 100.000 véhicules et même 300.000 à plus long terme."

Source : article " PSA Peugeot Citroën lance son implantation en Russie" de La Tribune.fr du 29 janvier 2008.

P.S. du canard républicain :

  • Rappel d'un article publié le jeudi 24 août 2006 sur le site Forum-Peugeot :

" PSA Peugeot Citroën lancera la construction d'une usine d'assemblage en Russie. Ce nouveau site, opérationnelle pour 2009, tachera de répondre à la forte demande pour les voitures étrangères sur le marché russe.

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Après son implantation en République Tchèque à Kolin et en Slovaquie à Trnava, PSA envisage de s'étendre encore plus à l'est. La nouvelle usine russe sera dédiée à la production de véhicules issus de la plateforme 2 ( Citroën C4 et Peugeot 307) avec une capacité de 50.000 véhicules/an. Les Peugeot 307 et Citroën C4 produite sur ce site seront exclusivement destinées au marché russe. Ceci portera à six le nombre de site d'assemblage mondiaux parmis lesquels on retrouve: Bursa (Turquie), Casablanca (Maroc), Kaduna (Nigeria), Le Caire (Égypte), Téhéran (Iran)."

Fermeture de l'usine Salomon

" Les skis Salomon ne seront plus fabriqués en France à partir de la fin 2008. C'est l'une des conséquences du plan de restructuration annoncé, jeudi 10 janvier, par Amer Sports, propriétaire, depuis deux ans et demi, de l'industriel français.

Le groupe finlandais, qui possède aussi Atomic (articles de sports d'hiver), a indiqué qu'il comptait supprimer 400 emplois dans le monde, dont 284 sur ses deux sites en Haute-Savoie (soit environ 25 % des effectifs).

...Depuis 2005, c'est la troisième fois que Salomon taille dans sa masse salariale. Au total, quelque 750 postes auront été supprimés en quatre ans. "Sans compter les intérimaires", complète Bernard Couderc, secrétaire (CFDT) du comité d'entreprise : d'après lui, 70 à 80 personnes ont travaillé temporairement à Rumilly en 2007. "

Extrait de l'article du journal Le Monde "Emotion en Haute-Savoie après la fermeture de l'usine Salomon" du 11/01/08 écrit par Bertrand Bissuel.